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 il le savait, il connaissait la différence entre rêve et réalité, mais dans les ténèbres, cette différence paraissait s'estomper. (silas)

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MessageSujet: il le savait, il connaissait la différence entre rêve et réalité, mais dans les ténèbres, cette différence paraissait s'estomper. (silas)   Sam 23 Mar - 21:03


Tomber, et toujours se relever. Une philosophie que je m'impose, ou du moins que j'imposais. Une journée, une seule, des mots, des phrases, des hurlements, pour ne faire de moi plus qu'un tas de cendre, voletant au vent. Si gamin on m'avait dit qu'une personne pouvait assassiner vos idées, je n'aurais jamais cru et pourtant, pris sur le fait, plus rien n'est possible. On se sent crétin, stupide, mais surtout impuissant. On regarde l'horizon défiler sous nos yeux, le temps perdre de ses couleurs, sans pouvoir rien y faire. Le bonheur, je n'y connais rien, oui, c'est ce qu'il a dit. La jalousie, la possessivité, pour ne donner au bout du compte qu'une perte conséquente. J'ai le nez plongé dans un livre, attendant la visite de quelqu'un, mais aujourd'hui, il pleut. J'ai pu voir une femme ou deux, mais rien de spécial, après tout, mon attention est plus tourné vers quelqu'un d'autre. Encore tout frais, encore tout récent, le saignement se fait de plus important, j'ai mal. Je ne peux pleurer, je ne peux hurler, ni même me laisser aller, je n'y arrive pas. Alors je reste face à ce mur, regardant un point invisible, parfois le plafond me parait plus intéressant à analyser. Frapper, laisser son poing s'écraser pourrait être une bonne idée, la plus simple et véridique qui s'impose à moi comme une logique. Mais, je n'en ai pas envie. Je suis juste fatigué, lessivé, et la bibliothécaire le voit bien. Quand l'heure tourne, elle vient, elle et ses yeux clairs pour me demander si je vais bien. Un simple hochement de tête, un peu faible mais surtout hypocrite. Va pas t'inquiéter, j'vais bien, comme toujours. On encaisse, on aime même à se prendre les coups. Ce n'est seulement que quand on a droit à cet état second qu'on cogite, et qu'on commence à se rendre compte. J'ai envie de pleurer, mais je ne peux pas. J'ai envie de gueuler, mais je ne sais pas contre quoi. Contre lui, contre moi. Qui est fautif au bout du compte ? Nous deux, et la poupée barbie qu'il aime à côtoyer. Je vois les heures couler, alors que plongé dans mes pensées, je serre mes mains sur un ouvrage qui n'a rien demandé. Stupide, crétin. Je voudrais arracher sa tête, lui faire ouvrir les yeux, mais, maintenant, c'est trop tard. J'ai raté le train de la bonne raison, j'ai touché au point sensible qu'est l'amour. Il n'est plus même, Grim n'est plus celui que j'ai eu la chance de connaitre et d'apprécier à sa juste valeur. Alors, c'est ça ? Aimer ? Se dénaturaliser totalement, devenir un petit chien se remuant sous les sourires de sa maîtresse ? Cette image me dégoute, me répugne, et mon coeur s'emballe. Un peu plus, bien plus vite, jusqu'à me faire grimacer lourdement. C'est un pilier qui tombe dans ma vie, c'est une raison de tenir debout. Le reste en est de ramper, de rentrer à la maison et de ne plus porter attention à son entourage. Même lui, même ce voisin du dessous, Silas. C'est en enfilant mon manteau et faisant face au temps catastrophique, que je me rends compte de cette erreur. Je partage avec lui mon mécontentement, ma peine. Hier soir, oui, je m'en souviens, fier comme le gamin ayant la dernière console à la mode entre ses doigts. L'escalier, son sourire satisfait, mon porte-feuilles entre ses doigts, un regard lancé et puis, rien de plus. En temps normal, je m'occupe de son cas, lui courir après même si tornade est à l'extérieure, même si son appartement se retrouve en bordel. Qui plus est, je devrais être encore plus proche de lui, parce qu'après tout, je sais. Sujet à des manques, à des envies qui ne sont pas cautionnées par l'état, ni même par d'autres. On se drogue, on se pique pour voir l'univers autrement, pour avoir la vision d'un enfant, des couleurs écarlates, des senteurs explosives et le bonheur constant. Ce n'est pas lui, ni la peur qui me dévore les entrailles en me disant que son bras peut servir à des expériences. Moi, rien d'autre. Moi et mon caractère aussi improbable que détestable, moi seul. On tourne au boulevard des rêves brisés, la pluie s'écrase sur mes joues, dans ma tignasse et j'avance. Funambule sur sa corde glissante, fantôme errant sans utilité dans les rues de Taleville à la recherche d'un confort, d'une manière d'oublier. L'alcool pourrait être une idée, tout comme ce que Silas peut prendre. Mais, à quoi bon ? J'en suis malade, je n'arrive à tomber plus bas que je ne le désire. Ce n'est pas faute de vouloir essayer, de se laisser tenter. Parce que je le sais, rien ne sera comme avant, plus jamais. Selon Grim, je ne suis qu'une boule de nerfs, jaloux de son couple, de tout. Est-il conscient qu'il n'est que question d'inquiétude maladive ? Malheureusement, j'en doute. Les yeux écarquillés, le coeur qui explose. Ce n'est que du feu dans l'âme, dans le corps, échapper à ce jour. Mais on ne peut laisser de côté ses souvenirs. Les pavés s'alignent devant moi, comme des dominos parés à tomber sous mes yeux. L'écroulement frénétique des gouttes, fait à mes oreilles une musique macabre, presque morbide. C'est un jour comme un autre dans cette ville aux couleurs fadasses, une vie qui ne vaut la peine d'être vécue sans ses mauvais côtés, pas vrai ? Je peux m'en persuader, oui, je peux essayer. Sans pour autant laisser ma part de doutes de côté, jamais. Mes yeux se lèvent vers le ciel, c'est une journée pourrie, une journée grise aux reflets de mon humeur. Ruben perdrait-il de son feu interne ? C'est une possibilité, après tout, Grim s'efforce à taper du pied dessus. Un jour, il y arrivera oui, et je ne serais plus qu'une coquille vide, et je sais que ça ne saurait tarder. Silas est important à sa manière, mais durant les prochains jours, je ne serais d'aucune utilité. Préférant me terrer dans ma grotte que d'ouvrir mon coeur, de toquer à sa porte et de me jeter dans ses bras en disant : j'suis foutu. Il rigolerait peut-être, je n'en sais trop rien. C'est pour ceci que je n'ai pas eu cette envie, mais aussi parce que ce n'est pas dans mes habitudes. Si ma soeur n'a jamais eu droit à mes jérémiades, Silas ne sera pas exception, du moins, un jour qui sait. Ouvrir les yeux, se dire que ce n'était qu'un mauvais rêve, mais, ce ne sont que des bêtises.
La réalité rattrape bien vite.
Ni un martyr, ni rien de bien grand. Dépourvu de toute bonne humeur, je suis au stade de pantin déséquilibré, jeté aux ordures. Mon gamin ne veut plus de moi, et me préfère en vieux tas à brûler qu'un ami à qui se confier. Les gens grandissent, commencent à comprendre, à apprendre des choses, et il est vrai que Grim est bien plus jeune que moi. Trop surement. Vieux jeu, pas assez, je me conduis peut-être comme ses parents. Me conduisais même. Maintenant ? Je ne suis plus rien. Perdez un type, vous en récupérerez un autre, ce n'est pas difficile à trouver un ours mal léché. C'est vrai, oui, surtout plus agréable, plus à l'écoute, moins colérique. Déglutissant difficilement, un sale frisson traverse mon échine, et face à cet immeuble, je l'admire dans toute sa splendeur. La pluie se veut un peu plus forte, je dois avoir une dégaine de chat mouillé, et je redoute l'arrivée de Silas dans les escaliers. Mais, comme depuis hier, j'ignorerais. Je suis bon pour dire les quatre vérités, mais aussi meilleur pour être trop évasif. Je ne veux pas qu'il me voit comme je devrais à l'être, six pieds sous terre, bien plus tombé dans la boue que je ne voulais le croire. C'est la douleur, la souffrance confuse. Et durant un instant j'imagine, je pense, trop, plus que je ne le veux. Et si, toute cette histoire, cette envie de se piquer était à cause de ceci ? Ne plus souffrir, ne plus avoir mal ? J'en viens même à l'envier l'espace d'une seconde, je fronce malgré tout les sourcils et secoue ma tignasse, maintenant arrivé au rez-de-chaussé. Je regarde l'escalier en colimaçon, rond, toujours plus, jusqu'à vous en donner le tournis et vous faire dégobiller tout ce que vous avez pu avaler. Haussant seulement les sourcils, je continue mon avancée que je considère comme spectaculaire. Je me traine un peu, je passe mes mains sur la rambarde, comme si, aujourd'hui était mon dernier jour sur cette planète. C'est peut-être ça, qui sait, suite à une dépression je finirais le corps collé sur le bitume à cause de la chaleur cuisante. Je n'ai pas le coeur à rire, ou à pleurer, rien du tout. Inutile, inachevé. Création maladroite qui tente de faire de son mieux, plaire à son créateur, sans le faire. Ma porte enfin, que j'ouvre, et pourtant, la surprise est bien plus grande. Si je m'attendais à un vide, un écho de pluie s'écrasant sur les fenêtres, une main levée dans les airs, une tignasse rousse que je ne connais que trop bien, et un objet qui se présent. C'est à moi, je le sais. Mon coeur rate un bond, tout juste s'il ne s'arrache pas de mon torse. Pour une fois, Silas aura fini par me surprendre. Je fronce les sourcils, tristement ou par énervement, je ne saurais le dire. Mais, sans remarquer réellement pourquoi, je reste à le regarde fixement. Puis, un bruit lourd, sourd, claquement du bois et de pas qui se dépêchent de finir à nouveau au point de départ. Je ne veux pas, pas maintenant. Mais, c'est sans compter sur sa facilité à être buté. Si je me retrouve à nouveau bien vite dehors, à chercher un endroit où pouvoir me cacher des yeux indiscrets, c'est un son familier qui me vient aux oreilles. Silas a décidé de me suivre. Merde. Un peu plus, un peu moins, de toute manière, si je lui échappe, je finirais par le retrouver demain, et il en sera ainsi jusqu'à ce que je lui dise mes tourments. Serrant mes poings dans mes poches, je m'avance, dans une rue, je ne sais pas laquelle, mais je me dépêche. Alors que je crois pouvoir glisser entre ses doigts, j'ai tout faux. Encore. La vérité Wharol est bien plus décisive, c'est un fait que maintenant, je dois m'avouer. Et c'est en plein milieu de la rue que je m'arrête d'un coup sec. Il est à plusieurs mètres, combien, je ne saurais le dire. « Laisse moi, s'il te plaît. » Tout juste si je ne vais pas me mettre à le supplier, ma voix résonne et claque contre les murs maintenant humides. Je n'adresse rien, même pas un regard, je fixe le sol, la tête à moitié nichée dans mon manteau. Je continue à avancer, encore. Pendant que Silas continue à me suivre. Encore. Toujours, c'est un manège dans lequel je me suis lancé et dont je ne peux me défiler. Je ne veux pas, pas qu'il me voit comme ça. Pas lui.

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J'avais toujours entendu dire qu'à l'instant de votre mort, votre vie entière se déroule devant vos yeux en une fraction de seconde. Tout d'abord cet instant dure beaucoup plus longtemps qu'une fraction de seconde, il s'étend jusqu'à l'infini comme un océan de temps.
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MessageSujet: Re: il le savait, il connaissait la différence entre rêve et réalité, mais dans les ténèbres, cette différence paraissait s'estomper. (silas)   Dim 24 Mar - 6:55



Putain, c’est fou ce que j’aime la vie. Et putain, il va vraiment falloir que j’arrête de jurer, au moins pour montrer l’exemple aux enfants. Faire preuve de modèle d’admiration et… ouais non c’est pas la peine. Je suis un drogué, un voleur, un hors la loi. Ça marchera pas. Au moins ça fonctionne avec les demoiselles. Enfin… une fois sur trois. « Quoi ? T’es sérieux là ? T’as vraiment braqué une banque ? C’est tellement… sexy ! » Ça, c’était lundi. Elle a fini dans mon lit la blondinette. Et son portefeuille dans ma commode. Le mardi, c’était une brune avec un petit grain de beauté au-dessus des lèvres. Vintage. J’ai fait mon numéro. Comme un magicien, mais en plus vaurien. Une petite courbette avec les fesses, et le verre du gentleman s’est renversé sur son veston. « Oh non je suis tellement maladroit, laissez-moi vous arranger ça ! » Mes mains attrapèrent un chiffon sur le bar et frottèrent sur ses vêtements. Discrètement j’ai attrapé le portefeuille et la petite rose dans sa poche de devant puis glissé le tout dans ma poche arrière. Il ne remarqua rien. Mais j’ai fait un grand sourire à mon rencard et l’ai poussée vers la sortie, prévenant déjà l’ouragan, qui ne tarda pas à arriver. « Hé ! Attrapez cet homme ! » hurla le dandy qui se rendit compte du poids en moins dans son veston. J’ai attrapé la main de la brune pour courir entre les rues et semer les justiciers à nos trousses. Je n’irai plus dans ce bar avant deux ou trois semaines, histoire de me faire oublier. Essoufflés mais hors de dangers, nous nous sommes arrêtés dans une ruelle. J’ai tendu la rose à la demoiselle et, charmée et bourrée de phéromone nourris à l’adrénaline, elle s’est jetée sur moi. Nous nous sommes longuement embrassés, jusqu’à ce que je l’amène à mon appartement. Bingo. Mais le mercredi, ça n’a pas marché. J’étais avec une petite rousse. J’ai voulu l’impressionner en volant une voiture, sauf qu’elle n’a pas apprécié quand elle a compris que ce n’était pas une blague. J’ai eu la marque de son sac à main sur ma joue pendant deux jours. Je soupçonne qu’elle y cachait une boule de bowling. La garce. En plus, c’est à cause d’elle que l’alarme de la bagnole s’est déclenchée. Mais finalement, j’ai tout de même passé une très bonne semaine ! Et pour la terminer en beauté, hier, pendant que Ruben lisait tranquillement à la bibliothèque, casque sur les oreilles, j’ai chipé son portefeuille dans son manteau posé sur la chaise. Il ne m’a ni vu, ni entendu. Je suis l’ombre qui se glisse silencieusement derrière ses victimes et bouge aussi vite que Lucky Luke. Un héros ce mec. Un modèle pour les enfants, lui. Sauf qu’il fume et porte un flingue. Mais bon, quand on est chasseur de primes, ça passe mieux forcément. Il peut tout se permettre, avec sa gueule d’amour. Moi je serais plutôt un des frères Dalton. Quoi qu’il en soit, une bonne heure après, Ruben est rentré au bercail et je l’y attendais. Brandissant fièrement son bien sous son nez pendant qu’il montait les escaliers. Comme un chat qui tend gaiement quelque chose à son maître pour jouer. Si j’avais une queue (pas celle-là, l’autre) elle aurait fait des va-et-vient (pas ceux-là) à la manière d’un petit chien. Mais Ruben, m’a carrément ignoré. Mon petit cœur blessé, je suis parti m’amuser avec les donzelles du bar d’à côté. J’ai même passé une très bonne soirée. Aujourd’hui j’étais de congé, alors je me suis levé à quatorze heures trente du matin en pensant à un plan, devant la télé, pour attirer l’attention de Ruben quand il serait rentré du boulot. Sauf que j’avais oublié un détail. « Qu’est-ce que tu fous là ? » La grande blonde me fixe bouche-bée. Je crois que je l’ai vexée. Elle porte une de mes chemises ! Ah non, c’est celle de Ruben. Mais elle s’est crue où là ? Elle va laisser son odeur. « Heu, je te signale que tu m’as invitée, hier soir, tu sais, quand tu m’as déshabillée. » Ouais ouais, je m’en rappelle vaguement. Mais je n’aime pas beaucoup son air méprisant de madame parfaite. Merde, je ne me rappelle même pas de son nom. Cindy ? Non. Je crois que ça commence par un B. Brittany, Brenda, Becky, Becca… Bon, au fond, je m’en fous. « Dégage de là. » Je me désintéresse d’elle et reporte mon attention sur la télévision en sirotant mon verre de lait. Elle jette la chemise sur ma tête et je l’entends jurer mais n’y prête pas tellement attention. Clope au bec, je la gratifie quand même d’un petit sourire avant qu’elle ne claque la porte de l’appartement, ses bras chargés par ses vêtements. Ah ! Voilà ! C’était Briana. Mais demain j’aurai sans doute oublié. Comme toujours.

Dix-huit heures et quelques. J’ai rien fait de ma journée. J’ai filtré tous les appels, fait quelques mots croisés, mais, au moins, j’ai pris une douche. Ce qui est déjà en soi, un exploit. Depuis une bonne quinzaine de minutes, je danse torse nu sur du Bob Marley. Du moins, j’invente une danse, parce qu’il n’y en a pas vraiment pour le reggae. Je décrète même qu’il faut absolument avoir une cigarette entre les lèvres pour exécuter cette danse exotique. Sinon, il manque un truc. J’entame quelques pas vers le réfrigérateur, mais, merde alors, quelqu’un a pénétré ici et m’a volé tout mon lait ! Je ne vois pas d’autres explications. C’est sûrement la voisine du rez-de-chaussée. Cette saleté qui ne peut pas me voir en peinture. Mais en y réfléchissant bien, personne ne peut me saquer dans cet immeuble. J’enfile un pull et glisse mes clés dans mon jean. J’attrape le portefeuille de Ruben, éteint la radio et file dans son appartement. Désert, il ne va pas arriver avant quelques minutes. J’enlève mes chaussures, bois à la bouteille le lait dans son frigo puis me jette sur le canapé, doigts de pieds en éventails sur sa table basse toute bien rangée. Les programmes télévisés ne sont pas vraiment mieux que chez moi. En même temps, il y a jamais rien de bien avant l’heure des films érotiques. Mais soudain, j’entends une clé s’agiter dans la serrure. Mon cœur s’emballe, enfin ! Je me relève d’un bond et m’accoude sur le mur face à la porte d’entrée, toutes dents sorties, le portefeuille bien en évidence dans ma main. Il ouvre la porte et me regarde, surpris. Ça ne dure qu’un temps, puisqu’il fronce les sourcils et fait demi-tour sans un mot. Putain, non, pas deux fois dans la même semaine ! C’est quoi son problème ? J’enfile rapidement mes chaussures et sort de l’appartement pour le suivre. Dehors, je réalise qu’il pleut des cordes. Je ne l’avais même pas remarqué tout à l’heure. Beurk. J’aime pas l’eau, et j’ai rien pour me protéger. Tant pis, je marche derrière ses pas et hurle son nom. « Ruben ! Qu’est-ce qu’il y a mec ? La vieille du rez-de-chaussée a repoussé tes avances ? On peut en parler si tu veux ! » Aucune réponse. Il avance comme si je n’étais pas là, comme si je n’étais qu’une ombre. Je n’aime pas ça. Mon cœur s’affole. Ma poitrine se gonfle et mon souffle se perd. Est-ce qu’il m’évite parce qu’il a finalement compris que je n’étais qu’une nuisance ? Pourquoi me faire ça, maintenant ? Pourquoi, putain ! J’ai besoin de lui, ça me fait chier de l’admettre, mais c’est l’abominable vérité qu’il faut accepter. J’ai besoin de quelqu’un maintenant, aujourd’hui, demain, et les jours suivants. J’ai besoin de Ruben, bordel. Sans lui je redeviens cette coquille vide. « Ruben ! » J’hurle plus fort que je ne le pensais. Ma voix résonne contre ce parvis et ces murs humides, pour atteindre ses oreilles cachées dans le col de son manteau. Mais il continue de s’éloigner, encore, toujours. Je me mords la lèvre inférieure et vise sa tête. Le portefeuille plane et tape contre son crâne, avant de s’écraser au sol et de se noyer dans une flaque. Il s’arrête, enfin. « Laisse moi, s’il te plait. » Sa voix presque suppliante m’arrache un soupir. « Non. Je peux pas. Tu pourrais marcher jusqu’à l’orée de la ville, ou la ville d’après, même jusqu’à l’aube, je te suivrai. » J’approche de sa silhouette immobile et lui passe devant. « Mais je pourrais aussi t’attacher à un poteau ici et te torturer jusqu’à ce que tu me parles. Alors pose de côté ton caractère de merde, et dis-moi ce qui va pas. Je veux t’aider, je peux t’aider. » Mais pitié, ne me dis pas que c’est à cause de moi. Ne me laisse pas, ne m’abandonne pas.
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MessageSujet: Re: il le savait, il connaissait la différence entre rêve et réalité, mais dans les ténèbres, cette différence paraissait s'estomper. (silas)   Dim 24 Mar - 11:37


La lâcheté, préférer la fuite que d'affronter ses propres problèmes. Voilà une belle phrase pour résumer la situation en quelques mots, et quand bien même je peux me montrer sous ce visage, je ne veux pas que Silas devienne témoin de mes maux et mes misères. Je ne veux à partager ceci, pas avec lui. Tout simplement parce que je ne fais pas paire avec tout cela, et je me sens bien ridicule face à ma petite histoire qui porterait plus à faire rire qu'autre chose. Alors je m'enferme, je me cache dans une bulle d'acier qu'il ne doit exploser, qu'il ne peut. Je ne veux pas qu'il y touche, qu'il s'approche, qu'il sache. L'état de faiblesse n'est pas illusoire, réel malgré lui, il se veut vicieux et s'insinue dans mon âme comme un cancer. Maladie catatonique, destructrice. Je disparais dans les rues, sous la pluie, quitte à sentir le chien mouillé, quitte à attraper la mort et m'écrouler dans un coin. Ne pas croiser son regard, ne pas avoir de pitié. C'est en ce moment que je comprends la raison de sa phrase la dernière fois, j'veux pas de ta pitié. Pas besoin, sinon, tu vires. On ne veut pas voir de dégoût, quelconque sentiment de déraison, alors on évite. Marcher jusqu'au bout du monde, revenir un jour après des années, un mauvais souvenir d'une histoire salace ayant rapport au bonheur. Contre toute attente, Grim m'aura fait réfléchir, lourdement. Suis-je de ceux qui viennent à envier leurs voisins parce qu'ils ont un bel animal de compagnie ? Que je crache sur les amoureux parce que je n'ai jamais eu réellement droit à cette sensation ? Je n'ai jamais eu la chance de m'en rendre compte, et de toute manière, je crois que ceci ressemble plus à des clous plantés. Une poupée vaudou jetée dans une casse parce qu'elle ne vaut pas tripettes, même pas capable de lancer son sort, faire mal à travers sa fine couche de tissue. Je me demande même qui je suis, ce que je vaux. Est-il normal d'avoir un tel caractère ? De ne pas savoir se ménager même en présence d'un être cher ? Malsain, possédé, je ne saurais le dire. Moi oui, mais qui réellement. Ruben n'est pas Ruben comme il peut l'être. Je penche plus sur le monstre sans coeur et vêtu de vase noire, que l'homme au sourire ravageur et niais. Regarder l'horizon d'un oeil fadasse et se dire que de toute manière, l'être humain ne changera pas. Se complaire dans la méchanceté, dans la haine commune. Grim m'a fait changer d'avis, durant un temps, me donner foi en l'humanité. Maintenant, que je n'ai plus droit à le regarder, je suppose que j'ai oublié la gentillesse dont pouvait faire part l'être humain. Silas n'est malheureusement pas un modèle digne de Gandhi dans son gabarit, je ne vais pas à douter de sa bonne humeur, mais, il a ses défauts qui amoindrissent sa valeur, son voulu. Finir par supporter, apprécier une compagnie qui devrait être insupportable, détestable. C'est quelque chose à l'intérieur qui me démange, m'arrache les tripes et ne laisse de moi qu'une coquille s'écrasant au sol. Bitume ragoutant, baigné dans sa pluie monotone. C'est une journée grise, journée déprimante comme une autre. L'avenir n'en sera pas autrement. Quand même la famille ne vous regarde que d'un oeil mauvais, noir, digne des plus gros rapaces, quand une personne qui vous fait sortir le meilleur en vous, il ne reste que des morceaux. Des petites miettes qui s'amusent à marcher ici, là, quelque part dans un vide successif. La chute est mirobolante, mais seul l'atterrissage compte, et dieu seul sait quand la route m'arrivera sur la figure. Quoi, quand, et surtout qui ? On cause sa perte, inconsciemment, et la mienne je peux la voir, la toucher. Première étape, sauter. Deuxième étape, tomber. Troisième étape, se relever. Je suis dans un milieu entre la première et la deuxième, entre tomber et chuter. Le résultat en est le même de toute manière, ou du moins, j'ose à l'espérer. Courir dans le vide, marcher dans un rien, un creux dans la terre. Se protéger comme on peut, pour en fin de compte, recevoir un signe en pleine figure. S'il n'avait suffit que son humour mauvais, un bruit, un son, une douleur dans l'arrière du crâne, je m'arrête, je supplie presque. C'est le porte-feuilles qu'il désirait tant, alors pourquoi est-ce qu'il ne le garde pas ? Tout juste si je ne lui offre pas. Il s'improvise chasseur de démons, de dragons internes qui font brûler les organes, les os. Des cendres pestilentielles qui hantent mon corps, je ne bouge plus. Tétanisé, fatigué, blasé au plus haut point. Il doit arrêter. Silas ne doit pas me suivre, je ne veux pas le perdre lui aussi. Si Grim se trouvera un jour n'être qu'une image dans ma tête, je ne veux la même chose pour le voleur de pacotilles qu'il est. Trop attaché, trop apprécié. En temps normal, en personnage tout aussi simple, je pourrais me jeter dans ses bras en hurlant au loup, en pleurant sous les jupons de ma chère mère et comme ça, l'histoire serait bien vite réglée, en deux temps, trois mouvements. Mais, quand on a l'habitude d'un homme de mauvais humeur, le voir trop expressif d'un coup parait trop louche et relève plus de l'entourloupe que de la sincérité maladive. Je ne suis pas comme ça, lui l'est peut-être plus, et encore, je dois m'en douter. La vie sans ses complications n'en est pas une, et quelqu'un qui veut à croire qu'elle est belle, se trompe lamentablement. Des requins tout autour, tous autant que nous sommes. De l'enfant candide au vieux rachitique, de l'amoureux transi à la furieuse de l'existence. Même une main tendue ne peut rien y faire, après tout, elle ne peut changer grand chose. Se rabattre alors sur les coups, ou alors sur les sons qui eux, se veulent plus castrateurs. Face à moi, son regard bleu me transperce, me refile des frissons, et ce côté plus sérieux que d'habitude m'inquiète. Ce n'est pas une blague, et certainement pas le moment de jouer à qui tapera le mieux sur le système de l'autre. « Non. Je peux pas. Tu pourrais marcher jusqu’à l’orée de la ville, ou la ville d’après, même jusqu’à l’aube, je te suivrai. » On fait comme ça Silas ? Jouer au jeu du chat et de la souris ? C'est toi l'chat dans ce cas. Toi qui ne cesse de me courir après sans raison particulière, et pourquoi même, je ne comprends pas. Ou peut-être que si. De ce que je me souviens, je ne suis pas qu'une liasse de billets verts, qu'une bonne manière de se faire de l'argent facilement, une banque quelconque. Les rôles changent à nouveau, et si la dernière fois il se trouvait dans un état déplorable, je le suis. Pas de la même façon, mais dans le même ordre d'idée.

Je ne bouge plus, les mains fourrées dans mes poches, et durant un instant, son regard me parait insoutenable. Je baisse seulement les yeux vers une flaque d'eau, éphémère, qui d'ici quelques jours ne sera qu'un vague souvenir d'une douche dont Taleville se rapprochera. S'il n'avait fallu qu'elle, le froid aussi va de paire avec ses larmes. J'ai le coeur en vrac, un bordel géant que même Silas ne pourra ranger. J'ai besoin de sa présence comme je veux m'en débarrasser, je veux me confier à lui comme le mordre s'il tente une trop violente approche. Un animal blessé, à apprivoiser seulement. Témoignant du félin, on sort les griffes, les dents pour faire peur, alors qu'elles veulent seulement murmurer un : j'ai besoin d'aide. Contradictoire à ce point ? Que vous dites, et qui se révèle être malheureusement vrai, trop réel justement à mon goût. Je ne sais pas réellement ce que je désire, je veux à attraper sa main comme la laisser tomber dans le vent. Je reste stoïque, les yeux presque clos, semi-caché dans mon manteau. Je pourrais le pousser, passer outre sa personne, mais, le connaissant il n'apprécierait pas la chose. Autant parler, même si c'est inutile, autant causer même si la défaite est présente. Haussant les sourcils sur le coup, la pluie commence à se faire un peu plus forte, et ce qui se devait d'être quelque chose de fin, se transforme petit à petit en une averse. Première fois que j'ai la chance de voir Silas sous de l'eau, et j'en suis plutôt content. Malgré tout, j'évite de sourire, gardant un air grave collé au visage. Il n'a pas fini, pas encore, et tant que son discours ne sera pas bouclé, je resterais silencieux. Pour écouter, ou pour faire semblant seulement. Qui pourrait réellement le dire ? Pas moi. Les blagues sont cachées, jetées, fini le jeu aujourd'hui. Vivons dans la vraie vie. « Mais je pourrais aussi t’attacher à un poteau ici et te torturer jusqu’à ce que tu me parles. Alors pose de côté ton caractère de merde, et dis-moi ce qui va pas. Je veux t’aider, je peux t’aider. » Non sans une dose d'humour qui lui est particulier, je reste encore comme un crétin à fixer l'eau tomber, dégouliner le long des murs. On pourrait se faire un rendez-vous psychologue, oui, pourquoi pas ! Mettons nous en ronde, parlons de nos problèmes respectifs et après le monde puera l'amour dégoutant. Ah, ce sentiment. Rien qu'à y penser, mes sourcils se froncent. L'amour ça vous change, dénaturalise, fait oublier vos bases. Si le résultat de cette petite expérience amoureuse sur Grim est catastrophique, je n'ose imaginer le jour où Silas aura une compagne pour la vie - sans rire, ce n'est pas un mauvais bougre, au fond, très au fond. Et ce jour-là, quand ça ne me plaira pas, lui aussi finira par me déblatérer les paroles similaires. Perdre de tout, du sable qui glisse entre les doigts, petit à petit, je n'ai presque plus rien. Pas grand chose du moins. Fermant mes paupières l'espace d'une seconde, à mon tour j'ose parler. « J'vais bien, vraiment. J'ai pas envie de parler, ou quoi que ce soit, j'ai juste envie d'être seul. » Bien évidemment, je sais que Silas n'est pas si crédule, de là à croire que je vais bien. Voir Ruben sans des flammes sortant des yeux, ce n'est plus Ruben. Je dois même me l'avouer, je suis prévisible comme parfois non, et pour la première fois de ma vie, je suis au plus calme avec lui. Pour l'instant, combien de temps encore ? Je ne le sais. Ah la solitude, ce n'est pas bon, tout juste si ce n'est pas carrément mauvais. C'est comme ça qu'on retrouve des types pendus au bout d'une corde, le teint livide et les yeux exorbités. En suis-je au point de vouloir me jeter du haut d'une falaise ? Pas si pitoyable, pas assez courageux, et à quoi bon tomber aussi bas ? Roulant des yeux à cette pensée, je me replonge dans son regard. Et mon coeur claque, encore, un peu plus vite. Je n'aime pas à l'affronter, pas comme ça, pas quand ce pétillement malicieux n'a plus place en lui, quand il est trop impassible. Au cas par cas, un coup lui, un coup moi. S'épauler oui, mais jusqu'à quand ? Il est borné, têtu, je pourrais raconter n'importe quoi, il ne me croira pas. Pas avant que je sature, que je gueule, même que je pleure. Un jour l'explosion viendra, il touchera le point sensible, le nerf fragile pour me faire sortir de mes gonds. Je m'en doute, et pourtant, je n'y porte pas plus d'importance. Trop ailleurs, trop autre pour me permettre une telle chose, même pas capable de mettre un masque factice sur le visage. On ne peut enlever celui fait de peau, et je ne peux virer définitivement le mien. Ses yeux bleus me transpercent, ce n'est qu'un autre combat de regards, encore, toujours. Marchons, tombons, regardons. « J'te le demande une dernière fois. S'il te plaît Silas, laisse moi. »

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J'avais toujours entendu dire qu'à l'instant de votre mort, votre vie entière se déroule devant vos yeux en une fraction de seconde. Tout d'abord cet instant dure beaucoup plus longtemps qu'une fraction de seconde, il s'étend jusqu'à l'infini comme un océan de temps.
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MessageSujet: Re: il le savait, il connaissait la différence entre rêve et réalité, mais dans les ténèbres, cette différence paraissait s'estomper. (silas)   Dim 24 Mar - 11:51



Honnêtement, je n’ai jamais été doué avec les gens, dans le relationnel. J’ai un meilleur instinct avec les animaux, malheureusement. Je soupçonne que ce soit à cause de mon odeur corporelle qui n’est pas toujours des plus propres. J’ai voulu soigner cela, je le jure. Un moment, j’ai même pensé à faire de l’humanitaire, avant de réaliser que ce n’était vraiment pas fait pour moi. Comment donner de sa personne, si on n’a rien à offrir, et ce, même pas pour soi ? Je ne suis pas quelqu’un de bien et ne le serai jamais. Je suis un homme corrompu, et lorsqu’on a goûté aux vices et aux péchés, il n’y a pas de retour en arrière. Il est trop tard pour moi. Le petit garçon qui cherchait les haricots magiques a disparu. Il est parti, quand il a tué sa mère. J’ai arrêté de croire ce jour-là, ce jour où j’ai assassiné celle qui m’avait insufflé la vie. J’ai cessé de prier la deuxième étoile à droite et la fée bleue. J’ai compris qu’il n’existait aucun conte de fée. Je suis devenu un mécréant, un rebut de la société, quelqu’un qu’on préfère éviter. Les bourgeoises tombaient sous mon regard, emplies de pitié, mais leurs maris, eux, me crachaient à la figure et me poussaient dans la boue. Leurs enfants pensaient que j’avais des puces, et je vidais leurs poches pour nourrir mes frères et sœurs, du même âge qu’eux. J’avais les pieds sur terre, et la tête sur les épaules. J’ai connu la pauvreté, la famine. Je n’étais qu’un gamin, mais bien assez mature pour affronter la vie et commettre tous les sacrifices qu’elle implique. Il n’était plus question d’avoir une conscience, il était question de survie, dans ce monde pourri et ingrat. J’ai volé, j’ai triché. Enfant, j’ai vécu plus que certains adultes de cette ville ne vivrons jamais. J’ai vu, commis, et appris des choses auxquelles ils n’oseraient songer. Je ne méprise pas les gens. Je ne me sens pas non plus supérieur. Je suis simplement trop différent d’eux, et n’arrive pas à m’y lier. Je n’ai pas le même passé, les mêmes valeurs, les mêmes principes, les mêmes buts que ces autres. Je ne suis pas cynique, mais au moins, je suis libre. C’est quelque chose que l’on ne pourra jamais m’enlever. Et c’est exactement ce qui manque, à tous ces gens. La liberté.

Je n’ai jamais posé de questions à Ruben, ou du moins, pas les bonnes questions. Je ne sais pas qui il est, d’où il vient ni ce qu’il veut. Je ne sais rien de mon voisin. Mais j’ai toujours eu les yeux rivés vers lui, analysant, cherchant ce qu’il pouvait être caché au plus profond de son âme. Je n’ai pas su percer la barrière de glace qui le protège et ne m’y risquerai pas si facilement. S’il y a bien une personne dans cette ville avec qui je ne veux pas tout foirer, c’est lui. Je suis prêt à y aller en douceur, avec tact et habileté, comme s’il était un pauvre clébard de la clinique. Au fond, c’est presque ça. Il a un peu le regard suppliant, comme un chien. Mais il me fait plus penser à un chat. Il est vif, futé, agile. Mais surtout solitaire. Il n’a besoin que de lui-même, un peu comme moi. Enfin, façon de parler, parce que, malgré tout ce que je peux dire, j’ai quand même besoin des femmes. Alors que lui, eh bien, j’imagine que non. Je suis certain que sa peau est recouverte d’écailles. C’est peut-être pour ça qu’il ne chope pas. Ou alors c’est entièrement à cause de son caractère, parce qu’au fond, il n’est pas repoussant ce pauvre garçon. Mais ce n’est pas pour une femme qu’il est dans cet état. Il ne se rendrait pas malade pour si peu. Alors quoi bordel ? C’est quoi son problème ? Je n’aime pas l’ambiance qu’il y a entre nous, je n’aime pas voir ce fil fragile qui nous lie s’effriter. Il m’a fallu beaucoup de courage, ou de folie, pour le laisser entrer dans ma vie. J’ai été plus sincère avec lui que je ne le serai jamais avec personne. Pas de tricherie, pas de manipulations réelles avec Ruben. Il est ce mur qui me retient de tomber. Ce socle qui m’évite de crouler, l’épaule sur laquelle je me suis reposée. Putain. S’il partait, s’il me laissait tomber… S’il partait, je deviendrais fou. Comme un animal sans son maître. Je perdrais tous mes repères. Je serais aveugle, prisonnier de quatre murs, sans air, sans lumière. Je le sais, je l’ai déjà vécu. Je sais quel goût ça a d’être dépendant, quelle douleur on ressent quand la drogue ne coule plus dans le sang. Ruben a pris une place importante malgré lui, une place bien trop imposante dans ma vie. Au fond, j’aurais souhaité qu’il ne me rencontre pas. Car j’anéantis tout ce que je touche. Un jour, je finirai par le briser, lui aussi. Mais il est trop tard. Il est trop tard maintenant. Il ne peut pas me laisser. Qu’il m’ignore une journée passe encore, mais pas deux. Je ne le supporte pas. « J'vais bien, vraiment. J'ai pas envie de parler, ou quoi que ce soit, j'ai juste envie d'être seul. » Mon cœur gronde et mes entrailles se resserrent quand il me repousse encore. Il ne me regarde même pas. Il ose me mentir mais il est trop lâche pour me regarder. Je hausse un sourcil, suspect. Il me prend vulgairement pour un con. Je n’aime pas ça. Je n’aime vraiment pas ça. Il me veut me faire croire qu’il va bien pour avoir un prétexte de me virer. Je le dérange, je suis trop près. J’accroche fermement mes mains sur ses épaules et le fixe droit dans les yeux. Aucune menace ou provocation. Je veux juste comprendre. Il n’est pas lui-même, il ne va pas bien. « Te fous pas de moi. » Le ton furieux soufflé d’entre mes lèvres me surprend moi-même. Je n’ai pas pour habitude de ressentir de la colère. A vrai dire je suis un mec plutôt léger. Il en faut beaucoup pour m’énerver. Mais on dirait qu’il en faut très peu de la part de Ruben. Il a trop d’impact sur moi. Certaines choses endormies ne doivent pas être éveillées. Ça m’effraie, me bouffe de l’intérieur, mais je ne peux pas flancher. Non, pas maintenant qu’il va mal. Il ne s’en tirera pas comme ça. Pas après cette nuit, pas après ce qu’on s’est dit. Il peut pas me flanquer dehors, me claquer la porte au nez, me jeter. Il n’a pas le droit. Je suis pas un chien qu’il a adopté. Il m’abandonnera pas sur le bord de la route comme un déchet. Les gouttes tombent et inondent nos vêtements. Ses cheveux si hirsutes sont maintenant plaqués contre ce visage blanc et fermé. « J'te le demande une dernière fois. S'il te plaît Silas, laisse-moi. » Je soupire et lâche la pression que j’exerce sur lui pour me redresser. Droit, immobile, le menton haut, mes yeux sont rivés vers les siens qui restent insensibles, vides, dénués de la lueur ardente qu’ils ont d’ordinaire. J’ai mal, j’ai envie d’hurler, de cracher. Je n’aime pas être mis de côté. Encore moins par le mec qui commençait tout juste à égayer mes journées. Combien de temps va-t-il encore m’éviter, jusqu’à qu’il ne fasse de moi qu’un tas de cendres. Non. Je refuse. Il n’a pas le droit. Il n’a pas le droit de me faire ça. « Putain c’est quoi ton problème ? Tu m’accueilles chez toi, tu soignes mes plaies, et maintenant, tu me craches à la gueule quand je veux t’aider ? Je suis pas assez bien c’est ça ? Je suis qu’un vaurien et un drogué pour toi ?! T’as réalisé que les gens de bonne famille comme toi pouvaient pas fréquenter un gars comme moi ? » Qu’est-ce que j’ai été con, de croire qu’un gosse de riche pouvait compter sur une merde telle que moi. On n’a rien en commun. Nos mondes ne se mélangent pas bien. Je n’aurais pas dû lui dire ce que j’étais. J’ai bien fait d’avoir gardé mes autres secrets. Il s’est bien amusé avec moi l’enfoiré. J’ai si mal que je pourrais le frapper. Il n’aurait pas dû tant attendre avant de se rendre compte de la nuisance que j’étais. Ou plutôt, je n’aurais pas dû l’approcher. Dès le début, j’aurais dû me méfier. Putain, pourquoi est-ce que ça fait si mal… « Dis le clairement que c’est moi le problème. Dis-moi la vérité et je m’en irai. » Crache tes flammes et immole mon âme. Fais-en de la poussière, écrase la de tes pieds et rends moi ma liberté.
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MessageSujet: Re: il le savait, il connaissait la différence entre rêve et réalité, mais dans les ténèbres, cette différence paraissait s'estomper. (silas)   Dim 24 Mar - 13:07


On suffoque, on veut disparaitre, mais, on ne peut pas. Je pince ma lèvre inférieure, animal jeté dans un cage, qui ne peut que tourner en rond, implorer des yeux et attendre que son maître veuille bien le laisser respirer l'air frais. Je ne peux que m'en vouloir, comme l'impression d'être le seul acteur dans ce film de mauvais goût, dans cette fatalité qui me colle directement à la peau. Elle ne s'arrête pas, elle est présente, voilà tout. En moi, en lui, dans le sang d'autres comme de ceux qui préfèrent à se voiler la face. Ne reste pas ici, ne reste pas là, j'ai mal, je ne veux pas toi aussi te perdre et te laisser disparaitre dans un horizon déjà bien trop sombre à mon goût. Silas m'étouffe avec ce sachet qu'il vient de me mettre autour du visage, et sans comprendre pourquoi, je me laisse faire. Mourir est une chose, le corps fini par pourrir sous terre, mais l'âme ? Elle aussi peut crever. Sous les coups de la vie, sous les coups des mots et des regards qui peuvent signifier : je te hais jusqu'au plus profond de mon coeur, je en veux plus te voir, hurle, pleure, tu dois faire quelque chose, sinon, je continuerais, encore et encore. Est-ce que l'existence même d'un Nogard se résume à ceci ? Tomber ? Inlassablement s'écrouler le long de ce ravin sans but ? Sans fond ? Sans rien de bien grand ? Il faut croire que oui. Si mon père est décédé dans le beau paysage d'Islande, ma soeur a perdu sa jambe suite à un accident. Quant à moi, je ne suis que celui au caractère dont on ne veut savoir l'existence. En ce bas monde, l'hypocrisie est monnaie courante, on aime quand on ne fait que vous sourire, quand on ne vous déballe pas que vous n'êtes bon qu'à être jeté dans les ordres. Non, on préfère le mensonge à la vérité, on se voile la face. Durant des années, des mains ont été posées sur mon visage, celles de ma mère, celles de mon père. Puis, un jour j'ai enlevé ces doigts trop blancs, qui préféraient à me montrer un avenir lumineux plutôt que celui qui m'attendait. J'ai ouvert mes deux prunelles, et j'ai vu. J'ai regardé dans les alentours, dévastation, pauvreté et méchanceté gratuite. Se rendre compte des choses un peu trop tard, se retrouver sans défense face aux morsures des enfants qui se veulent les plus sadiques. Ils vous posent dans un endroit, sans jamais vous l'enlever. J'ai fini par me construire à la craie un rond, dans lequel je préfère à me cacher. Certains privilégiés peuvent y entrer, comme en sortir. Grim y était, avant ses dires, Silas y est, ou du moins, dans un milieu, entre l'intérieur et l'extérieur. Il peut en faire ce qu'il désire, mais jamais mon entourage ne pourra me décider à effacer ce blanc qui me protège. C'est une armure faite de feuilles, de branches en tout genre, mais fragile, bien que discrète. Alors quoi ? Il suffit juste de fermer les yeux ? Non, il faut affronter les dires, hurler la vérité de ceux qui préfèrent à murmurer tout bas. Comme les écrivains des temps lointains, ils parlaient trop. On a préféré à les jeter dans un asile plutôt que de les écouter. Leurs paroles pouvaient soulever des montagnes. Et moi je suis de ceux qui osent enlever le bandage qu'ils ont sur le visage, voir l'univers dans un sens que je n'apprécie pas. L'homme est cruel, il fait mal, parce qu'il s'y complait, et ne trouve pas de meilleure occupation. Les relations s'arrêtent ici, on gueule à s'en déchirer les cordes vocales, puis on pleure. On se dit que tout ira mieux, mais tout va en tombant. Dans ce sens, je comprendrais même certains dépressifs, et si au départ je ne faisais que les voir comme des désespérés, il n'y a pas plus simple que de comprendre de dégoût. Une impression amère dans le fond de la gorge, qui me donne bien des fois des envies de relâcher tout ce que je peux avoir dans l'estomac. Un espoir peut venir nous redonner le sourire, nous dire que l'humanité en vaut peut-être la peine, Silas a été une des rares personnes à me faire comprendre que la vie a ses beaux côtés. L'on s'évertue à regarder devant, mais pas derrière. Main dans la main, yeux dans les yeux, je veux continuer à entendre son rire claquer contre les murs de l'appartement, quoi qu'il puisse en coûter. Mais, ne pas l'entendre pleurer, je ne veux pas qu'il puisse me voir dans un tel état. Je ne veux pas lui briser ce demi-masque qu'il a sur le visage, qui peut ne serait-ce qu'un tant soit peu le faire sourire. Pourquoi lui ? Pourquoi pas un autre ? Pas même ma soeur ? Je ne saurais le dire. Je n'ai pas eu le loisir de sélectionner qui allait me faire sourire un peu plus, me montrer des choses que je ne connaissais pas avant - comme le vol à l'arrache en l’occurrence -, c'est lui qui n'a fait que choisir pour moi. Il est arrivé dans ma vie, comme un cheveux sur la langue, comme une poussière dans un rouage discret. On ne le remarque pas au départ, il énerve plus qu'autre chose, on essaie de passer outre. Et puis, on ne fait que se rendre compte que ce grain de sable est bien plus utile qu'on ne voulait le croire. « Putain c’est quoi ton problème ? Tu m’accueilles chez toi, tu soignes mes plaies, et maintenant, tu me craches à la gueule quand je veux t’aider ? Je suis pas assez bien c’est ça ? Je suis qu’un vaurien et un drogué pour toi ?! T’as réalisé que les gens de bonne famille comme toi pouvaient pas fréquenter un gars comme moi ? » La bombe est amorcée. Souffreteuse, la pluie se fait ressentir comme tout à coup, plus lente. Juste mes yeux qui s'écarquillent, choqué de ses dires, d'une telle façon de me voir. Je ne suis qu'un riche à ses yeux, qui habitué à ses petits plaisirs, n'en a rien à faire de son prochain. Il le brise, il le prend, il le claque mon coeur. Je lui en ai offert la moitié, juste ce qu'il faut pour que j'ai une confiance aveugle en lui. Et maintenant ? De son pied, il l'écrase, de ses dents il le dévore, de ses mains il le broie. Sur le coup, je n'arrive même pas à me rendre compte de ce qu'il peut dire, je ne veux juste pas y croire. Pas lui. Pas comme Grim. Est-ce que lui pense aussi que je ne suis qu'un égoïste seulement jaloux des autres ? Bon à cracher sur son prochain faute d'avoir mieux ? Pas Silas. Pas lui. Pas ce soir, pas, maintenant. Tout s'inonde, et je coule dans cette flaque que peut former le temps capricieux en ce jour. Je le fixe, abasourdi. Je ne veux pas, je ne peux pas, et pourtant, il a osé le dire, le hurler même. Que de toute manière, il n'était rien pour moi. S'il savait l'importance qu'il peut avoir, cette claque qu'il peut me mettre en arrivant le soir, en voulant me prendre des affaires, des bouteilles de lait parfois comme de l'argent. Ce n'est qu'un jeu, qui prend une ampleur. C'est un cancer, mais un antidote qui à ce moment précis, ne fait que se réduire à l'état de poison. Je serre mes poings coincés dans les poches de ma veste. Il m'a enlevé mon souffle, détruit un peu plus.

Je ne peux plus partir, plus maintenant. Mes pieds sont vissés dans le sol, comme tétanisé par le monstre du placard. Ses mots agissent comme un poignard, un deuxième, le troisième ne fera de moi plus qu'une coquille vide. Il n'a pas le droit, je ne croyais pas, je ne sais plus. De toute façon, trop obnubilé à me répéter sa voix dans ma tête, je ne remarque même pas que je fixe le sol, les gouttes qui ne font que former un lac. Oui, c'est ça, et je vais bientôt me retrouver la tête dedans. Mon coeur claque, un coup lentement, un coup trop rapidement. Il est maladroit, il souffre, il me hurle d'arrêter, de me barrer avant qu'il ne m'assène le coup définitif qui me rendra aussi fou qu'un chien enragé. La douleur peut faire faire bien des choses, parfois des manifestations, des révoltes. Et là ? Je ne sais pas ce qu'il pourra en résulter. Mon sang pulse contre mes tempes, je l'entends, et alors qu'une dernière fois je daigne le regarder dans les yeux, c'est presque sans surprise qu'il plante son couteau cette fois-ci en plein dans le centre. Le milieu. « Dis le clairement que c’est moi le problème. Dis-moi la vérité et je m’en irai. » Je me fais violence, je me frappe de l'intérieur pour ne pas lui coller mon poing dans la figure. Tant de doutes, même une promesse, rien, il ne veut pas y croire. Il n'est pas le problème, de toute façon, le mien ne peut se résoudre en imaginant les pires scénarios. Perdre Grim une fois oui, perdre Silas ensuite, je ne vais pouvoir m'y résigner. Mes jambes vont me lâcher, mes poings vont partir, et nous finirons comme deux animaux prêts à s'entre-tuer pour des bêtises, pour des conneries quelconques. Sans jamais connaitre la vérité, nous crèverons dans cette rue grisâtre aux murs humides. Rétablir la vérité, reste une mission difficile. Surtout quand les mots ne viennent pas naturellement. Je pourrais raconter un bobard, le plus gros mensonge au monde, mais, il ne me croira jamais. Il n'est pas dupe, comme les demoiselles qu'il peut embobiner. Futé comme un chat, je m'amuse à détailler ses traits. Il sont durs, sa chevelure tombe lourdement sur son visage et je n'ai plus droit à cette étincelle qui pouvait tellement agir en lui. Particularité, unique, il ne l'est peut-être pas au bout du compte. C'est alors, qu'inspirant au mieux pour éviter que l'émotion grimpe, je me met à parler. « Silas, tout ne tourne pas autour de toi. Il va falloir t'y accommoder, chose difficile je pense. Parce que non, tu n'es pas le sujet qui me jette aussi bas que terre. Tu veux vraiment savoir ? Tu peux me traiter de lavette, de tout les noms, me frapper à sang, mais je ne te permet pas. JAMAIS, de remettre en doute ce que j'ai pu te dire. Tu pourrais te taper le chat d'la voisine que ça me poserait pas de problèmes. » Une voix sèche, des paroles cinglantes, qui ne s'arrêteront pas tout de suite. Affronter son regard reste la tâche la plus difficile, le froid s'insinue dans ma peau comme un serpent vicieux. A coeur ouvert je parle, et c'est surement à cause de ceci qu'il s'en ira. « JAMAIS. JAMAIS. Parce que tu vois, contre toute attente, j'ai des principes. Je suis un petit riche selon toi ? C'est vrai qu'avant, tous les matins je prenais un cours d'équitation sur mon petit cheval caramel, que le midi c'était violoncelle et le soir gala de charité ! Oui, mes parents avaient tellement d'argents qu'ils ont préféré s'occuper de la petite dernière et laisser l'associable dans sa galère. C'est vrai, tu as raison ! Suis-je bête, crétin même, j'ai totalement oublié mon passé doré. » Ce n'est plus parler, à cette cadence, je vais finir par gueuler. Ma voix est loin d'être posée, bien au contraire, je m'approche de lui, la haine, la rage, déçu sur bien des points, et surtout blessé. Reste à lui de voir s'il veut bien s'occuper de panser mes blessures, de m'apprendre à marcher droit à nouveau. Je tombe dans un chemin que je n'aime pas, je ne lui laisse pas le temps de parler. Trop survolté par ses dires, parce qu'il a pensé de ma propre personne. J'ai mal Silas, putain ce que j'ai mal. « Alors oui Silas, sombre crétin, t'es important. T'es pas qu'un foutu voleur de carpettes juste bon à ça. Tu m'fais sourire comme tu peux royalement me gaver et me faire virer rouge, tu m'redonnes foi en l'humanité. Mais, sur ce coup, je devrais le dire au passé. J'me suis surement bien planté sur toi, tu vaux peut-être pas mieux que les autres qui passent leur vie à parler, sans savoir. » C'est un venin, qui me bouffe à l'intérieur. Mon coeur me hurle de m'arrêter, ma tête me dit de continuer. Je ne sais où me cacher, et je préfère à écouter ma tête, sans pour autant laisser les plaintes de mon organe vital de côté. J'essaie tant bien que mal de lui faire comprendre que je ne suis plus grand chose sans sa présence. C'est étrange, carrément malsain, mais, en cette soirée, je m'en fou, tellement, complètement. Je sens monter la tristesse, et je sens mes yeux piquer. Pas pleurer à chaudes larmes, mais juste avoir des larmes qui perlent, parce que le gagnant du combat du souffrant est Silas Wharol. Tout deux, juste bons à se détruire. Merde, merde, et remerde. D'un coup sec, je me veux plus calme, plus posé et pourtant avec ce regard qui pourrait à transpercer un mur de glace. « Mais, si c'est vraiment comme ça que tu m'vois, alors ouais, tu peux partir. » Ne reste pas là Ruben, tu devrais partir en courant et lui dire adieu. Pourtant, tu arrives pas, tu veux pas, tu sais pas, il t'empêche de voir plus loin que le bout de ton nez. Depuis longtemps, il fait claquer ton coeur, t'as jamais compris pourquoi. Mais, la souffrance qu'il vient de t'offrir, te fais comprendre certaines choses. T'es trop attaché à ce type qui ne devrait être que le voisin en bas, celui avec qui tu devrais juste être amical. Tu lui a dit de se tirer, mais tu veux pas. Quand bien même il viendrait à te faire dos, ta main attrapera son poignet. Tu ne veux pas, tu ne sais plus, et de toute façon, tu ne sais plus qui écouter, qui croire. T'as juste mal, et Silas fait office de points de suture comme l'aiguille qui te saigne le coeur. L'esprit dans des brumes, je me laisse doucement envahir par des morales qui ne font que me répondre à mes questions. Qui il est ? Plus qu'une chimère, plus qu'un vague sourire en coin de lèvres. Un tout, un rien. Se faire soigner, se faire saigner. Nos deux chemins se sépareront peut-être ici. Malgré tout, je ne m'y résoudrais pas. Besoin de lui et de sa présence, de ses interventions inutiles, de ses accès de folie. Juste Silas. Tape, frappe, écorche, peut-être que ce n'est que ce que je mérite pour avoir eu l'audace de trop parler, de trop m'ouvrir. A nouveau.

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MessageSujet: Re: il le savait, il connaissait la différence entre rêve et réalité, mais dans les ténèbres, cette différence paraissait s'estomper. (silas)   Dim 24 Mar - 22:53



Je n’ai pas choisi d’être ici, dans cette petite ville isolée dont on n’ose sortir. Ce patelin où il ne se passe jamais rien. On m’a enchaîné, puis on m’a balancé comme un boulet, un surplus d’emmerdes dont on veut se débarrasser. Je n’ai pas demandé à atterrir ici. Moi je rêvais de plus grand, plus audacieux pour me remplir la panse et les yeux. Au lieu de ça on m’a fourré ici, comme un vieux tas. Comme un sale gosse à qui l’on ordonne de faire des travaux généraux, pensant naïvement que ça pouvait réparer toutes les fautes commises. Sauf que rien ne me sera pardonné, peu importe les efforts que je fournirais. Je ne me pardonnerais jamais. Tous les jours que Dieu fait, en supposant qu’il y ait un foutu Dieu au-dessus de nos maudites têtes, j’ai ces erreurs sur la conscience, incrustées comme des sangsues qui me bouffent et me détruisent la moelle. A petit feu, car c’est plus douloureux. Et ce n’est certainement pas les puces de ces sales clébards que je toilette et soigne qui me purifieront. Je pourrais m’en sortir, si j’essayais vraiment. Mais je ne ferais que me mentir. Or, je le fais déjà assez. Si ce n’était pas le cas, aujourd’hui je ne sais pas où je serais. En enfer, peut-être. C’est là qu’est ma place. J’ai signé mon arrêt de mort et un pacte avec le diable le jour où j’ai assassiné ma mère. Et même s’il y a de plus grands meurtriers sur Terre, pour moi il n’y a rien qui soit pire que ce que j’ai fait. Je ne sais pas si je serais capable de raconter ça à Ruben un jour. Mais s’il y a bien une personne à qui j’aimerais parler, devant qui je pourrais tout déballer, me mettre à nu, c’est lui. Cet espèce de dragon ronchon. Ce sale fils de rat que j’adore emmerder. Cet enfoiré qui a su m’apprivoiser. J’aurais jamais pu prévoir de m’attacher autant à quelqu’un. Si on me l’avait prédit, je pense que je me serais pendu. Sans déconner. Parce qu’aimer quelqu’un, ça signifie toujours souffrir. Même si c’est un mal pour un bien. Et je préfère éviter de la peine pour rien. J’ai déjà eu mon lot de douleur quand mon père s’est barré et a claqué la porte sans un regard en arrière. Quand ma mère m’a insulté, puis fait culpabiliser juste avant son décès. Quand j’ai abandonné mes frères et mes sœurs sur le palier de l’orphelinat. Parfois, je me demande encore comment j’arrive encore à vivre avec cela. Mais au fond, c’est très simple. Il suffit de mentir. Et manipuler, c’est ma spécialité. Bien que ce soit une tâche moins aisée quand le pion, c’est moi. Mais je peux oublier toutes ces choses, sourire et faire semblant que rien de tout cela ne soit arrivé. Je me débrouille. Jusqu’ici j’ai toujours réussi. Jusqu’ici. Avant Ruben. C’aurait été un autre, j’aurais jamais révélé ce que je prenais pour survivre. C’aurait été un autre, je n’aurais pas tenu une nuit sans elle. Ruben a un effet sur moi qui me dépasse, m’échappe complètement. Mais putain qu’est-ce que ça fait du bien, d’avoir quelqu’un. Il me suffit juste d’un sourire pour que la machine redémarre. Il me suffit juste d’un mot, une phrase, pour que mon cœur joue une symphonie de bourrasques claquantes et revigorantes. Avec Ruben, c’est ainsi. Je ne pourrais l’expliquer, mais il est devenu essentiel à ma vie.

Ce soir, j’ignore ce qu’il s’est passé, mais il n’est plus le même. Quelque chose a changé, quelque chose s’est brisé. J’ai cette désagréable impression qu’il n’a plus besoin de moi. Non pas qu’il ait déjà eu besoin de moi mais… je ne sais pas. J’espérais compter, un peu. Cette fois, on dirait qu’il a réalisé, qu’il a ouvert les yeux, sur qui j’étais. Un putain de bon à rien, qui n’a pas d’argent, pas de parents, pas d’avenir. Un sale chat de gouttière qui vole, se drogue, profite des autres. Il suffirait peut-être que je lui montre qu’avec lui c’est différent, pour qu’il reste. Mais je n’arriverais jamais à mettre des mots sur ce que je ressens, encore moins en sachant que j’aurais l’air d’un parfait crétin. J’ai trop de fierté pour montrer que j’ai des faiblesses. Trop d’égo pour dévoiler mes angoisses. Si je suis allé révéler à Ruben que je me droguais, ce n’était pas pour recevoir sa pitié. J’ai beaucoup pris sur moi, et c’était en réalité la seule issue trouvée pour qu’il reste ici, et se soucie de moi, quelque part. Parce que je serais tout bonnement incapable de lui demander clairement de se sacrifier pour moi. Je m’en veux déjà suffisamment, d’être à ce point accroché, possessif, et de lui mentir. Si je lui disais, peut-être aussi que ça empirerait les choses. Mais de toute façon, il est trop tard. J’ai perdu son respect, j’ai perdu sa confiance. Je m’apprête à le perdre tout entier. Je suis tellement à cran que je ne prends pas vraiment le temps de réfléchir à ce que je dis. Mais, au fond, je réfléchis rarement avant de parler, quitte à le regretter après. Qu’est-ce que je suis con. Pourquoi j’ai dit ça ? Ce n’est pas vrai. Je ne pourrai pas m’en aller. Je ne pourrai pas juste le rayer de ma vie comme ça, pas après tout ça. C’est impossible. Je suis allé trop loin pour reculer. Je ne perds pas pour autant mon air dur et renifle bruyamment. Je ne sais pas si c’est à cause de la flotte si mes narines se remplissent, ou si c’est l’amertume. « Silas, tout ne tourne pas autour de toi. Il va falloir t'y accommoder, chose difficile je pense. Parce que non, tu n'es pas le sujet qui me jette aussi bas que terre. Tu veux vraiment savoir ? Tu peux me traiter de lavette, de tous les noms, me frapper à sang, mais je ne te permets pas. JAMAIS, de remettre en doute ce que j'ai pu te dire. Tu pourrais te taper le chat d'la voisine que ça me poserait pas de problèmes. » Qu’est-ce qu’il entend par là ? Putain, je me sens insulté là. L’enfoiré. Le fils de… Mon sang bouillonne comme de la lave en éruption. Je serais prêt à parier que mon visage prend une couleur rouge tellement j’ai envie de l’étrangler. Sans grandes raisons. Juste, sa façon de me parler. Ma fierté en est heurtée. Mais il a raison. Pourquoi est-ce que je n’ai pas plus réfléchis, avant de l’agresser ? Je ne suis pas le centre du monde, pas du sien en tout cas, à mon grand regret. Je suis tellement con. Ça ne m’est même pas venu à l’idée qu’il pouvait y avoir autre chose derrière tout ça. Il a beau faire froid, sous la pluie, je suis en sueur. J’étouffe de chaleur et de rancœur. A vrai dire, j’ai peur. « JAMAIS. JAMAIS. Parce que tu vois, contre toute attente, j'ai des principes. Je suis un petit riche selon toi ? C'est vrai qu'avant, tous les matins je prenais un cours d'équitation sur mon petit cheval caramel, que le midi c'était violoncelle et le soir gala de charité ! Oui, mes parents avaient tellement d'argent qu'ils ont préféré s'occuper de la petite dernière et laisser l'associable dans sa galère. C'est vrai, tu as raison ! Suis-je bête, crétin même, j'ai totalement oublié mon passé doré. » J’étouffe, c’en est trop. Ma respiration devient saccadée, bloquée par ma furieuse ardeur. Mes poings se serrent d’eux-mêmes et mes ongles rencontrent ma peau. J’ai besoin de frapper dans quelque chose. Je n’aime pas qu’on me prenne pour un con. Quand il est assez près, brutalement, j’attrape son col et rapproche son corps du mien. Mettant assez de force pour qu’il n’émette aucune résistance. Je ne suis qu’à quelques centimètres de son visage, je n’ai jamais vu ses traits d’aussi près, senti son haleine aussi fort. Elle est froide, comme son cœur, comme ses mots. Et ses yeux, sombres et ténébreux, en disent long sur ce qui l’habite en ce moment. Ma respiration se fait de plus en plus bruyante. J’ai le visage déformé d’un fou furieux mais je m’en fous royalement. Mon regard affronte le sien, silencieux, et mes lèvres tremblent. Mon cœur claque contre ma poitrine, il m’échappe. Ma respiration me tire en avant. Je ne sais pas ce qui me prend. Mais j’ai perdu tout contrôle. Mon corps tout entier est possédé d’une envie, d’une pulsion dévastatrice. Une seconde de plus, et je me serais jeté sur ses lèvres et les aurais mordues à sang. Putain. Je ne comprends rien. C’est alors qu’il parle, de nouveau. « Alors oui Silas, sombre crétin, t'es important. T'es pas qu'un foutu voleur de carpettes juste bon à ça. Tu m'fais sourire comme tu peux royalement me gaver et me faire virer rouge, tu m'redonnes foi en l'humanité. Mais, sur ce coup, je devrais le dire au passé. J'me suis surement bien planté sur toi, tu vaux peut-être pas mieux que les autres qui passent leur vie à parler, sans savoir. » Mes traits se détendent, et doucement, je relâche la pression et le libère de ma poigne pour reculer d’un pas, peut-être deux, ou trois. Je ne fais pas attention. Mon cœur s’est subitement calmé, pour ne pas dire arrêté. Je ne retiens que ces dernières paroles. Ça fait tellement mal d’entendre des mots aussi venimeux, et aussi surprenants. Je ne m’y attendais pas, clairement. Mais, il l’a dit, je suis important. Et au fond, c’est tout ce qu’il me fallait. « Mais, si c'est vraiment comme ça que tu m'vois, alors ouais, tu peux partir. »

Jamais. Je n’ai pas fait tout ce chemin pour rien. Je n’ai pas tissé ce lien pour l’anéantir. Il est la seule chose qui me retient de tomber. Alors je donnerais tout ce que j’ai pour l’empêcher de flancher, lui aussi. Si j’ai ne serait-ce qu’une once de bonté à donner, c’est à lui que je dois la léguer, personne d’autre. Fidèle comme un chat, hein ? Peut-être bien. Maintenant que j’ai trouvé quelqu’un que je pourrai suivre, je suis prêt à tout encaisser. Il pourrait me frapper que je ne lui en voudrais pas, si ça peut le soulager, lui faire oublier son mal. Je suis important. Je compte pour lui. Ce qui veut dire que je n’ai pas seulement des droits, mais aussi des devoirs. Et je les remplirais comme il se doit de faire. Je donnerai le meilleur de moi-même. Je ferai tout ce que je n’ai pas pu faire pour ma famille. Je le panserai comme j’aurais dû panser ma mère. Je le consolerai comme j’aurais dû consoler mes frères. Je le retiendrai comme j’aurais dû retenir mon père. Je refuse de perdre la seule personne qui m’est devenu chère, depuis eux. « Non. Je m’en irai pas. En fait, même si tu me l’ordonnais je ne partirai pas. J’ai eu tort, j’ai pensé qu’à ma gueule, c’est vrai. » La vérité c’est que j’ai peur. J’ai peur de ton jugement parce que t’es le seul qui compte vraiment pour moi ici. « Mais… Ruben, tu vaux pas mieux que moi. Regarde-toi, à te lamenter sur ton sort, prétendre que t’es au fond du gouffre. Tu me fais pitié... » Ce n’est pas vrai, au fond tu le sais. Mais est-ce que t’arriveras à me déchiffrer. Est-ce que tu comprendras que je dis tous ces mensonges pour ton bien, pour que tu hurles, rages, frappes. Ça ne pourra que te soulager, et je suis là pour encaisser. « Je sais pas ce qui t’es arrivé, mais quoique ce soit, est-ce que tu penses que ça vaut la peine d’être aussi faible, aussi lâche ? » Défoule-toi et détruis-moi. Tu as déjà commencé, quand tu m’as laissé entrer chez toi.
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MessageSujet: Re: il le savait, il connaissait la différence entre rêve et réalité, mais dans les ténèbres, cette différence paraissait s'estomper. (silas)   Lun 25 Mar - 5:59


Il va m'en coller une, la plus belle que Ruben Nogard n'aura jamais eu. Un poing, une claque, un nez cassé peut-être. Deux visages trop proches et un coeur qui claque, frénétiquement, parfois avec sa maladresse légendaire. Une hésitation entre la colère ou autre chose, il n'arrive plus à suivre, et je me perds dans ces yeux qui me rappellent la couleur de la mer. On ne s'en lasse pas, on l'aime ou on ne l'aime pas, mais tout comme les choses éphémères, elle peut à changer d'avis, devenir folle comme la plus calme au monde. Silas au bout du compte, s'en rapproche énormément. Un chat, un élément à lui tout entier. Il va me tuer, alors qu'il le fasse, qu'il s'amuse, de toute manière, le plus beau défouloir reste la manière de parler avec ses mains, ses bras, ses coups et ses mots. On se libère, mais de quoi ? De peu de choses surement. Pour tout dire, c'est avec inconscience que j'attends son coup s'écrase sur ma figure, si violent que ma joue en sera rouge, même bleue selon sa force. Il en a oui, plus que ce que je n'avais pu le penser ou bien l'imaginer. J'ai le temps de parler, le temps de causer. Un Nogard envoyé dans une tranchée boueuse, c'est une personne que l'on ne peut arrêter. Autant dire les choses comme elles ne sont, et jamais faire les choses à moitié. Mot d'ordre d'une famille maintenant éparpillée dans les quatre coins de Taleville, toujours être franc avec son prochain, l'hypocrisie n'est qu'une chose bonne à faire infecter la plaie que nous impose l'existence dès la naissance. Comme ça. Y'a ceux qui vous enfoncent, et d'autres qui tentent de vous faire revenir, de vous faire sortir de l'eau. Silas le veut, il ne cesse de me tendre sa main dans cette étendue d'eau noire, et moi je ne sais pas. Je reste au milieu, à barboter parmi les cadavres de ceux qui n'ont pas supportés, les faibles. En suis-je un ? Dieu pourrait le dire clairement, les grandes bouches témoignent d'une âme trop fragile, trop bancale du bien des points. Touché par la lumière, frôlé par le droit divin. Tous, des créations futiles, inutiles, qui un jour ne seront que des souvenirs lointains. Lui je l'ai connu, je l'ai vu, je l'ai frôlé, je l'ai même p'tête aimé. Puis, un jour il a claqué. Il était fatigué, il a saturé, pour des bêtises qui ne devaient exister. De l'égoïsme, et un semblant de désespoir. Beau poème digne de notre grand Edgar Allan Poe. Le corbeau hurlant sous la lune opaline, jamais plus. Alors jamais plus de quoi ? Question en suspend dans les airs, elle reste là, au dessus de ma tête. Souvent dans mes journées vides, dans mes matins qui se lamentent, j'ouvre les yeux et je la vois. Encore, présente, sans ses réponses. Relâché, reposé, je peux reprendre mon souffle. Je dois l'avouer, une certaine peur a fini par m'envahir, quand dans ses yeux, je n'ai pu voir qu'une rancoeur digne d'un film dramatique. En noir et blanc, les deux personnages principaux, la pluie s'écrasant. Suffit que le violon arrive en fond pour nous donner cette petite touche qui fera pleurer ceux qui osent regarder, ceux qui tentent de voir l'envers du décor. Qu'est-ce qu'il pourra se passer ? Silas partira t-il sans rien dire ? Tout comme Ruben ? Suite véridique dans le prochain épisode. Cette pensée me ferait presque rire, en temps normal. Mais là, rien n'a été prémédité pour que je puisse sourire avec de grandes dents. Ni le méchant loup, encore moins ce chat miteux qui embrouille la personne qu'il veut, juste moi, coincé entre lui et l'univers complet. Tourner, ne pas se laisser avoir. Condamné à avancer sans jamais pouvoir regarder en arrière. C'est un fait, osez jeter un oeil sur votre passé, il vous reviendra avec une telle violence dans la figure, que les séquelles seront inévitables. Fermer les yeux, avancer aveugle serait une idée plus qu'appréciable, oui j'aimerais. Mais, s'il ne me reste plus les yeux, sur quoi puis-je me poser ? L'ouïe me déplait, parce qu'elle s'amuse à me faire entendre ce que je ne veux pas, quant à la langue, on devrait me la couper, je ne fais que trop parler. Changer pour des prunelles, pour une paire d'yeux. Grim l'a fait, pas moi, je n'y arrive pas. Me dénaturaliser par amour, changer radicalement, et un jour, me débarrasser de cette touffe de cheveux qui m'empêche de distinguer les petites pancartes que tiennent le bon peuple. Méchant, gentil, vilain, grand sauveur. Tant d'étiquettes. Trop crédule, peut-être trop naïf, mais aussi trop méfiant pour vouloir lire. Passer outre. Silas, je ne sais trop ce qu'il est. Un méchant garçon ? Surement pas. N'empêche qu'il n'est pas un tendre non plus. Coincé entre ces deux extrêmes, ce qui fait de lui simplement un homme. Avec ses faiblesses comme ses forces. A mon tour, je n'en suis qu'un moi aussi, pauvre mortel. J'aime à me croire fort, à pouvoir tout surpasser, à pouvoir oublier. Comme un ordinateur, mettre dans une corbeille tout ce qui peut me causer du chagrin. Je n'en suis pas un. Confectionné par des os, des muscles, des organes et de la peau. Je ne suis pas invincible, ni aussi grand que la plus imposante des montagnes. En ce bas monde, aussi petit qu'un insecte, et pourtant, j'existe.

De nouveau ce face à face, comme deux mecs qui ne vont pas tarder à se tirer dessus. Un beau western en perspective. Ou pas vraiment en fin de compte. On se pousse à l'auto-destruction, voilà l'intrigue centrale de ce petit jeu. Se pousser à bout, mal, toujours plus, et on souffre à en dégueuler sur le bitume, et on souffre à en laisser les larmes dégouliner sur les joues. Lui, pas lui, pas maintenant, pas de tout de suite. Pourtant, c'est comme ça. Je n'ai pas su gérer, je n'ai pas regardé en face et maintenant, tout me retombe en pleine figure. Je n'ai plus d'argument valable, et je le vois déjà au loin à rentrer dans son appartement. Pourtant pas. Comme la psychologie inversée, plus je lui dirais de partir, plus il restera. Pourquoi est-ce qu'il s'acharne ? J'en sais rien, et pour tout dire, j'ai peur de sa réponse. Chemin direct vers la tombe, soyons fous, parlons encore sous cette pluie qui ne cesse de s'exposer sous nos yeux. « Non. Je m’en irai pas. En fait, même si tu me l’ordonnais je ne partirai pas. J’ai eu tort, j’ai pensé qu’à ma gueule, c’est vrai. » Bravo, mes félicitations. Maintenant, j'aimerais me tirer, le long de la rue, pour pouvoir penser à autre chose qu'à toi, qui me bouffe directement de l'intérieur. T'es un monstre Silas, sans le savoir, sans le comprendre, tu m'dévore le coeur, tu m'dévore l'âme. Mais ça, je ne le dirais jamais, ô grand jamais. Il ne comprendrait pas, il ne saurait pas, me prendrait pour un dératé. Oui, peut-être que j'ai été loupé à la naissance, le médecin m'a surement fait glisser entre ses gants. Entre le sang et les masques dégoutants, réside un pauvre gamin, avec un futur déjà tout tracé. Raté, pas raté. J'ai essayé de trouver des bonnes raisons, de sourire un peu plus à la vie. Une est partie, quant à la deuxième ? Je crains la suite des évènements, je veux disparaitre, là, claquer des doigts et, bien évidemment que non. « Mais… Ruben, tu vaux pas mieux que moi. Regarde-toi, à te lamenter sur ton sort, prétendre que t’es au fond du gouffre. Tu me fais pitié... » La ferme, la ferme. Je supplie intérieurement qu'il arrête son point de vue. Si je sais qu'il en joue ? Peut-être. Mais, le résultat reste le même. Alors, tout ça pour ça ? Me dire qu'en plus d'être le plus bel égoïste je suis aussi un homme qui ne fait aspirer qu'à la pitié ? Il claque, il explose. Ce n'est plus qu'un organe, c'est un feu. Quelque chose de rouge enrobé dans une carapace incandescente. Bleue, puis rouge, elle m'embrase de l'intérieur, me consume. Les poings serrés dans les poches de ma veste, je ne bouge pas, je fixe un point invisible sur le sol. Respiration en pleine décadence, elle panique, s'énerve. Je le sens, il va sortir de mon torse, se barrer en courant et se marrer pendant que j'agoniserais. Suffit que tu te taises, je t'en conjure, Silas, ferme pour une fois ta trop grande bouche qui te fait défaut. Arrête, avant que la bombe ne t'éclate à la figure, ne m’oblige pas à te montrer une part de moi que je veux cacher. « Je sais pas ce qui t’es arrivé, mais quoique ce soit, est-ce que tu penses que ça vaut la peine d’être aussi faible, aussi lâche ? » Oui parce que c'est lui, oui parce que c'est toi. Mais ça, il ne veut pas le voir. Drame digne d'une belle pièce de théâtre, non Roméo et encore moins de Juliette. Plus une tentative de mise à nue maladroite, plus le personnage qui s'encombre de sa folie, s'écroule sur le parquet puant la clope à souhait. Mes mains sortent alors de ma protection, si je n'ai pas voulu le croiser, maintenant, ce n'est plus moi. Tu l'sens au fond de toi Ruben, t'es pas humain, t'es qu'un dragon mal léché, un dragon glacé, tes écailles sont sombres, tes yeux sont dignes des chats miteux. Tu veux voler, tu veux te tirer de tout ça, mais tu peux pas, t'as paumé tes ailes en chemin, elles sont cassées, foutues brisées. « Alors c'est comme ça ? Je suis le pire personnage que la terre ai jamais eu ? Égoïste, faisant pitié à tout ce qui bouge ? » Voix sèche, collée contre la terre froide des terres d'Islande. C'est moi c'est pas moi, je sais plus. C'est l'instinct bestial qui me fait causer, qui me fait agir en conséquence. Je sature, je rature, je conjure. Je me casse royalement la gueule, simplement. Sans remarquer mes mouvements, c'est une douleur confuse qui me glisse le long du bras. Des phalanges jusqu'à la nuque. Je l'ai frappé, j'ai explosé ma main contre ce mur engloutit sous la pluie. Une fois, deux fois, je sais pas combien de fois j'ai laissé le dragon parler. Vaut mieux que ce soit cette chose factice plutôt que le visage déjà bien amoché de Silas. « OUI. VOILA. Je dis oui, VOUS AVEZ TOUS RAISON. JE SUIS UN MONSTRE, FAIBLE, LÂCHE, ÉGOÏSTE. Une pourriture. » Ruben faut se reprendre. Et pourtant non, pas du tout. Mes yeux se cachent sous ma tignasse, je ne me contrôle plus, je suis plus qu'une bête bonne à arracher les murs, à crever de froid sous une nuit d'automne. Sous la pluie, sous la douleur. « Mais tu sais quoi Silas ? Au moins, j'reste fidèle à c'que j'suis. Je change pas pour des beaux yeux ou une paire de jambes. » Et la dernière fois, bruit sourd, bruit lourd. Je vais finir par m'exploser les os, et qu'importe réellement. Mal physiquement, mentalement, oui je suis bas, au plus bas. Mais pas plus que ceux qui se jettent du haut d'un immeuble. Je n'en suis pas au point de dire adieu à tout ce que j'ai pu vivre. Mon coeur, nom d'un chien. Il me fait mal, il s'écrase lourdement contre ma peau. On pète sa crise, on laisse le feu dévastateur s'écrouler. Pour une fois, Ruben dévoile sa propre vérité. Beau n'est-il pas ? Quant à la suite, je ne sais pas. Juste le sol qui s'approche un peu plus, mon dos qui glisse contre le mur. Les yeux clos. C'est l'dragon, c'est pas moi, c'est lui qui hurle à l'agonie. Lui. Lui. Moi. Je crois que je suis assis sur le sol mouillé, je me suis écroulé, étouffé dans ma propre bulle de béton. Je fais pitié ? C'est triste. Je suis un monstre ? Tant pis. Mais, j'veux pas le perdre lui, pas lui. Je ne sais même plus ce que je veux, où je veux me retrouver. Je retourne dix ans en arrière, si ce n'est même une vingtaine d'années. L'accident de voiture, la neige et puis, personne pour dire que tout ira au mieux. Non, parce que rien ne va. Tout va bien dans le meilleur des mondes, répétait cet homme. Oui, je vais bien, ne t'en fais pas. Ne me sauve pas, ne me sauve pas, ne me sauve pas, parce que je m'en fou. Ne me sauve pas, ne me sauve pas.
Sauve-moi.

_______________________________

J'avais toujours entendu dire qu'à l'instant de votre mort, votre vie entière se déroule devant vos yeux en une fraction de seconde. Tout d'abord cet instant dure beaucoup plus longtemps qu'une fraction de seconde, il s'étend jusqu'à l'infini comme un océan de temps.
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MessageSujet: Re: il le savait, il connaissait la différence entre rêve et réalité, mais dans les ténèbres, cette différence paraissait s'estomper. (silas)   Jeu 28 Mar - 12:30



Il y a le monde, et puis il y a cette ville. Il y a les autres, et puis il y a Ruben. En vingt-six ans d’existence, je peux dire que j’ai du vécu. J’ai fait toutes les pires conneries du monde. J’ai volé dans des supermarchés, j’ai montré mes fesses à des policiers, j’ai hurlé dans une bibliothèque, sanctuaire où est prôné le silence. J’ai combattu des gars plus grands et plus forts que moi, j’ai pissé sur une église, j’ai décoré de papier-toilette ma cellule de prison. J’ai dealé de l’herbe, j’ai baisé la fille du Colonel. J’ai pleuré mon père, j’ai tué ma mère et j’ai abandonné mes frères. Après tout ça, je croyais tout savoir. Je croyais tout avoir. Je m’imaginais vivre une vie de pirate, cavaler de mers en mers, de pays en pays, racontant toujours plus de conneries à des filles de passage, abordées dans des bars miteux, puis finir dans leurs hôtels luxueux. Je rêvais d’une vraie vie de hors la loi, d’avoir une tête mise à prix. Mais aujourd’hui, je suis ici, et les seules courses poursuites que je fais vont de mon appartement au poste du shérif, à seulement deux rues de chez moi, en fait. Je suis reclus dans l’endroit le plus petit au monde, et le plus ennuyeux aussi. J’essaie toujours de repousser mes limites, je cours après l’adrénaline. Mais la vérité c’est que je suis prisonnier et je me persuade depuis quelques années. Taleville n’est qu’un terrain de jeu, un bac à sable, alors que moi j’ai besoin du parc tout entier. S’il n’y avait pas Ruben, je suis certain que j’aurais déjà claqué. C’est bien drôle d’emmerder la voisine du rez-de-chaussée, laisser des crottes de chien sur son pallier. C’est amusant de faire brûler le déjeuner du vétérinaire, qui plus est se trouve être mon patron, et lui offrir des boules de poils moisies à chaque réveillon de Noël. Mais ça n’est pas suffisant, pas pour moi. Puis un jour, il y a eu Ruben. Le mec qui est arrivé un peu sans prévenir, et qui a tout changé. Le petit souffle qui manquait à ma vie. La carte qui manquait au pirate. La pelote qui manquait au chat. La drogue qui manquait au voleur. C’est étrange comme une simple rencontre peut parfois changer beaucoup de choses. Surtout quand vous pensiez tout connaître du monde et des gens. Ruben est le mystère qui m’entoure. Pourtant nous sommes tous pareil, faits de la même substance organique pourrissante. L’espèce humaine est simple à cerner en réalité. Les gens sont facilement maniables, presque autant que les animaux, même si on le nie parce que notre égo est surdimensionné. Au fond, nous sommes tous des animaux, et nous crèverons tous comme tels. En fait il suffit de lancer la petite goutte qui fera déborder le vase pour faire tourner les gens en bourrique, les noyer dans leur propre noirceur, puis les achever. Pas besoin d’être malin comme un chat pour savoir ça. Même si Ruben est difficile à déchiffrer, il n’en reste pas moins qu’il est comme les autres, voire pire. Il y a un feu qui brûle en lui et qui ne demande qu’à sortir, depuis trop longtemps. Ce que j’ai fait n’est pas suffisant, mais c’est juste assez pour le faire péter un plomb, pour le moment. Il est vexé, blessé. Il hurle, il frappe. J’ai toujours été doué pour manipuler les gens, les faire agir à ma guise par des manières subtiles sans qu’ils ne se rendent compte de quoique ce soit. C’est un talent. J’aime jouer avec tous ces gens comme des pions, pas bien méchamment. Quoique dans un certain sens, ça peut être considéré comme mauvais. J’en ai eu la preuve sur mes joues. De belles marques rouges et fraiches de gifles de ces dames. Mais celui avec qui je préfère jouer, c’est Ruben. C’est le seul qui sait à quoi s’attendre. C’est surtout le meilleur adversaire que j’ai eu à affronter jusqu’ici. Il sait déjouer mes plans. Il est plus perspicace que les trois quarts des gens à qui j’ai eu affaire. Il me connait mieux que quiconque. Mais cette fois je savais qu’il ne chercherait pas à jouer.

« Alors c'est comme ça ? Je suis le pire personnage que la terre ait jamais eu ? Égoïste, faisant pitié à tout ce qui bouge ? » Le sol se dérobe sous mes pieds, tandis qu’il se change en orage et crie à plein poumons. Je crois que j’ai mal, au fond. Pour la première fois de ma vie, je suis blessé en mentant. C’est pour ça que je ne comprends pas ce qu’il y a entre Ruben et moi. Son poing rencontre le mur à plusieurs reprises et je ne bouge pas. Je reste là. Je sais qu’il sera vidé après, et c’est ce que je voulais. J’aurais préféré qu’il s’en prenne à moi, plutôt qu’à ce mur. Quelque part, j’en ai besoin. J’aurais bien besoin d’une bonne beigne en pleine figure venant de lui. « OUI. VOILA. Je dis oui, VOUS AVEZ TOUS RAISON. JE SUIS UN MONSTRE, FAIBLE, LÂCHE, ÉGOÏSTE. Une pourriture. » Il est à bout de force. Pris au piège de son propre feu. Mon visage reste impassible et j’avance lentement dans ces flaques jusqu’à lui. Je ne vais pas sauver le monde, je ne vais pas sauver Ruben. Mais je ne le laisserai pas dans sa merde alors que c’est la seule personne qui me sort de la mienne. Je ne le laisserai pas chuter alors que c’est le seul qui m’a prêté son épaule. « Mais tu sais quoi Silas ? Au moins, j'reste fidèle à c'que j'suis. Je change pas pour des beaux yeux ou une paire de jambes. » Je m’arrête. Béat. Je ne vois pas pourquoi il en vient à moi, pourquoi même il change de sujet, pour partir aussi loin. Qu’est-ce que ça peut bien lui foutre ce que je fais de ma queue ? Si j’ai envie de me détruire et de briser des cœurs, ça me regarde. En quoi pourrait-il me cracher dessus, s’il n’est pas concerné ? Putain. J’ai mal. Je comprends rien. Je comprends pas pourquoi mon cœur hurle et résonne dans ma poitrine. C’est pas comme ça qu’il me voit. Je veux pas le croire. Je peux pas le croire. Il sait, il sait ce qu’il y a derrière tout ça. Il sait que je suis plus que ça. Bordel. Il frappe, encore. Je me rue sur lui et empoigne son bras que je serre comme si c’était la dernière chose que je devais faire. Mon autre main tape sur son épaule que je plaque contre ce mur plus meurtri que lui, et son dos y glisse, comme une de ces gouttes de pluie. Je l’ai lâché mais je me laisse tomber au sol aussi. On a l’air de rien. De deux pauvres cons complètement trempés et exténués. Deux regards criant pour la pitié et deux âmes vagabondes enchaînées. Je lève lentement la tête et le fixe. Je dessine un faible sourire sur mon visage et murmure seulement : « Je change pas pour les femmes, c’est ce que je suis. C’est juste… que toi, tu sais ce qu’il y a, plus au fond, tu vois ? » Mon sourire s’étire pour laisser profiter à mes fossettes de se montrer. Je n’attends pas sa réponse et pose ma main derrière son crâne pour plaquer son front au mien. Je ne dis rien le temps d’un instant, profite simplement d’écouter sa respiration. Elle est brute, chaude, vivante. Elle ravive la mienne. « Maintenant que tu t’es lâché, on peut rentrer ? » Ma main glisse sur ses cheveux humides et atteint son épaule pour y asséner une tape amicale. Je me relève en prenant appui sur lui et ce sol glissant, puis le tire vers moi pour le remettre sur pieds. Je passe son bras au-dessus de ma tête et le cale sur mes épaules. J’entoure sa taille d’un bras et lui lance un dernier sourire avant qu’il disparaisse sous la pluie, sous nos pas. Je l’amène jusqu’à mon appartement. Les volets claquent sous les bourrasques du vent. Je l’ai laissé sur mon lit et je suis allé faire réchauffer de l’eau. J’aime pas le thé. Mais une de mes clientes m’en offre régulièrement à chaque fois qu’elle vient récupérer son chat. Je suis incapable de refuser à chaque fois. Je ne refuse rien, ou presque, aux femmes. Et il parait que ça détend le thé. Je mets un sachet dans une tasse que je remplis et retourne dans ma chambre pour la tendre à Ruben. Le silence devient pesant. Je m’installe sur un siège face au lit et pose mes coudes sur mes genoux. Un long soupir m’échappe et je frotte mon visage. « Alors, qui est-ce qui t’a traité de monstre égoïste, et pourquoi ? »
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MessageSujet: Re: il le savait, il connaissait la différence entre rêve et réalité, mais dans les ténèbres, cette différence paraissait s'estomper. (silas)   Ven 29 Mar - 18:36


Je suis quelque part. Ici ou là, encore présent contre ce mur, je suppose. Comme seule musique claquant contre mes tympans, le bruit d'une horloge maladroite. C'est paresseux, étrangement calme d'ailleurs. Tout parait surréaliste, teinté d'une couleur plus douce que le gris qui ne fait qu'entourer cette journée qui se voulait ô combien simple. Qui pourtant, par la faute d'un destin malhabile et d'un coup de pouce de Silas, s'est transformé en un cauchemar vivant, sur pieds, regardant les yeux dans les yeux ses peurs. L'eau glissant sur mes doigts, le long de mon visage, mes yeux clos. J'entends, coincé dans une bulle plus fragile, faite de savon, elle vient d'éclater. Je vois sans ouvrir les yeux, j'entends sans vraiment le remarquer. Tout parait plus simple et complexe à la fois, une dimension différente. C'est le dragon, c'est sa faute, non pas la mienne. Les crises comme celle-ci se veulent bien rares, si ce n'est inexistantes. Je n'ai jamais été à ce point de m'écrouler sur le bitume, attendant de fondre comme un insecte au soleil. Attendre quoi ? Le déluge ? Oh, comme c'est étrange, il nous tombe sur le visage, en trombe qui plus est, à ne pas en douter, il ne s'arrêtera pas. Tout se résume à un seul mot : pluvieux. Visiblement comme à l'intérieur, j'ai provoqué en Silas un sorte de volcan qui ne devait pas être présent, ou du moins qui dormais jusque là. On se prouve quoi ? Rien, pas grand chose. Juste rassurer l'un comme l'autre, et si avec maladresse j'ai voulu me débarrasser de sa présence, je n'arrive pas à m'y résoudre. Pas en ce jour, pas maintenant. Dans quelques années surement quand il me fera réellement du mal, quand il prendra mon coeur et le jettera dans un fossé sans fond. Je tombe certes, mais entier, je ne suis pas encore cassé, pas dans ma totalité. Reste encore ce petit filon qui raccroche ma tête au reste de mon corps. Il est tout fin, et Silas se trouve être le dernier à avoir le ciseau pour le couper. Ma tête tombera si elle le devra, elle se trouvera au fond d'un panier, guillotiné comme ce bon vieux Ruben se devait de l'être. Peu classe, mais au moins rapide et sans conséquences violentes. Cette journée peut se trouver la dernière, et j'attends seulement le coup fatal. Un tel poing, une telle gifle que mon visage ne s'en remettra pas. Qu'il frappe, qu'il coupe, griffe, arrache ma peau, mes muscles collés à mes os. Le dragon a perdu ses ailes en vol, échoué dans un univers qu'il n'arrive pas à comprendre. Il veut juste souffler son feu, juste manger ce qu'il veut, hurler à la liberté. Il a fallu pourtant que l'homme dans sa plus grande bêtise, tire une balle dans son aile droite. Pauvre animal bon à être soigné, ou à être mis hors d'état de nuire. A en juger par la désagréable sensation qui traverse mes phalanges, je ne suis pas allé de main morte. Après tout, le but était bel et bien d'arracher ce mur. Pour quelle raison ? Aucune. Il n'avait rien mérité, rien demandé. Heureusement qu'il ne peut parler ou bouger, sinon ce pauvre morceau de pierres aurait râlé. Cette pensée me fait arbore un faux sourire, tout juste visible derrière ma tignasse. Je n'arrive pas à ouvrir les yeux, comme vidé de toute énergie existante. Malaise ? J'en sais trop rien. Au bout du rouleau conviendrait mieux, au bout, du bout. J'ai envie de rire, comme un cinglé venant de sortir de sa chambre, découvrant le monde comme il se le doit, et désespéré par sa découverte, se met à tomber dans l'hilarité. Je crois que je l'ai perdu, ma raison. Quelque part entre mon appartement et la sortie de l'immeuble, elle doit traîner dans les escaliers, se fracasser ou essayer de remonter. Peut-être que si j'essaie de retourner chez moi, elle voudra bien revenir faire de moi ce que je suis en temps habituel. Première étape, ouvrir les yeux. Deuxième étape, réveiller ses membres. Troisième étape, se redresse. Quatrième étape, parler. Chose facile quand on la pose sur papier, quand on se met à se dire que demain sera une journée faite ainsi, que tout se fait par étape. C'est une chose oui, mais tout est comme devoir à escalader une montagne. Difficile quand la rage de vaincre n'est pas là. La mienne été absorbée par mes coups, mes poings s'écrasant contre la pluie invincible et dévorée surement par mes mains qui bientôt se plaindront de cette douleur presque insupportable. Ce n'est pas le moment de continuer à rester ici, comme un sans abris à se lamenter sur ses problèmes. Je suis un battant, sans armes pourtant. Elles sont tombées devant Silas, d'un coup, comme si je n'avais rien prévu. Et au bout du compte, je n'ai rien prémédité. Mes plans jetés dans la mer. Grimaçant seulement, c'est en sentant son front contre le mien, que je daigne ouvrir un tant soit peu mes paupières. C'est moche, c'est flou, invisible, tout prends une envergure plus déplaisante qu'à la base. Juste une voix pour me rappeler que la réalité n'est pas si vomitive. « Maintenant que tu t’es lâché, on peut rentrer ? » Bizarrement, sa phrase sonne comme si j'étais un gamin. Oui, c'est ça. Un gosse lâché en pleine nature, ou plutôt dans un magasin, un centre commercial et quand sa mère ne veut pas lui offrir ce qu'il désire, il tombe par terre et pleure à l'agonie. Suis-je aussi pitoyable que cette image me le prouve ? J'ose à espérer que non et qu'intérieurement c'était ce que Silas désirait, que je craque jusqu'au point de non retour. Déglutissant à peine, un frisson me traverse quand ses doigts passent dans ma tignasse. Je papillonne des yeux, pour tenter de voir ce qu'il peut y avoir dans mon horizon. Pourtant, rien ne me vient. Peut-être parce que mon cerveau ne veut se résigner à être en face du fait accomplis, oui, ce doit être ça. Viens, s'il te plaît, je suis en train de tomber.

Si je tente de baragouiner quelques mots que moi-même je ne comprends pas, bien vite pris par quelques vertiges, à plusieurs reprises je flanche un peu, à gauche, à droite. Pourtant, Silas ne tient visiblement pas à perdre la face et me laisser pour mort dans cette ruelle. Point positif qui m'arrache un sourire en coin de lèvres. Si le chemin jusqu'à l'immeuble parait être un véritable parcours du combattant, il n'en est rien de gravir les marches. Ah oui, surtout que malchance a fait que premièrement je suis au dernier étage et s'il tient à me prendre comme otage, il en sera de l'appartement en dessous. C'est haut, très haut pour ne pas changer. Au moins, je peux parfois me vanter de presque toucher les étoiles quand je suis sur le balcon. C'est avec pour tout dire, une certaine surprise que je découvre la force du voleur à la sauvette. Plutôt étonnant, je le pensais plus apte à l'agilité phénoménale du chat, qu'autre chose. Comme quoi, c'est en s'intéressant ou en faisant semblant de ne pas l'être que l'on peut découvrir des détails, aussi stupides qu'ils peuvent êtres. Une marche, puis deux, puis trois. C'est avec les lèvres que je mime les chiffres qui me passent par la tête, sans pour autant les murmurer. Si j'avais eu le courage de le faire, je pense qu'à ses yeux, je serais devenu le dernier des malades. Suffit pas de le caser dans un lit celui-là, il lui faudrait toute une thérapie. Les électrochocs, est-ce que ça marche ? Très pratique pour vous transformer en zombie dénué de toute manière de penser, pratique certes, mais complètement inutile. Je suis bien coincé entre deux extrêmes. Quelle plaie. Puis vient la libération, les jambes ne viennent plus à crier au secours, c'est en fronçant les sourcils et plissant mes yeux que je me rends compte de la tanière dans laquelle je me trouve. Pas dans ma grotte, mais dans le coin de Silas. Je n'ai pas eu concrètement le temps de voir son appartement, pour le peu que je passe, et de toute façon, il vient toujours toquer à ma porte, l'inverse se produit trop peu. C'est presque toujours avec une grande débilité que je redécouvre son appartement, et sa fameuse collection. Bluffante, hallucinante, je me demande d'ailleurs pourquoi il les garde. Un fétichiste du genre ? Faudra un jour que je lui pose la question, en tout bien tout honneur. Bien vite, je me retrouve posé sur son lit et les yeux rivés sur le plafond, c'est un silence solennel qui vient à me tenir compagnie. Mes mains glissent sur mes yeux, les frottant un peu plus pour qu'elles retrouvent cette lucidité d'il y a quelques minutes. Un peu net, un peu plus, et tout parait plus clair. Les muscles en coton, c'est une autre vision. Je viens de tomber dans un univers qui ne m'est pas propre, et là, c'est impossible que je puisse me défiler, pas tant que mon cher compatriote reste présent. Et quand bien même il voudrait définitivement que je lui ouvre mes pensées, petit un il ne lâchera pas le morceau, et petit deux, il serait encore capable de peut-être m'enfermer. Contrairement à ses mains dites magiques, je n'ai pas cette faculté d'ouvrir les portes comme bon me semble. Tout un art, que je n'arrive pas à maîtriser. Me reculant du peu que j'arrive à le faire, je me retrouve à demi-assis. Nom d'un chien ma tête va exploser, tout juste si je n'entends pas le sifflement d'une balle me traverser l'oreille. Je désespère le monde comme il arrive à me faire hurler. Beau, poétique presque, si je n'étais pas buté comme un lézard. Quelques bruits se font entendre dans cet appartement, je n'arrive pas me concentrer sur les petits détails, mais juste sur cette attention qui m'arrive en pleine figure la seconde d'après. Une tasse tendue dans les airs, à l'odeur, du thé ou une infusion, quelque chose dans ce registre. Un instant passé et elle se retrouve entre mes deux mains. La chaleur entre mes paumes me fait du bien, mais surement trempé et réduit à l'état d'un chien mouillé, son lit sera bien vite réduit à l'état d'une éponge. Je n'ose même pas le regarder pour tout dire, je ne sais plus qui je suis, ce que je fais, où je vais. Juste redevenu le gamin un peu colérique, un peu trop borné pour sa famille. Fixant sans conviction le liquide aux reflets verts, je n'arrive pas à parler, il va retourner sur le sujet de base, je le sais. « Alors, qui est-ce qui t’a traité de monstre égoïste, et pourquoi ? » Une chance mon vieux, la dernière de lui déballer ce que j'ai comme point noir dans le coeur - ou pas, le connaissant, il ne lâchera pas l'affaire avant d'avoir réponse à sa question. S'il y a quelques jours je jouais le rôle de la mère sermonneuse, aujourd'hui tout est inversé. Je suis celui qui a fait la plus grosse connerie. Quel beau duo de bras cassés. Entre celui qui ne peut s'empêcher de se casser le nez et l'autre mentalement dérangé, ce doit être grâce à ça que la bonne entente est présente, tout comme l'inquiétude. Je ne cherche pas à comprendre plus loin, je me sens juste bien, et surtout touché par ses attentions. C'est une autre facette que je découvre, plus sérieuse, plus attachée à ses principes que le type qui d'habitude rigole la gorge dévoilée à la lune. C'est autre chose, plus profond. Il faut croire que mes fouilles, que de m'aventurer sur le terrain glissant qu'est Silas n'a pas été complètement inutile. Juste être agréablement étonné, et je me surprends parfois à sourire crétinement. Mordillant ma lèvre inférieure par automatisme, je m'amuse à regarder la fumée de l'eau grimper dans les airs pour finir par être invisible. C'est inutile, et jouer au muet ne me servira à rien. Paraissant pensif extérieurement, je serre un peu plus mes doigts autour de l'objet. « Comment tu fais ? » Parole maladroite prononcée dans les airs, un murmure à tout les coups, audible à ceux qui veulent écouter. Fronçant un peu mes sourcils, je me doute qu'il ne doit pas me suivre. Répondre à une question par une autre. L'on dirait cette chenille dans ce conte pour enfants, je ne sais plus le nom, tout ce que je sais, c'est qu'elle fume comme un pompier. Je dois avoir la même dégaine qu'un chien battu, et tournant mon visage pour plus ou moins lui faire face, j'hausse les sourcils, presque avec curiosité. « A prendre les choses comme elles sont, à faire face au monde, sans montrer tes faiblesses. Je t'envierais presque tu sais, à sourire comme ça, à montrer allègrement à tout l'univers que, t'as cette rage de vivre. Comment tu fais ? » Je demande question au grand sage. Bien évidemment qu'il a plus de vécu que moi, mais une toute autre mentalité. Si la drogue a pu le faire tomber, en apparence il parait tout autre. Heureux d'avancer, de continuer, sans broncher. C'est quoi son secret ? Il faut juste m'expliquer pourquoi la méchanceté humaine est comme ceci, et que même le début de la vie, nous en bavons. Les regards, les crachats dégoutants qui vous tombent dessus. J'ai eu la chance de réussir à me former une défense, un genre de mur en béton, fait pour ne plus ressentir cette chose. Le rejet de la société. Elle ne s'adaptera en aucun cas à moi, alors que dois-je faire ? Me terrer dans l'ombre, ce que j'arrive à gérer quand l'envie vient me prendre. Je reprends goût pourtant aux choses grâce à des mots, des présences. Des personnes comme Silas, qui aussi exaspérantes qu'elles puissent êtres, sont aussi fascinantes. Baissant à nouveau mes deux prunelles vers la tasse entre mes doigts, j'ajoute. « Et aussi, va pas prendre ce que j'ai pu baragouiner ou gueuler à coeur, c'était pas... » Marquant une brève pause, je me concentre sur la chaleur émanant du thé. « C'était pas moi, ou moi sans être moi. Je sais pas trop, je sais même plus. » Ma faute, la sienne, une bête interne. Je suis désolé m'arrache la gorge, il arrive tout juste à sortir de son fin fond. Je n'arrive pas à le gueuler, je suis tombé certes, et surement au plus bas. Presque mis à nu devant lui, si je me voulais à garder cette carapace digne d'un commando, chose finie maintenant. Oui ça me fait mal de lui dire de telles choses, oui le taquiner reste une autre chose, et non je ne veux pas le faire souffrir. En aucun cas se trouve présent mon but, ce n'est pas ma mission. Je suis là seulement pour calmer les maux, pour sécher les larmes, faire reprendre en main, parfois donner un coup de pied, mais ne pas blesser. L'humanité surement, mais en aucun cas ce chat de gouttière. Je me sens bête, penaud. Oui pris au piège et coupable de sa faute, de sa propre bêtise.

_______________________________

J'avais toujours entendu dire qu'à l'instant de votre mort, votre vie entière se déroule devant vos yeux en une fraction de seconde. Tout d'abord cet instant dure beaucoup plus longtemps qu'une fraction de seconde, il s'étend jusqu'à l'infini comme un océan de temps.
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MessageSujet: Re: il le savait, il connaissait la différence entre rêve et réalité, mais dans les ténèbres, cette différence paraissait s'estomper. (silas)   Sam 6 Avr - 22:50



C’est le noir, complet. Mes paupières sont fermées tandis que je me frotte le visage, écoutant seulement cette pendule au tic-tac incessant. Dans mon esprit les aiguilles grandissent, grossissent et les bruits résonnent et s’amplifient pour finir assourdissants. Je n’entends plus ni la pluie, ni le vent. Seulement ce tic-tac hurlant, en écho avec mon cœur. Et il pleure, les gouttes de sang coulant sur mes artères comme les gouttes de pluie glissent sur une vitre. Il pleure parce que j’ai peur. Je n’ai pas l’habitude de ce sentiment. Même lorsque j’attendais mes jugements, mes sanctions, que ce soit à l’orphelinat ou au commissariat, ou encore à la caserne, je n’avais pas peur. Jamais. Pourtant, je voyais ce même noir, j’entendais ce même tic-tac. Mais j’attendais, tranquillement, et je souriais, sereinement. Parce que je savais que je m’en sortirais. Je trouve toujours des solutions, des portes de sortie. Ils me voyaient tous comme leur trophée, leur peau de bête, leur animal empaillé, finalement emprisonné. Mais jamais. Je n’ai jamais appartenu à personne. J’ai toujours été libre, même derrière des barreaux. Aujourd’hui c’est différent. J’ai peur et je me sens dépendant, à quelque chose d’encore plus nocif, plus brutal que la drogue. Ma main glisse doucement et tire mes joues en un visage grimaçant. Mon regard est sérieux, peut-être un peu vidé. Il est là, dans mon lit. Je le fixe et ne peux m’empêcher de penser à tout à l’heure, à cette fine proximité que nous avions et qui m’a perturbé. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé putain. Ruben n’a pourtant pas une paire de nichons. Les nichons c’est excitant, ça peut me rendre dingue. Je secoue ma tête frénétiquement pour chasser de mon esprit l’image du décolleté d’une de mes anciennes conquêtes –elle avait une magnifique poitrine- et soupire avec lassitude. Finalement, c’est peut-être ce jugement que Ruben me réserve. Ma punition, pour m’être attaché à quelqu’un. Dans tous les sens du terme. Il ne le voit peut-être pas lui, mais moi je vois ce fil qui nous relie. Parce que c’est moi qui l’ai créé, et que je ne veux pas le briser. Jamais. Il est trop fragile, et en même temps solide. Il ne pourrait être coupé que par lui, s’il m’abandonnait. Voilà de quoi j’ai peur en réalité.

« Comment tu fais ? » Yeux rivés vers le contenu de sa tasse de thé, il brise finalement le silence, pour me laisser encore plus perplexe. Ce qui ne dure qu’un temps. Puisque mes yeux s’écarquillent et brillent quand je remarque la culotte sous l’oreiller. Rose bonbon, rayée jaune canari, très féminin. Ce doit être celle de Victoria, la fille de mardi. Je pouffe avec nonchalance et lâche de toute la grâce dont je suis capable, autrement dit, assez vulgairement ; « Franchement c’est très simple. Je la déshabille, et je me mets dessus. Et je vais et je viens, et je vais et je viens, et je vais et je v… » Il me coupe dans mon élan, alors que j’étais trop bien parti, tout content et fier. Il a désormais son regard de chien battu fixé dans le mien, sourcils légèrement levés. « A prendre les choses comme elles sont, à faire face au monde, sans montrer tes faiblesses. Je t'envierais presque tu sais, à sourire comme ça, à montrer allègrement à tout l'univers que, t'as cette rage de vivre. Comment tu fais ? » Le sourire que j’affichais disparait subitement. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression de m’être pris un mur de briques en pleine face. Est-ce parce qu’il ne cache pas sa peine, ou parce qu’il sait exactement où se trouve la mienne ? Je suis sur le cul, toujours sur ses briques. Elles font un peu mal, d’ailleurs. Qu’est-ce que je suis sensé lui répondre ? Merde, je ne suis pas un sage à qui on demande conseil. Et là, je me vois quinze ans plus vieux, lunettes en demi-lunes sur le nez, petit nœud papillon bien noué. Et je vois Ruben tout boutonneux avec un appareil dentaire qui me demande de lui expliquer la vie, me crachant ses postillons d’adolescent au visage. Je reste muet et continue de l’observer, les yeux grands ouverts. Pourquoi faut-il toujours que ça tourne au sérieux ? Ça me rend mal à l’aise, démuni. Je n’ai jamais de phrases préconçues pour ça, et je ne peux pas blaguer quand j’ai le cul coincé entre deux briques. Je me gratte le crâne nerveusement et dessine un léger sourire forcé, et surtout gêné, sur mes traits. Je me demande ce qui a bien pu lui arriver pour qu’il soit dans un pareil état. J’entrouvre mes lèvres à maintes reprises mais ne trouve rien à y répondre. Je suis comme un parfait con. Je reporte mes yeux vers lui mais les siens sont à présent rivés sur la tasse. « Et aussi, va pas prendre ce que j'ai pu baragouiner ou gueuler à cœur, c'était pas... C'était pas moi, ou moi sans être moi. Je sais pas trop, je sais même plus. » Regardez-moi ça, on dirait un gosse confus qui ne sait pas comment s’y prendre pour se justifier et s’excuser. Cette pensée m’arrache un fin sourire attendri. Moi, je ne sais pas comment m’y prendre pour consoler. Je me suis toujours contenté de déconner dans ces moments-là. Je prenais mes sœurs dans mes bras et lançais deux trois vannes pour voir leurs joues frêles sécher et rosir. Avec Ruben je ne sais pas si ça marcherait. Il est adulte. Même s’il nous arrive de courir comme des dératés parce qu’on veut s’amuser, Ruben n’est pas un enfant à qui il suffit de faire une boutade pour que tout aille mieux. Je lève mon cul de la chaise et m’approche du lit pour attraper la culotte qui git sous ses fesses et perd mon regard dessus. C’est un petit détail, qui dénature un peu mon état d’esprit et la scène actuelle. Mais qu’importe. Je prends une inspiration et souffle doucement : « Je crois qu’en fait, je n’attends pas. Je suis impatient, et je pense que le temps passé à espérer et à s’apitoyer est du temps perdu à jamais. J’évite de regarder dans le passé et même dans l’avenir. Je préfère vivre au présent, sans me soucier du reste ou des gens. C’est un peu comme ça que je conçois le bonheur. Si tu ne veux pas être vulnérable, ne montre pas tes faiblesses, si tu veux être quelqu’un d’autre, c’est à toi de changer. Si tu veux être heureux, sois-le. C’est simple. » Je recule et fais quelques pas dans ma chambre pour jeter la culotte dans le bac de linge sale. « Je ne compte que sur moi… Ruben, ton meilleur ami c’est toi, et ton pire ennemi aussi. T’es le seul qui puisse avoir du pouvoir sur toi. Attendre de l’aide, ça fait de toi quelqu’un de faible. Agir, c’est être fort. » Je suis sûr qu’il sait déjà tout ça, et qu’il avait juste besoin d’une piqûre de rappel. Il est venu chercher du soutien, en me posant cette question, alors qu’il n’avait qu’une envie tout à l’heure, c’était que je dégage. C’est un pas en avant qu’il fait et je vois ce mur de glace devant lui s’effriter. J’ose croire qu’il me prête un peu de sa confiance, qu’il n’a pas qu’une mauvaise image de moi. Mais je ne vois pas où tout cela va nous mener. Je ne sais pas si j’en saurai plus. Avec le temps, peut-être. « Je ne sais pas ce qu’il t’ait arrivé, mais si tu as merdé avec quelqu’un, n’attend pas que ce soit lui qui revienne vers toi. Quand on tient à quelqu’un on se bat. » Je parle dans le vide, peut-être, ne connaissant ni les raisons ni les détails de cette déprime. Mais ce ne seront pas non plus des mots balancés pour rien. J’espère qu’il en fera bon usage. Après tout, il a quand même le privilège de me voir aussi sérieux, ce qui est plutôt rare en soi. Mais c’est Nogard, il me fait un tout autre effet. Je le considère plus comme un égal que comme un jouet. Ruben est un cas à part. Et j’ai beau lui donner ces conseils, je ne peux pas lui avouer que je m’en éloigne, du moins, que je mens pour l’un. Je ne compte pas que sur moi. Fut un temps cette parole aurait été vraie. Maintenant elle porte à réflexion. C’est venu malgré moi, je n’ai pas demandé tout ça. Je n’ai pas demandé Ruben Nogard. J’abrège le silence qui nous envahit et enlève brusquement mon pull, comme un gamin pressé d’aller au lit. Je me défroque aussi et met un pantalon de jogging en sautillant sur place, puis j’enfile mon vieux tee-shirt tout pourri qui me sert de pyjama. Je me gratte le torse et fixe le lit, puis la chaise, puis le lit, puis la chaise. Je vais quand même pas me coucher avec un mec. « Tu devrais dormir… Si t’as besoin de quelque chose, tu me préviens. En attendant je reste là. » Je me plante sur la chaise, coudes sur les genoux et menton dans mes paumes de mains. Je veillerai là comme une vieille mama au chevet de son pequeño. Patientant et surveillant que le petit dragon qui a craché tout son feu se repose et retrouve sa force. Ridicule, stupide un peu. Mais quand on se permet de donner des conseils, on doit soi-même les tenir à la lettre. Quand on tient à quelqu’un on se bat. Surtout quand ce quelqu’un fait battre votre cœur comme une mécanique un peu rouillée, timide.
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MessageSujet: Re: il le savait, il connaissait la différence entre rêve et réalité, mais dans les ténèbres, cette différence paraissait s'estomper. (silas)   Jeu 13 Juin - 18:00


Peut-être qu'au bout du compte il n'y a pas de remède magique, pas de façon pour apaiser les maux, les panser au mieux, si ce n'est l'écoute, les paroles et ce calme qui me pousse à fermer les yeux. Mes questions peuvent paraitre stupides, un peu dénaturées, si ce n'est bonne à jeter. Pour tout dire, je ne saurais expliquer les raisons qui m'ont poussés à lui demander une leçon sur la vie, sur les choses qui m'entourent, il est à peine plus âgé que moi et dans les relations humaines, il ne s'avère pas être le meilleur dans son registre. Si ce n'est le pire. Je n'ai pas vraiment à le juger, n'étant pas vraiment un modèle de sourires, de bonne humeur au complet. C'est peut-être cette jalousie un peu profonde qui me pousse parfois à me laisser lui hurler dessus, à le fixer avec cet air plus que dépité. Serait-ce une façon de mon inconscient pour me dire que je n'aurais jamais ce qu'il a ? Ce sourire me rappelant un croissant de lune, ce rire qui petit à petit se transforme en une petite mélodie fluette, elle traverse la pièce pour s'écraser, ricocher contre les pierres, revenir dans les oreilles de ceux qui veulent à écouter. Pourtant, elle ne présage pas forcément quelque chose de bon. Il parait que ces personnes précisément, cachent quelque chose, gardent au fond cette rage qui menace d'exploser. C'est une jarre gorgée d'eau, qui ne cesse de se remplir, encore et encore, jusqu'au craquellement ultime. Quand aurais-je l'honneur de vraiment le voir ? Je crois que ses cris n'étaient qu'une mise en garde. Sous la pluie rien n'est vrai, sous l'eau tout parait irréel. Je commence à me demander si je ne suis pas encore dehors, sous ces gouttes qui arrachent mon visage, presque mort, un peu désolé, un peu paumé, sans repères. Que je fabule, que j'hallucine, que je me perds dans les méandres de rêves que je n'osais voir. Dans son appartement que j'ai eu la chance de voir une fois, cette collection mirobolante de portes-feuilles, ces fringues qui traînent ici et là. Sûrement une horreur pour une femme trop maniaque, mais, il m'importe peu de savoir ce qu'il fait, que son boxer traîne ici, que ses godasses se trouvent jetées sur la table. Un genre d'instinct animal ? A croire qu'il y a des choses qui ne se contrôlent pas. Pour tout avouer, si je me sens dans un tout autre état, une stase, une hallucination qui me trompe les yeux, une idée me traverse l'esprit. Si les choses sont comme je le pense, comme je l'imagine, alors je me dis que me réveiller serait ma plus grande erreur. On ne peut se détacher, on s'attache, voilà tout. A quoi ? Une cordelette qui je viens de le voir, vient de prendre plus de force, se nourrie de cette confiance que je lui accorde. Je ne dois pas, je ne devrais pas. C'est ainsi. Les histoires se mélangent, les pages filent et défilent, comment est-ce que la fin se déroulera ? Un beau duo de bras cassés ne doit pas faire attendre ce publique. Maladie, dépression, ou dans son cas, une aiguille dans les bras. Cette pensée me glace le sang, m'arrache une grimace et me fait frémir jusqu'au bout des ongles. Comment se l'imaginer ? Du jour au lendemain voir un être cher disparaitre ? Claquer entre ses doigts ? Si mes soucis prennent le dessus, je ne veux pas faire abstraction des siens. Ils sont plus graves, plus conséquents, quant à mes plaintes, elles sont futiles et me tapent directement dans les tripes certes. Mais, lui, c'est son âme qui est dévorée. Un monstre blanc aux yeux rouges, démontrant tentation, danger et plaisir d'un instant hors du temps. Je ne suis pas né pour aider, je ne suis pas conçu pour pouvoir donner de bonnes idées, de mettre une sublime gifle pour que la personne comprenne qu'il est le temps de bouger un tant soit peu. Je peux à le faire, sauf que quelque chose cloche. Avec Silas, rien ne va, j'ai préférence à lui prouver mon attachement plutôt que lui parler de la famille, de l'inquiétude de son entourage me citer. Sûrement égoïste à un point tel que je ne veux avouer, si j'ai pensé à une future vie sans sa présence, je n'ai jamais osé voir plus loin qu'une porte que je n'ai pas voulu ouvrir. Je la laisse barricadé avec ses chaînes. C'est mieux ainsi, je ne veux plus avoir mal. « Je crois qu’en fait, je n’attends pas. Je suis impatient, et je pense que le temps passé à espérer et à s’apitoyer est du temps perdu à jamais. J’évite de regarder dans le passé et même dans l’avenir. Je préfère vivre au présent, sans me soucier du reste ou des gens. C’est un peu comme ça que je conçois le bonheur. Si tu ne veux pas être vulnérable, ne montre pas tes faiblesses, si tu veux être quelqu’un d’autre, c’est à toi de changer. Si tu veux être heureux, sois-le. C’est simple. » Sa phrase me pousse à sourire, à montrer mes dents un tant soit peu, les mains collées sur la tasse, elles l'enroulent, bien au chaud sentant encore quelques gouttes d'eau me glisser sur le visage à cause de mes cheveux. Il faut croire que nous ne sommes pas tous des crétins qui ne peuvent changer, à moins que ce ne soit une autre partie qu'il n'a jamais voulu me montrer. Des paroles simples, sereines et débordantes d'une vérité mordante. Certains viendraient à prendre bien mal ce qu'il peut dire, prenant de haut ces gens qu'ils trouvent pitoyables, ils n'ont pas de défauts. Je suis conscient de mes erreurs, de mes saignements qui rendent ma peau livide. Je l'écoute, je reste dans le plus grande calme possible. « Je ne compte que sur moi… Ruben, ton meilleur ami c’est toi, et ton pire ennemi aussi. T’es le seul qui puisse avoir du pouvoir sur toi. Attendre de l’aide, ça fait de toi quelqu’un de faible. Agir, c’est être fort. » Sûrement vexant, même un peu décevant. Je n'ai pas à le blâmer, il a raison, parfaitement, dans toute sa totalité, j'aimerais à lui ressembler sur ces quelques points qui font ce qu'il est. Agir, attendre, tomber, marcher, se relever. C'est un choix, c'est un chemin qui se glisse sous mes pas. Le monde s'écroule et je préfère tomber avec lui plutôt que de lever ma tête vers le ciel, hurler aux rêves, à la niaiserie et à cette part d'ombre qui comme des petits diablotins, s'amusent à me le griffer. Viendra un jour où la peau sera plus fine, où il coulera en moi telle un flot de pétrole. Ma fin, je la provoquerais par mes propres moyens, pas à cause de ceux qui veulent que je ferme mes paupières.

A nouveau, la mixture dans la tasse glisse le long de ma gorge, c'est agréable, régénérateur à sa façon. Comme un enfant attendant assis au sol, c'est la suite des aventures de cette personne que je veux entendre. Pour une fois, c'est la mienne que j'entends, un peu de la sienne, un peu de tout qui se mélange, l'être humain dans sa totalité. Si tout pouvait être si simple, si tout le monde était pareil, le monde ne serait pas ce qu'il est. Les guerres seraient peut-être plus violentes, ou au contraire la paix régnerait, la souffrance ne serait qu'un souvenir ou au contraire, la pire monnaie courant au monde. Avec ces simples mots : et si, je pourrais à refaire tout un univers, le construire de mes deux mains. Il serait fait de blanc et de gris, les rouges plus nuancés, sortant de l'histoire. Un monde un peu fade, pourtant déroulant sa poésie avec son tapis rouge, ses propres envies, sa propre nature. Question d'envie, et un jour, tout vient à disparaitre. On se lasse, on ne voit plus ce que l'on veut, l'on en veut plus. Recommencer, encore et encore. Je vois un Charlie Chaplin bien-heureux, des années qui peuvent paraitre fugaces, plus qu'appréciables. Tout est faux. Même Silas qui m'offre sa franchise entre mes deux mains. « Je ne sais pas ce qu’il t’ait arrivé, mais si tu as merdé avec quelqu’un, n’attend pas que ce soit lui qui revienne vers toi. Quand on tient à quelqu’un on se bat. » Se battre hein ? Avoir les armes en mains, sortir les défenses, et surtout braver les plus hauts monts pour récupérer cette sensation de liberté, d'attache à quelqu'un. L'estomac en vrac, je dévore ma lèvre inférieure à cette idée. Je n'ai pas envie, pas le désir pour le moment, à vrai dire, je profite du mieux que je peux de ses mots, de ses dires qui me paraissent irréels, même faux. Alors qu'au fond, je sais qu'ils partent d'un sentiment de sincérité, d'aide. Il n'est pas mauvais, ne l'a jamais été. Comme tout être qui se le doit, il recherche sa place en ce bel univers, s'il veut laisser sa trace, je crois que contrairement à son visage qui restera dans bien des mémoires, le mien ne fera que s'estomper, disparaitre au fil des années jusqu'à s’essouffler en une brume grisâtre. Sa vie est faite pour ça, marquer les esprits. La mienne est de rester dans le noir, attendre le moment fatidique pour laisser un son traverser ma gorge, il sera trop tard ce jour-là. Qui pourra me pousser alors à lever les yeux ? Lever la tête vers un ciel plus bleu que pensé ? Je ne saurais le dire. Un jour viendra peut-être où la différence saura agir seule, me faire comprendre que les coeurs peuvent se réparer, aussi vite que se tordre. « Tu devrais dormir… Si t’as besoin de quelque chose, tu me préviens. En attendant je reste là. » Un froncement de sourcils de ma part, son regard furtif me laisse bien perplexe. Suis-je donc si dérangeant, si perturbant au point où il veuille dormir le plus loin possible ? Je chasse vite cette idée aussi vite qu'elle a pu arriver, la tasse posée sur la table de chevet, je reste un peu béat, un peu stupide face à sa phrase. C'est moi qui devrait partir, c'est bien vrai, je n'aurais jamais dû m'effondrer comme ça, encore moins laisser les émotions sortir, engendrer quelque chose de plus agréable. Ce n'est pas voulu, pas pour tout le monde, je crois pas que j'en ai le droit, pas par le biais de Silas du moins. C'est dangereux, beaucoup trop à mon goût. Pourtant, contre toute attente, je suis prêt à m'y perdre, à essayer de frôler les dents du loup sans me douter qu'il va me dévorer l'âme. Un monstre, un quelque chose, mais surtout un être. Passant une main dans mes cheveux, elle arrive par atterrir finalement sur la nuque, j'arbore un sourire un peu morne. « De quoi t'as peur Silas ? Tu sais, j'ai jamais été arrêté pour tentative de viol sur un homme, et je suis encore moins dans le porno gay. » Peut-être un peu cru, trop facilement dit, mais bien réaliste. Après tout, je ne vais pas lui arracher la tête, le traumatiser à vie, de toute façon, je partirais bien trop vite dans le sommeil pour me rendre compte de ce qu'il fait, de ce qu'il dit. Les muscles endoloris, les yeux au bord du gouffre, je ne lui laisserais pas le choix. Ici, mais certainement pas là-bas. Dormir sur un fauteuil c'est la porte à la mauvaise nuit, qui signifie pour lui sûrement réveil catastrophique et bien évidemment tout pour ma poire qui visiblement, suis sa victime préférée. Titre honorable ou au contraire désespérant, je préfère à le prendre tel un compliment plutôt qu'un défaut ou une injure. Quelques gouttes d'eau trainent encore un peu sur mes cheveux, mais rien de bien concret, malgré tout, elles me refilent des frissons et me font grimacer. Je n'en perds pas moi de mon sourire, et de mon air plus que décidé à ce qu'il bouge de là. « Puis, celui qui doit dormir sur le parquet, c'est plutôt moi. » Haussement de sourcils, regard amusé, je doute du comportement qu'il doit avoir ses proches. Bizarrement, je me doute qu'il ne doit pas être tendre, si ce n'est carrément égoïste et les pousser à se rouler en boule parterre ou bien comme un roi sur le canapé. Et la plupart qui finissent là-dedans ? Ce sont des femmes, brunes ou blondes, rousses parfois à ce qu'il m'en raconte, des fines comme des plus généreuses, qu'importe réellement, celles qui finissent ici c'est pour avoir droit à plus qu'une discussion autour d'un café. « Non parce que, à ce stade, j'vais vraiment finir par penser que je suis privilégié. » Roulement de mes deux prunelles, faisant dégager une mèche qui prend trop de place sur mon visage d'un souffle, petit à petit, mon coeur se gonfle. Je ne sais pas ce que c'est, je suis heureux, c'est tout. Ce sont des choses simples, un peu stupides parfois comme rire à ne plus s'en souvenir pourquoi, elles se condensent et me donnent cette impression étrange que tout peut en valoir la peine. Il tambourine contre mon torse, il n'est plus las, il s'amuse à vivre à l'intérieur, à témoigner de sa vivacité et surtout de son état d'esprit.

_______________________________

J'avais toujours entendu dire qu'à l'instant de votre mort, votre vie entière se déroule devant vos yeux en une fraction de seconde. Tout d'abord cet instant dure beaucoup plus longtemps qu'une fraction de seconde, il s'étend jusqu'à l'infini comme un océan de temps.
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MessageSujet: Re: il le savait, il connaissait la différence entre rêve et réalité, mais dans les ténèbres, cette différence paraissait s'estomper. (silas)   Aujourd'hui à 6:47

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il le savait, il connaissait la différence entre rêve et réalité, mais dans les ténèbres, cette différence paraissait s'estomper. (silas)

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