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 EDAN Ϟ Pas de peur, pas d’affolement, et la faculté d’ignorer totalement ce qui est sans importance.

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MessageSujet: EDAN Ϟ Pas de peur, pas d’affolement, et la faculté d’ignorer totalement ce qui est sans importance.   Mer 10 Avr - 17:19





Quand j’étais petite, je détestais l’école. Je n’aimais ni les cours, ni les profs – chose plutôt étonnante puisque j’ai toujours adoré apprendre de nouvelles choses. Mais cette organisation, cette hiérarchie et ce sérieux réglementaire ont fait que l’enseignement scolaire m’a toujours profondément ennuyé. Alors oui, je suis allée en cours jusqu’à ma majorité parce que j’y étais contrainte et forcée par ma mère. Mais, une fois assise face à mon pupitre, je n’ai jamais cessé de rêvasser ou de faire le pitre, et ce tout au long de mon parcours scolaire. Je me souviens qu’à douze ans, en plein cours de math, je me suis surprise à sérieusement envisager de tout quitter. D’arrêter l’école, de partir de chez moi, d’apprendre à jongler et de rejoindre un cirque en tant que clown. Parce que vivre et grandir dans un cirque, ça devait être vraiment chouette…
« C’est lequel ton numéro préféré, toi ? » La voix fluette de Moan me tire de mes souvenirs. « Je crois que c’est celui des acrobates. Et le tien, c’est quoi ? » « Les funambules. » Je souris. C’est vendredi soir, mais je n’irai pas écumer les bars. Je ne ferai pas la fête avec mes amis. Je ne me mettrai pas la tête à l’envers. Je ne regarderai ni des films débiles, ni des matchs de boxe violents. Je ne roulerai pas le moindre bédo. Non : ce soir je serai sage, presque adulte. Car ce soir, j’emmène ma petite cousine au cirque. Et, bien sûr, Cobain nous accompagne.

« Qu’est-ce que tu fais, ça va bientôt commencer ! » « Urgence pipi, désolée. Mais ne t’inquiètes pas, j’ai largement le temps : les lumières ne sont pas encore éteintes et il n’y a pas de musique. » Juste pour l’embêter, je lui ébouriffe les cheveux comme elle le déteste tant avant de me lever. Les bancs du public sont déjà presque pleins et j’ai un mal fou à me frayer un passage sans écraser les pieds des spectateurs. « Pardon. Excusez-moi. Pardon… » Il faut dire que personne ne fait vraiment d’efforts. Ils sont tous là à me lancer des regards réprobateurs qui en disent long. Là, cette mère de famille par exemple : elle n’a pas besoin de dire le moindre mot, je sais déjà qu’elle me prend pour une chieuse mal organisée et mal élevée. Oui, je peux parfois être chiante – en témoigne Cobain – et je suis certainement la personne la plus bordélique au monde, alors j’accepte sans me vexer cette critique tacite. En revanche ma mère est loin, mais alors très loin, de m’avoir mal élevée. Aussi, spontanément, j’ai toutes sortes de répliques cinglantes qui me viennent à l’esprit pour faire regretter ses non-dits à cette dinde au QI d’huitre, mais je fais un effort surhumain pour me taire. Je me retiens aussi de lui marcher volontairement sur les pieds avec un grand sourire hypocrite, parce que ce soir – et seulement ce soir – je me comporte comme un ersatz d’adulte. Parce que je suis avec Moan, cette gamine de douze ans que j’adore. Ce petit ange qui a perdu sa mère beaucoup trop tôt et qui cherche désespérément un semblant de modèle à qui se raccrocher…

Le silence devient de plus en plus présent à mesure que je m’enfonce dans les méandres du chapiteau, et l’éclairage sombre projette de longues ombres sur la toile rouge. Autant vous dire que l’ambiance est loin d’être rassurante.
Je ne sais pas trop où je suis – dans les coulisses, certainement. Mais je vous assure que le panneau « Toilettes » pointait dans cette direction. « Il y a quelqu’un ? » Pas de réponse, bien sûr : ce serait trop simple. Je continue d’avancer malgré tout, et je siffle l’air d’une vielle comptine pour couvrir ce silence qui m’oppresse. C’est une des choses qu’il faut savoir à mon sujet : je déteste le calme et l’absence de bruit me met mal à l’aise. Alors je chante, je parle, je tape des pieds, je tousse, je fais craquer mes doigts… En fait, je fais à peu près tout et n’importe quoi pour mettre un peu de vie dans les silences de mort.

J’arrive finalement au bout de cette espèce de couloir et trois portes biscornues se dressent devant moi, une sur chaque pan de mur. Ça me laisse d’abord un peu perplexe, mais je ne me laisse pas démonter et j’entre sans plus attendre. Je ne frappe pas, mais j’aurais peut-être dû. Parce que ce ne sont pas des toilettes mais plutôt une espèce de boudoir, et parce qu’il y a déjà une jeune femme à l’intérieur. « Oups, pardon. » Je suis un peu gênée, mais je ne sors pas pour autant. « Je crois que je me suis un peu perdue. » Je lui souris, l'air rieur.


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Dernière édition par Morning D. Scorn le Mer 22 Mai - 17:37, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: EDAN Ϟ Pas de peur, pas d’affolement, et la faculté d’ignorer totalement ce qui est sans importance.   Mer 22 Mai - 1:12


morning & edan







Je me suis réveillée avec la boule au ventre, ce matin. Je ne parle pas du petit chat des voisins qui vient régulièrement dans ma grange pour se dorloter sur mon bidon. Non, là je parle vraiment de mes entrailles, resserrées, nouées contre mon foie. Je parle de mon cœur qui battait à cent à l’heure et de mes boyaux qui tambourinaient en écho. C’est sans arrêt la même rengaine. J’ai beau être habituée, j’ai beau en avoir fait mon métier, j’ai toujours le trac avant chaque représentation au cirque. Ce soir, je serai trapéziste. Babar attend beaucoup de moi, parce que la fille qui devait m’accompagner dans le numéro est tombée malade il y a quelques jours. Elle ne pourra pas être là. Autrement dit, je vais devoir leur en mettre plein la vue, en étant seule, et ça me rend un peu malade. J’ai peur de tout foirer. Mais je ne peux pas prendre mes jambes à mon cou et fuir comme une vulgaire souris. Je dois y aller, je dois faire de mon mieux. Pour Babar, pour le public, et pour moi. C’est un brouhaha incessant qui résonne dans les loges des artistes. Ils rient, crient, ils blaguent et fument sur les tonneaux qui longent le chapiteau. Tout le monde se détend avant l’heure fatidique. « Edan ! C’est toi qui clôture le spectacle, seule il parait ?! » s’exclame Lily en courant dans ma direction, une bouteille de rhum dans la main. Elle tangue un peu sur ses jambes avant de prendre appui sur mon épaule, tout sourire, dégageant une haleine fort alcoolisée. « Ouais, Nyra a quelques problèmes de santé… » Je fais la moue, boudeuse. Je n’arrive jamais à cacher mes émotions. Quand un truc me dérange, ça n’échappe à personne. « Fais pas cette tête jolie cœur, tu vas tout déchirer ! » Elle me rit au nez et glisse la bouteille de rhum dans ma main avant de s’échapper. J’hausse simplement les épaules, c’est inutile que je lui coure après. Mes pas se dirigent vers ma loge et j’y rencontre Barney. Je savais qu’il serait là pour m’encourager. Il est plein d’attentions envers moi, ce qui a d’ailleurs tendance à en irriter plus d’un au cirque, qui ne cachent pas leur jalousie. Mais bien sûr, tout ce qui sort des lèvres de mon mentor ne fait que me mettre la pression encore plus. Après quelques minutes de discussion focalisée sur ce qu’il attend de moi, Barney sort de ma loge. Le spectacle va commencer dans moins d’une heure. Je marche derrière ses pas et ferme la porte derrière lui, avant de m’y adosser pour souffler. Je croise mon regard dans le miroir de la coiffeuse et grimace. J’ai une tête affreuse. Je m’approche pour m’asseoir et me poudrer. Tant bien que mal je tente de cacher les horribles poches sous mes yeux et me paillette le visage. La tête, c’est fait. Je devrais choisir un body. Mais ma boîte à musique me fait de l’œil. C’est mon trésor secret, que personne ne connait. J’y cache des calmants que je prends quand ça devient urgent. Là, c’est vraiment urgent. Je soulève le couvercle et déjà la mélodie enchante mes oreilles. Heureusement que Lily a oublié cette bouteille de rhum. Je bois, un peu plus qu’il ne m’en faut pour faire passer le calmant, et m’allonge sur le sofa baroque dans le coin du boudoir. Je ferme les yeux. Je suis dans un manège. Je suis dans un ma…

Le silence règne dans les loges. Tout le monde est déjà en place, prêt à parader dans le sable sous le grand chapiteau. Il ne reste que toi. Il n’y a rien que tu aimes plus que le cirque, Dorea. C’est le meilleur endroit pour montrer tes talents et développer ton imagination. Tu n’as pas souvent l’occasion d’en profiter, malheureusement. Ce soir, tu comptes bien t’amuser. Car tu sais que demain, tu ne seras plus là. Tu retourneras dans le noir, engloutie par les ténèbres, dévorée par l’obscurité. Tu déteste cela. Tu détestes être enfermée dans cette cage. Ce soir, les barreaux étaient grand ouverts. Tu te lèves du sofa et te place devant le miroir. Tu ne te vois pas, mais tu te devines, tu sais que tu es là. Ton doigt caresse lentement tes boutons aveugles qui trônent dans leurs orbites. Un sourire se dessine lentement sur tes lèvres maquillées, quand soudain, tu entends la porte s’ouvrir. Tu fais volte-face brusquement. « Oups, pardon. Je crois que je me suis un peu perdue. » Tu ne connais pas cette voix, elle ne travaille pas ici. Tu devines son sourire en écoutant son air amusé et détends tes traits. Tu as envie de jouer, trop longtemps que tu étais enfermée. Cette fille est tombée juste à temps pour une partie. « Tu es ici, alors tu n’es pas perdue. » Les mots susurrés entre tes lèvres semblent s’échapper d’un rêve. « Tu serais perdue si tu étais quelque part, mais puisque tu es ici, tu ne l’es pas. N’est-ce pas ? » Tu lâches un gloussement cristallin. Tu adores parler par énigmes, être seule à comprendre. Tu ouvres la boîte à musique sur la coiffeuse et fais quelques pas de danse en tournant sur toi-même pour te rapprocher d’elle. Tu attrapes ses cheveux et les caresse librement, avant de frôler sa peau pour y déceler ses traits. Tu ne lui laisses aucun répit et lui arrache ses vêtements en riant. Tu les jette par-dessus ton épaule, simplement, et soupire de bonheur. La bouteille de rhum dans les mains, tu la vides sur les vêtements de la demoiselle et prend une allumette dans la commode. Tu te penches, fouette le bâton contre ta chaussure, et le lance sur le tas, en riant. Tu ne prêtes pas vraiment attention à ses plaintes et sautille en direction de la penderie pour y attraper un body. Tu lui jettes au visage et t’effondres sur le canapé. « Peu importe ce que tu cherchais, tu as trouvé mieux. Habille-toi, joue avec moi. Je m’appelle Dorea, et toi ? »
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