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 DON'T PUSH FIRE ▲ RUBENSILAS

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MessageSujet: DON'T PUSH FIRE ▲ RUBENSILAS   Dim 20 Jan - 0:13



Un manque, juste un manque. Une douleur lancinante qui me prend tout entier à chaque respiration, à chaque battement de cœur. J’ai mal, j’ai besoin d’une dose, là maintenant. Je sens une goutte de sueur perler sur mon front et glisser le long de ma joue, slalomant entre les poils de ma barbe pas rasée depuis… plusieurs jours, je ne me rappelle pas exactement depuis quand en fait. D’ailleurs la dernière douche que j’ai prise remonte à deux jours, ça je m’en souviens, mais je m’en fous. J’inspire la dernière latte de ma clope et la jette nonchalamment face à moi. Aux alentours, c’est le noir complet. Les réverbères de Taleville n’éclairent pas tellement, et c’est tant mieux pour moi. Ça rend la tâche plus aisée quand je veux me faufiler derrière quelqu’un et le piéger à l’angle d’une rue. Les caisses sur lesquelles je suis assis commencent à me griffer les fesses. Je jette un œil derrière moi, derrière la fenêtre du bar et aperçoit ma cible à l’intérieur qui s’est levée et s’apprête à sortir du pub. Je glisse et tombe sur mes pieds sans faire un bruit avant de longer le mur. Je sors mécaniquement ma cagoule que j’enfile et un couteau de la poche de ma veste et fait enfin mon apparition.

« File-moi ta tune et dégage. »

Ma voix est tremblante. Pourtant je n’ai pas peur. Je sens que c’est seulement le manque qui se fait de plus en plus mordant. L’homme face à moi est déstabilisé et ne bouge pas. Il lance un regard furtif vers la porte du bar et semble soudainement soulagé. Je n’ai pas le temps de réagir, je suis tétanisé. Putain, il était seul quand il était entré et maintenant ses potes se pointent. L’un d’eux me voit immédiatement et tous se ruent sur moi. Je recule d’un pas et court vers l’arrière du bar. J’attrape une caisse que je fracasse sur la tête du premier venu. Trop tard, une pression me tire en arrière par le col. Je tombe à terre et l’un d’eux me tient les chevilles, l’autre les poignets, pendant que les deux autres me ruent de coups. Ils ne prennent pas même la peine d’enlever ma cagoule les idiots, tant mieux pour moi d’un côté. J’encaisse. J’encaisse la douleur et tente tout de même de me débattre, jusqu’à ce que je ne puisse plus. J’ai l’impression que mes veines explosent, que ma peau se déchire. J’agonise mais ne dit rien. Rien que cracher le sang qui dégouline de mes lèvres me fait mal. Enfoirés. Accoudé contre le béton, je les regarde partir fièrement en se vantant. J’enlève ma cagoule et me laisse tomber entièrement en fermant les yeux, attendant que la douleur s’estompe. Elle ne fait qu’accentuer mon manque. J’ai besoin d’une dose, j’ai besoin de m’évader et effacer la douleur.

Après quelques minutes passées à retrouver une respiration presque normale, je me lève difficilement et boite en direction de mon immeuble. Mais je ne vais pas renoncer maintenant, j’ai trop besoin d’une dose, juste une. Je sais où m’en procurer, il me faut juste de quoi l’acheter. Je sais. Je vais me faufiler chez Ruben, il doit ronfler à cette heure-ci. Je prendrai juste ce dont j’ai besoin et laisserai peut-être un petit mot, juste pour le faire rager. En espagnol aussi, pour le faire rager encore plus. La ville est déserte. J’entre dans l’immeuble et monte difficilement les marches jusqu’à arriver sur son perron. Je sors de ma poche trombone et épingle, à l’ancienne, et rentre à pas de loups dans l’appartement en longeant les murs. Putain, depuis quand il n’a pas fait le ménage ?! Il y’en a partout et je soupçonne que l’odeur de saucisse provienne de la vaisselle sale dans l’évier. J’échappe une expression de dégoût et me rappelle soudainement que je n’ai pas pris de douche depuis un moment. Haussant des épaules je cherche l’objet de mes désirs. Là, sur la table basse, bien en évidence, le portefeuille. Cette fois je vais juste prendre les billets et m’enfui… Merde, qui a allumé la lumière ?

« Qu’est-ce que tu veux encore ? »

J’entends au son de sa voix qu’il est à peine réveillé, mais surtout blasé. Un jour peut-être je le surprendrai. Je reste immobile un instant, cherchant mimétiquement des yeux une échappatoire, une sortie, puis abandonne et me tourne vers lui, un grand sourire charmeur sur mes lèvres meurtries. L’improvisation, ça me connait. Je tends les bras en grand messie et m’apprête à tout lui expliquer, ou du moins un mensonge, quand il me stoppe net. « Mais qu’est-ce que t’as fait ?! » Il a les yeux écarquillés et me dévisage de haut en bas. Je regarde nerveusement si j’ai pas ma braguette ouverte mais non. Et là et seulement là je me rappelle que je dois vraiment avoir une sale gueule. Je hausse des épaules sans quitter mon sourire et lui dit simplement « Moi ? Mais j’ai rien fait, tu m’connais voyons ! J’ai voulu aider une petite mamie qui se faisait agresser par une bande de voyous sauf que ça a mal tourné et ils ont volé le sac à main de la maminette ! Je voulais juste lui rendre son dû en t’empruntant un peu de monnaie. » Je tends mes mains vers lui en montrant pattes blanches et compte ce mensonge comme le mille neuf cent cinquante sixième. On est plus à ça près. Une brûlure piquante me prend soudainement et je ramène brusquement mes bras contre moi en tenant l’un deux fermement pour tenter de retenir la douleur. Je ne préfère même pas imaginer la grimace que je fais à cet instant. Heureusement que Ruben n’a pas de petite amie, je n’aimerais pas qu’une jolie fille me voit comme ça. Ça casserait mon image, ma réputation, tout. Tiens, ça me donne une idée. Ce serait un bon moyen d’exaspérer Ruben que de draguer sa copine s’il en avait une. Il faudrait peut-être que Grim lui arrange le coup parce que s’il ne faut compter que sur lui, c’est pas gagné. Pas qu’il manque de charme mais plutôt de… tact. Je devrais peut-être lui donner des conseils sur les femelles, contre rémunérations, s’entend.

« On peut pas laisser cette pauvre femme sans rien ! Alors retourne te coucher mec et je m’occupe de tout, t’inquiètes je gère. » lâche-je dans un sourire grimaçant. Mon œil gauche doit commencer à enfler car je suis presque certain de n’y voir qu’à moitié. Mais je suis pratiquement sûr que Ruben me lance un regard assassin du genre, « me prends pas pour un con. » Je glisse deux trois billets dans ma poche devant lui et commence à avancer difficilement, me cognant à la table basse deux fois et manquant de tomber. La troisième, c’est le pied du canapé et je m’étale au sol et roule comme une pelote de laine en lâchant un « Merde » bien placé. J’ai l’air con. J’ai mal. Mais je m’en fous. J’ai juste tellement besoin d’une dose que rien d’autre n’importe. Tiens, y’a une chaussette sous la commode, je me demande depuis combien de temps elle traîne là.


Dernière édition par Silas Wharol le Dim 20 Jan - 1:41, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: DON'T PUSH FIRE ▲ RUBENSILAS   Dim 20 Jan - 1:20


S'il existe bien des choses agréables, rien n'est meilleur que de fermer les yeux et de partir un instant. Quelques minutes, quelques secondes, des heures, toute une nuit. Au bout du compte, on s'échappe de cette fatalité qui nous colle à la peau pour laisser place à d'autres images, des stupidités selon le cas. Quant au réveil ? Il n'est que trop difficile. Rêves comme cauchemars se mêlent pour ne donner qu'un immense bazar que personne ne pourrait réellement comprendre. Parait-il que certains ont des significations, je ne saurais expliquer pourquoi, une question d'inconscient. Ais-je déjà daigné chercher dans un bouquin ce que je vois quand mon esprit se met à vagabonder ? Juste de la neige, un vent qui se veut faux et à la fois si réel. Pelotonné dans cette couverture, rien n'est plus difficile que de voir la main tendue pour cet autre pays, cet autre lieu que j'aime à envier, que j'aime à apprécier. Les heures filent, comme si de rien n'était, comme si tout était évident que je n'arrive pas à fermer les yeux. Ils parlent d'insomnie, de troubles du sommeil. Moi j'ai tendance à croire que ce n'est qu'à trop penser que même ma fatigue n'arrive plus à suivre. Seul le noir permet de se poser des questions, existentielles ou non, et pour tout dire, la plupart du temps, elles sont ô combien mauvaises. On se pose les pires, voilà tout. Quand ferais-je ceci, et si je ratais cela ? Les ténèbres se résument ainsi, font ressortir ce qu'il y a de plus mauvais en vous, et quand la peur vous attaque directement aux tripes, il n'y a plus rien faire. L'inconnu laisse perplexe, fait froncer les sourcils et il n'est de pire mystère que ceci. Regarder un plafond, se retourner, encore une fois, jusqu'à compter le nombre de fois où j'ai pu changer de position. Sur le dos, sur le ventre, la tête dans le coussin comme à moitié en dehors de ce lit. Rien ne peut y faire et je vais devoir ne plus me voiler la face. Les cernes ne vont que s’agrandir, faisant de mon visage déjà bien pâle une oeuvre d'art digne d'un hurlement. Ne plus réfléchir, ne plus à parler dans son pauvre crâne, comment s'y résoudre ? Même le plus vieux souvenir, le plus vieux rire vient à s'incruster pour venir tout gâcher. Le silence se veut d'or parait-il, mais celui de l'intérieur n'a plus de prix. M'asseyant alors, je glisse mes mains dans ma longue tignasse. Un frisson, le froid qui ne fait que s'insinuer dans les pores de ma peau et ce n'est pas ce tee-shirt bien trop grand pour moi qui va me sauver de ce passage presque difficile. Les yeux clos, plongé dans ce noir que je m'impose, un soupir désespéré et quoi d'autre pour m'accompagner ? Peu de choses, si ce n'est le bruit de l'extérieur, des quelconques survivants qui passent en riant, en causant de cette vie aux multiples couleurs. Sauf que rien ne se veut réellement bouclé, non, c'est seulement à partir du moment où l'on croit que tout se veut bon, que quelque chose vient briser cette idylle, faire tomber ce château de cartes. Alors que la somnolence commence à me gagner, toujours dans cette même position, un bruit, un son que je considérerais presque comme familier. Mes yeux s'ouvrent, et je me concentre sur mes deux oreilles. Quelque chose qui s'ouvre, surement la porte et quelqu'un, des pas fins, parfois un peu maladroits mais que je pourrais reconnaitre entre mille. Fronçant mes sourcils, j'attrape un coussin entre mes bras et laissant avec nonchalance ma tête tomber dedans, j'en viens presque à gueuler contre ce tissu. Une fois n'est pas coutume, on ne peut échapper à Silas les mains futées, ce kleptomane ayant l'habitude de venir me piquer je ne sais trop quoi à chaque fois. De l'argent, des objets, un peu tout et rien. Parfois amusant, parfois un certain énervement vient à me briser quelconque expression sur mon visage, pour finir en un blasement pur et simple. Au jour d'aujourd'hui, il n'arrive plus à me surprendre. Comme si, je le connaissais comme ma propre poche, tout ses coups tordus, ses tentatives pour m'arracher des doigts des biens. Puis, durant un instant, j'hésite. Ce n'est pas comme si c'était la première fois, dans le mois il doit au moins venir deux fois durant la nuit. Alors, qu'est-ce qui pourrait me pousser cette fois-ci à daigner me lever et l'attraper en plein délit ? Rien, pas grand chose. Si ce n'est une certaine fierté et de tirer la langue en clamant haut et fort qu'il ne pourra plus m'avoir. Est-ce réellement suffisant ? Je dirais que oui, et pour tout dire, je suis déjà debout. Dans un état presque même chaotique, les yeux perdus dans un vide que je ne saurais décrire, et avec cette petite lumière à ce bout. Rasant alors les murs, j'en viens à pincer ma lèvre inférieure. Qu'est-ce que ce sera aujourd'hui ? Peut-être encore de l'argent, et par bêtise, par habitude, je n'ai pas eu cette bonne idée de cacher ceci dans une autre pièce, dans un autre lieu. Stupide surement de se dire qu'un jour il viendra pour autre chose que pour ce que cache ce porte-feuilles, que pour ces billets. Ah, qu'il est beau de s'illusionner. Ma main glisse, la lumière se fait et, comme je m'y attendais, c'est un Silas de dos que je découvre à fouiller, fouiner au mieux et attraper ce qu'il peut trouver. Fronçant les sourcils, ce passage au monde lumineux me fait un bien bel effet d'une claque je ne saurais expliquer, sans douleur oui, mais dérangeante. Un son, une voix lancée dans les airs, au hasard. « Qu’est-ce que tu veux encore ? » A la longue, même les rires ne viennent plus se mêler à mon visage, même les sourires amusés. La journée oui, mais la nuit, c'est une bien autre histoire. Si au départ tout se voulait flouté, petit à petit, tout se veut bien plus clair et, mes yeux ne font que s'écarquiller en vue de l'horreur de la situation. Si autrefois j'avais cette fâcheuse habitude d'avoir la lèvre fendue, le sourcil saignant et la peau bleutée, Silas est, bien au dessus de tout. Son état, est comment dire ? Monstrueux. Lèvre fendue, et il ne faut pas croire mais il se découvre être plus impressionnant que ça, comme si tout à coup, il venait de dégobiller son liquide vital. Un air de panique dans son regard, un visage amoché, abattu et il a cette difficulté à rester debout. Marionnette aux fils coupés, c'est un effet que j'aime à appeler casse-gueule. Voilà, rien de plus simple à cerner, ou à comprendre. D'une certaine manière, la vérité vient de me mettre un si beau poing que tout à coup, la fatigue s'en vient à disparaitre, tel un tour de magie. J'ai cette boule dans l'estomac, cette impression désagréable, comme si tout à coup, il allait me filer entre les doigts, claquer entre mes bras. Des questions sans réponses pour le moment, qu'est-ce qu'il a bien pu faire pour se mettre dans un tel état ? Je doute quant à l'excuse de l'escalier vicieux et vivant, alors, le plus logique reste une histoire qui a mal tourné. Comment ? Je ne saurais le dire, je ne sais pas grand chose à son propos, à mon plus grand malheur à vrai dire. « Mais qu’est-ce que t’as fait ?! » Mes pensées se transforment en mots, sans compter sur ce sourire qui orne son visage. Comme si de rien n'était, comme s'il était parfaitement normal de venir une nuit avec un visage si amoché. Regard remplis d'incompréhension, ma main droite passe alors dans ma tignasse pour me permettre d'y voir au mieux. Sourcils froncés, curieusement, ayant même cette inquiétude un peu maladroite qui vient tout doucement s'installer dans mon regard - et c'est seulement à ce moment que j'arrive à comprendre les inquiétudes de Grim à mon égard. Il n'est de pire spectacle que de voir un être apprécié presque complètement cassé. Physiquement, certes, mais, mentalement, j'ose à penser qu'il reste fidèle à lui-même.

Attendre une quelconque phrase sincère de sa part, relève d'un défi, d'une presque rêvasserie j'ose dire. Lui faire cracher quelque chose de vrai ? Si seulement il en était ainsi. Silas s'amuse à jouer la carte du fourbe qui s'amuse du monde, s'amuse de la vie et parfois, il n'est pas rare que je l'imagine à gorge dévoilée, rire, jusqu'à en perdre totalement la tête. Sa vie reste une part d'ombre où je ne pourrais poser pied sans atterrir dans un fossé, et dans ce cas, attendre ma fin. Il est des terrains qu'il ne faut toucher, qu'il ne faut oser frôler. Oserais-je un jour lui parler comme ceci ? Qui sait réellement. De toute manière, quand il s'agit d'exploiter le masque de chair, celui qu'il porte quand il se retrouve seul, il est question de voix qui s'élève plus haute que l'autre, d'insultes qui volent parfois et des mots qui peuvent faire bien du mal. Une fois, deux fois, qui sait le nombre réel où j'ai pu en perdre presque la raison ? Tout ceci reste bon enfant, du moins, pour l'instant. Une année oui à avoir droit à ses sourires carnassiers, et je pense avoir droit à le supporter encore bien des années - sans que ça me déplaise réellement à vrai dire. Je le désespère tout comme il peut réussir à m'arracher de lourds soupirs. « Moi ? Mais j’ai rien fait, tu m’connais voyons ! J’ai voulu aider une petite mamie qui se faisait agresser par une bande de voyous sauf que ça a mal tourné et ils ont volé le sac à main de la maminette ! Je voulais juste lui rendre son dû en t’empruntant un peu de monnaie. » Oh oui, il est vrai que ça arrive tout les jours, un tel acte de bravoure ! J'en viendrais presque à sortir un quelconque bout de bois pour faire office d'épée et le baptiser chevalier de la table ronde. C'est vrai, il est dans ce corps une âme tellement sauveuse. Roulant des yeux, j'en viens par automatisme à me dévorer la lèvre inférieure, mon regard lancé vers lui signifiant d'arrêter cette mascarade, et que de toute manière il ne pourra pas faire plus de trois mètres avant de lamentablement s'écrouler. Je ne connais que trop bien ces blessures, que trop bien cette sensation de fatigue pure et dure. Croisant seulement mes bras sur mon torse, je me doute bien qu'il est bien loin d'avoir terminé son histoire. « On peut pas laisser cette pauvre femme sans rien ! Alors retourne te coucher mec et je m’occupe de tout, t’inquiètes je gère. » Sous mes yeux impuissants, il glisse quelques billets dans sa poche. Il ne manque pas de tact à vrai dire, tout mon contraire. Quand certains savent jouer des mots, les autres ont plus tendance à se taire pour ne pas partir sur un chemin trop sombre. Alors qu'il avance difficilement dans le salon, une fois, deux fois, et il faut croire que le chiffre trois reste fétiche, sans rien pouvoir faire, il tombe. Comme pierre qui roule, il reste là presque béat, bien évidemment, en lâchant une injure qui me traverse vaguement les oreilles. Durant un instant, je peine à le voir ainsi. Lui qui a tendance à soigner son image, à vouloir jouer le sourire étincelant, cette nuit je ne peux que le voir sous un autre jour. Durant quelques secondes, je reste là le fixer dans toute sa splendeur, et cette boule dans mon estomac ne fait que s'agrandir. Pourquoi, comment, où et qui ? Secouant ma tête d'un coup pour faire disparaitre ces pensées, je m'approche de son cas, et passant mes mains sur son corps pour le relever, j'en viendrais presque à le jeter sur ce canapé. En temps normal, je l'aurais fais, effectivement, pourtant quelque chose vient me dire que je ne dois m'amuser à la brute, à cet animal qui sommeil en moi. Lui lançant un regard, il n'est plus question de quelconque rage et tout en examinant bien son visage pour voir l'envergure des dégâts, j'ajoute. « Maintenant Silas, je te conjure de fermer ta bouche quelques minutes. Tu t'enfonces, mais avec une telle beauté ... Sincèrement, tais-toi. » Ajoutant à tout ceci un sourire presque niais, il n'est de jeu plus amusant que celui-ci. Qui réussira à faire perdre le sourire de l'autre ? Il fut un temps, je m'amusais à presque féliciter le gagnant du jour. Fronçant mes sourcils, cette lèvre fendue, cet oeil qui se met à gonfler petit à petit et ce visage souillé par je ne sais quoi d'ailleurs. Jetant un regard sur le sol, je disparais le temps de quelques secondes dans cette cuisine, fouillant dans le congélateur pour y trouver quelques glaçons, vient alors une poche en plastique pour y glisser tout ça, et par dessus un tissu pour adoucir la chose. Dégonfler ce champs de bataille avant qu'il ne se retrouve avec un bleu trop peu discret. Des cernes sont conséquentes, mais lui, je pense qu'il va battre des records en matière de non-discrétion. A nouveau dans le salon, étrangement, cette fois-ci, je le trouve, comment dire ? Plus étrange que d'habitude. Sa main est collée sur sa nuque comme si sa pauvre vie en dépendait, son pied tape frénétiquement au sol, comme une sale musique que je voudrais oublier. Face à lui à nouveau, je lui tends l'assortiment gelé pour son visage. Si je suis capable de lui faire, je n'ose pas lui poser sur l'oeil, et tout simplement parce que je ne ferais peut-être qu'aggraver son cas. « Au cas où tu ne voudrais pas avoir une dégaine de boxeur perdant. » Ses mains attrapent ce que je peux avoir, et j'en suis même un peu rassuré qu'il se sauve pas comme un, oui, voleur. Toujours trouver un prétexte pour filer dans l'ombre, j'en viens souvent à penser que je ne fais qu'office de bonne personne à être volée, voilà tout. Après tout, à quoi bon se leurrer ? Le kleptomane reste difficile à cerner, quand il s'attache ou non, et quand il s'avère être un menteur de premier ordre, tout se trouve être bien plus confus. Me posant seulement en tailleurs à ses côtés, abusivement j'hausse mes sourcils. « Et la prochaine fois, au lieu de monter un bobard comme celui-ci, tu demandes, c'est tout. Sérieusement, tu crois que je vais t'arracher la tête pour venir en douce comme ça ? » Voix posée, plus calme que je n'aurais pu le prévoir et même l'imaginer, c'est peut-être cette peur infuse et confuse qui ne peut que m'envahir sur l'instant. Certes son oeil va peut-être être moins amoché, mais quand est-il du reste ? Un accident ? Une bagarre qui aurait mal tournée ? « Je répète : qu'est-ce que tu as foutu pour être dans un état pareil ? » Oh, à l'avance, je me doute qu'il me répondra une quelconque bêtise, qu'un animal l'aurait attaqué sans aucune raison. Parfois, des vérités ne sont pas bonnes à entendre et peuvent briser votre existence, cet avis que vous avez sur l'autre. Pourtant, il aura beau créer le mensonge le plus ficelé au monde, au bout d'une année à avoir eu droit à des histoires folles, j'en viens à départager le vrai du faux, le bien du mal parfois même. Espèce de crétin, espèce d'idiot, de voleur de pacotilles qui ne cesse de m'en faire voir de toutes les couleurs, les plus sombres comme les plus éclatantes.

_______________________________

J'avais toujours entendu dire qu'à l'instant de votre mort, votre vie entière se déroule devant vos yeux en une fraction de seconde. Tout d'abord cet instant dure beaucoup plus longtemps qu'une fraction de seconde, il s'étend jusqu'à l'infini comme un océan de temps.


Dernière édition par Ruben Nogard le Dim 20 Jan - 10:20, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: DON'T PUSH FIRE ▲ RUBENSILAS   Dim 20 Jan - 3:31



La vérité, c’est que ce n’est pas cette chaussette planquée sous la commode qui me fait rester ici. Je suis cloué au sol pour une toute autre raison, d'abord parce que j'y suis bien, mais en plus, je suis incapable de me relever. Mes forces m’ont abandonné et je pourrais pratiquement m’endormir comme ça, là, durant deux jours entiers. J’ai mal partout, je suis balafré, et même si j’ai connu pire, la souffrance n’en reste pas moins éprouvante. Mon cœur bat la chamade, mon pied qui s’est pris le canapé aussi. Je crois que je n’ai jamais eu l’air aussi peu séduisant. Merde, j’ai vraiment l’air d’un con, d’un faible. Je n’aime pas ça. Je déteste me sentir impuissant comme je l’ai été durant trop longtemps. Je déteste devoir dépendre d’elle. Elle qui me rend tellement plus fort quand elle coule dans mes veines, mais tellement plus lâche quand son manque se fait ressentir. Elle est comme une délivrance tout autant qu’un fléau. Elle est comme une femme, aguicheuse, captivante, qui m’attire dans ses filets et me poignarde le cœur afin que je n’obéisse plus qu’à elle. Je ne suis que son serviteur, prêt à tout pour goûter à son odeur, à sa chaleur. Elle me rend plus vivant que je ne le suis déjà. Elle me donne l’illusion de vivre et non plus survivre. Elle est terrible, abondante. Elle prend sa revanche. Elle sent que je désire l’abandonner et n’en revient que plus énervée. Je ne sais plus depuis combien de temps je tiens sans elle. J’ai tenté de l’oublier. Mais mon sang en est marqué à jamais. Arriverais-je un jour à m’en défaire réellement ? Pas aujourd’hui en tout cas. J’ai tellement envie d’elle, tellement besoin de la sentir s’épanouir en moi. Elle me manque de plus en plus et me fait certainement plus de mal que tous ses coups et blessures qui me martèlent le corps.

Ruben va très probablement me tirer par les chevilles et me chasser de son appartement, après avoir récupéré ses billets dans ma poche. Je pense que je ne lui en tiendrai pas rigueur pour cette fois, je ne pourrai pas le blâmer. Après tout je l’ai bien mérité. La dette que je lui dois s’élève sans doute à plus de deux cent dollars, plus quinze bouteilles de lait. Oh, ça va en fin de compte, je m’attendais à plus. J’ai peut-être perdu la main… Ou bien est-ce parce qu’il est le seul à m’avoir la plupart du temps. Ce jeu durera-t-il éternellement ? Je l’espère, car c’est bien là mon seul vrai divertissement. C’est tellement moins drôle quand il n’y a pas d’obstacles, tellement lassant. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je ne me pose pas avec une femme. Toutes les mêmes, aucune ne saurait m’apprivoiser. Au fond, les seules qui m’intéressent réellement sont celles qui me résistent. Mais une fois qu’on y a goûté, on a vite fait le tour. Ah, les femmes ! Déesses tentatrices qui enveloppent mon esprit même dans une telle situation. Je dois vraiment être tordu.

Je sens soudainement des mains m’agripper et m’arracher à la contemplation de cette foutue chaussette qui m’avait fait partir dans de grandes pensées philosophiques. Mon regard désespéré envers elle comme un adieu se tourne à présent vers Ruben qui me fixe comme une maman pas contente, puis inquiète. Je me revois alors à mes quatorze ans, venant tout juste de faire une énorme bêtise et prêt à en payer les conséquences. Je le laisse m’examiner sous toutes les coutures, et coupures, et ne perd pas mon sourire quand il m’ordonne de la fermer. J’ai toujours su qu’entre nous deux, c’était lui le plus mature, bien que je sois le plus âgé. Mon sourire se transforme en une grimace illustrant bien ma souffrance, et une moue boudeuse signifiant simplement que je déteste perdre. Je le vois bientôt disparaitre de mon champ de vision et en profite pour fermer les yeux un instant, pensant sûrement qu’ainsi j’éteindrai la douleur. Seulement, rien. Toujours ce mal, ces piqûres et brûlures lancinantes et puis surtout, ce manque. Je me mets alors à ronger nerveusement mes ongles et cesse lorsque je remarque que je les couvre de sang. Je porte une main à ma nuque et gratte frénétiquement tout en tapant du pied contre le sol. J’ai tellement besoin d’une dose, juste une, là, maintenant. Je donnerais tout ce que j’ai pour la sentir s’insinuer dans mon sang et y loger son amour.

Ruben me tend sous les yeux un torchon que j’imagine rempli de glaçons. Je lève les yeux vers lui, mais pourtant seul le droit semble toiser l’intéressé, le gauche étant désormais presque hors d’état. Je rehausse un sourcil sans cacher ma perplexité. J’ai juste envie de lui demander pourquoi il fait ça. C’est pas comme si j’étais entré dans son appartement pour faire le ménage et concocter un bon petit plat. J’étais venu pour le voler, et ce n’était pas la première fois que je le faisais. Mais ça il le savait. Alors pourquoi ? Certains jours je pourrais presque croire qu’il serait capable de me clouer à un mur et me briser le crâne (ce qui s’avèrerait tout de même difficile, je suis invincible… mais… pas aujourd’hui) et là, j’aurais cru qu’il serait content de me voir dans cet état. Je pensais qu’il se sentirait vengé, bien heureux que je subisse enfin ce que je mérite et que cela implique une dégaine de boxeur perdant. Mais non. Il me tend des glaçons. Je les attrape donc et les plaque sur mon œil, ronronnant un simple « Merci » en guise de paix, pour aujourd’hui.

« Et la prochaine fois, au lieu de monter un bobard comme celui-ci, tu demandes, c'est tout. Sérieusement, tu crois que je vais t'arracher la tête pour venir en douce comme ça ? »

Je lâche un rire qui m’étouffe une douleur et m’échappe une grimace. Je n’ai pas peur de Ruben. C’est simplement compulsif et naturel chez moi, l’escroquerie, le crochetage, le vol. Et ça procure tellement plus d’adrénaline que de venir avec un tablier et une assiette de cookies en demandant gentiment une offre charitable. Et puis, Ruben, c’est le premier auquel je pense quand j’ai envie de voler. Juste pour l’énerver, et avoir cette satisfaction immense de le voir courir après moi. C’est juste un jeu, duquel je ne voudrais me séparer. Je reste quand même blasé. Il me connait trop bien en ne sachant pourtant rien de moi. Il sait quand je mens, c’est irritant, et pourtant vraiment amusant. Je ne me lasserai jamais de mon voisin.

« Je ne voulais pas réveiller la bête qui sommeille en toi et puis honnêtement, tu me l’aurais filé cet argent si je te l’avais demandé simplement ? »

Je le laisse méditer sur la question sans lâcher mes glaçons que je plaque un peu plus sur ma balafre pour être bien certain de la douleur et de l’ampleur des dégâts. Je pense que présentement, si je croisais mon reflet dans un miroir, je sauterais au plafond et planterai mes griffes dans celui-ci, en supposant que j’en ais. Mais le voilà qui revient à la charge. « Je répète : qu’est-ce que tu as foutu pour être dans un état pareil ? » insiste-t-il calmement. Je le fixe d’un seul œil, ressemblant presque à Double-Face face à Batman, et souris simplement. Dans une situation désespérée, c’est toujours la meilleure chose qu’il me reste, ne rien prendre au sérieux. « Oh arrête, je suis pas si amoché ! » lâche-je en remontant de ma main libre mon tee-shirt jusqu’à mon cou. « Ce ne sont que des égratinu… » Je ne termine pas ma phrase quand j’aperçois l’hématome jaune violet sur ma hanche me narguer et rebaisse rapidement mon haut. « Je te l’ai dit. Juste une petite baston qui a mal tournée pour moi. Tu n’as pas besoin de connaître le reste, tu ne me dois rien Ruben. » Le ton de ma voix est passé d’amusé à très sérieux sans que je ne m’en rende réellement compte. Par ces mots je tente de lui faire comprendre que je ne mérite pas autant d’attention, et que je n’ai pas l’intention de lui révéler les secrets qui m’entourent. Je ne veux pas paraitre plus mauvais que je ne le suis déjà. Je préfère qu’il me voie comme un fripon que comme un drogué mutilé. Oui, je veux préserver l’image que tu as de moi Ruben, aussi néfaste soit-elle, et je veux te préserver toi, sans trop savoir pourquoi. Je sais que si je me révélais, soit je te perdrais, soit je deviendrais un poids. « Pourquoi tu ne me vires pas ? Je t'ai volé mec, au cas où tu l'aurais oublié. » Machinalement, j’amène ma main libre à l’arrière de ma nuque et gratte frénétiquement, de plus en plus impatient.
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MessageSujet: Re: DON'T PUSH FIRE ▲ RUBENSILAS   Dim 20 Jan - 10:21


On s'accroche, on s'attache et pour au bout du compte avoir ? Peu de choses à vrai dire. Le voir dans cet état plus que déplorable me ferait presque bien de la peine, et le connaissant j'ai bien du mal à l'imaginer se prendre des coups. Silas est un bon musicien oui, mais pas de ceux qui passent leurs doigts sur un piano, lui a plus tendance à jouer des mots, à lancer les phrases tel un maître en la matière. Exaspérant certes, mais qui peut sauver sa pauvre peau dans bien des situations. Je n'ai aucun tact, c'est un fait et parfois il m'arrive de l'envier pour ce talent à déblatérer tellement de choses pour arriver, à rien. Comme un philosophe, il parle, comme un philosophe il ne fait que détailler et comme un philosophe il fait tout un livre pour ne faire remarquer qu'une seule vérité qui n'apparaitra qu'à la fin. Son âme est un chemin sinueux, au départ éclairé, mais plus je m'y enfonce, plus je m'y perds. Des portes oui, mais fermées qui font de moi un homme parfaitement perdu. Je fouille, je cherche, je réfléchis même à certaines choses sur son cas, mais en cette nuit sombre, je n'ai d'yeux que pour ce pot cassé, ce vase de verre brisé. Je suis une fissure, mais lui s'avère déjà au sol en bien des morceaux. Si son visage est dévasté par des poings, même son état mental me parait plus inquiétant qu'à l'accoutumé. Nerveux, un peu énervé même et surtout monstrueusement impatient. Après tout, il ne peut qu'attendre que ça, que je lui dise de se tirer de chez moi en n'oubliant pas la belle révérence. C'est ainsi, il n'y a plus à chercher plus loin que le bout de son nez. Notre relation se résume à ça, il pique, il vole, il cherche, je ne peux que lui courir après et quand je récupère mon argent ou quoi que ce soit d'autre, la porte claque violemment pour qu'il reste dehors. Parfois même j'ai cette presque chance de devoir me ramener jusqu'à son boulot, et devant des clients il n'a aucune gêne à montrer sa fierté, haute, bien placée. Quand est-ce qu'elle daignera s'essouffler ? Concernant mon cas, je ne le sais, et je ne peux qu'accepter l'idée que tout se résume à une poche, un porte-feuilles et une personne s'en amusant. Au départ déplaisant, par la suite amusant, et à ces jours, je ne pourrais le dire, parfois je ne peux qu'en rire, comme être lassé par cette habitude. Prévoir à l'avance n'est pas quelque chose de bien drôle, et si les premiers mois je me faisais avoir, il n'en est plus question maintenant. Je me souviens encore de la première fois où il posé ses pieds chez moi, mais, la nuit. Moi perplexe, et l'appartement plongé dans un noir si intense, que je ne voyais trop peu autour de moi. A pas de loup, je m'approchais et sans ménagement, je venais à le plaquer sur le mur. Une fois ne sert jamais à grand chose, elle s'est transformée en deux et puis en quatre, en huit, sans jamais se terminer. C'est un cercle vicieux que nous nous imposons à nous-même, et nous sommes les seuls à blâmer. Il serait simple de lui dire d'aller voir ailleurs, que s'il recommence je l'attache et ne laisse de lui que de la poussière. Oui, ce serait enfantin même. Pourtant, je n'en ressens ni l'envie, et si j'ai pu apercevoir la chose, je n'ai jamais essayé. Pourquoi ? Qui le saurait vraiment, même moi, je ne me pose plus de questions. Après tout, il est des réponses qu'il ne faut pas savoir, et je ne comprends pas pourquoi un tel attachement, surtout pour un homme de son gabarit avec un caractère exaspérant au plus haut point. Coureur, arrogant, menteur, trop souriant, mettez tout ça ensemble et le résultat en est d'un excellent voleur dans son registre. Difficile à avouer, et pourtant assez amusant à penser. Lui dire une chose comme tel ? Et puis quoi encore ? Ce serait perdre tout crédibilité, et surtout gonfler son égo qui ne va surement pas tarder à exploser, comme un ballon de baudruche. Fragile funambule sur une corde glissante donc je ne connais le nom, voilà l'image qui ne peut que bien mettre en cause Silas. Moi aussi, il fut un temps j'étais sur ce chemin, sur ce verglas brillant à souhait. Et pour tout dire, sans l'entêtement de Grim, je serais resté le même. Je constate tout les jours ce changement radical, faisant de moi une personne moins impulsive, plus posée et qui n'utilise ses mains qu'en dernière urgence. Ma corde n'avait pas réellement de nom, si ce n'est un certain trouble, un certain bouillonnement intérieur que je n'arrivais à expliquer. Mais, je suis convaincu pourtant que dans son cas, son fil de rasoir a un nom. Mais, lequel ? Bêtise ? Inconscience ? Trop simple, trop crétin pour que ce soit ceci. « Je ne voulais pas réveiller la bête qui sommeille en toi et puis honnêtement, tu me l’aurais filé cet argent si je te l’avais demandé simplement ? » C'est que pour une fois le bougre marque un sacré point. Je ne saurais réellement le dire, peut-être que oui, peut-être que non. Qui pourrait le prévoir à vrai dire ? Au moins, il n'aurait pas eu à faire tout ce spectacle raté, c'est un fait et la tâche en serait restée là, sans que je me mêle réellement. Quoi que, voir une personne appréciée dans un état comme celui-ci pousse à la curiosité. C'est tout, et le voir à ma porte ainsi, m'aurait surement poussé à le faire rentrer. Dans les deux cas, la fin de l'histoire se déroulé ici dans ce salon, deux personnes assises qui attendent que l'un réponde aux questions. Presque comme jouer un jeu, mais pas de ceux qui vous fatiguent au bout de quelques minutes. Non, plus de ceux qui vous arrachent les tripes, qui vous filent des frissons et vous fait battre de le coeur à en crever. Qui dit la vérité, qui s'amuse à la pêche aux mensonges ? Regardez-le et devinez, lequel est sincère, lequel veut se la filer en douce ? Choisissez, un seul chemin, une seule porte. La mauvaise cache la mort, et l'autre vous insuffle la vie. Suicidaire, ou pas, de toute manière nous n'avons qu'une vie et comme seule réponse à sa pertinente question, je ne fais qu'hausser les épaules. Là n'est certainement pas la discussion, ni le thème. Le sujet reste lui, et rien d'autre, du moins, pour le moment. « Oh arrête, je suis pas si amoché ! Ce ne sont que des égratinu… » Fidèle à ses principes et à sa bonne humeur connue pour être légendaire, alors qu'il relève son vêtement, le dessous est encore plus hideux à constater que le visage. Un bleu, jaune vert, je ne sais trop dire la couleur et il est foutrement gros. Comme si un quelconque animal était venu lui arracher les côtes, sans raisons particulières - après tout, il n'y en a jamais vraiment, si ce n'est rire du malheur des autres. Les yeux presque exorbités, l'ampleur est bien plus grosse que je ne l'imaginais et à nouveau, ce noeud dans mon estomac ne fait que se serrer un peu plus.

Sourcils tristement froncés, yeux remplis d'une incompréhension que Silas ne calmera surement pas, je lève mes yeux vers le plafond blanc, durant un instant. Quelques secondes, réfléchissant à comment lui faire cracher le morceau. Le menacer ? Depuis bien longtemps il ne prend plus au sérieux mes déblatérations. L'amocher encore plus ? Cruel, et très peu orthodoxe. Pousser encore plus la porte pour qu'elle s'ouvre ? Une possibilité plus probable que j'aimerais à exploiter, mais, c'est sans connaitre le caractère de Silas. Il ne dira rien, même pas un mot plus haut que l'autre, juste continuer de faire tourner ses mots à la bonne rigolade. Je suppose qu'il doit s'attendre à ce que je lui dise de dégager, en n'oubliant pas le rire qui va avec. Mais, rien ne peut s'imposer à moi comme une débilité, comme une chose à laquelle je devrais penser. Je n'arrive pas à m'y résigner, tout simplement parce que je crois qu'il me reste un minimum de coeur et d'âme pour m'inquiéter comme ceci. Comme une mère et son gosse, oui, c'est un peu ça au bout du compte. Quel voyou a posé la main sur lui, et j'en passe. Roulant machinalement des yeux suite à cette pensée, je repose mon attention sur le blessé de service. « Je te l’ai dit. Juste une petite baston qui a mal tournée pour moi. Tu n’as pas besoin de connaître le reste, tu ne me dois rien Ruben. » Voix que je qualifierais de bien plus sérieuse, et c'est toujours intéressant de l'entendre, même étonnant selon le cas. L'habitude de l'entendre rire sur tel ou tel sujet, quand il passe à des choses, des mots plus graves tout parait plus difficile à avaler, plus sombre. Je m'y attendais, je le savais. Certes une bagarre, quelque chose qui a mal tourné, mais pour quelle raison ? Silas parle, Silas gueule, j'en sais foutrement rien, mais déchire cette vérité, quelle serve. Je ne suis pas le meilleur en matière de conseils, mais ai au moins la classe de m'enlever cette peur qui me tiraille. « Pourquoi tu ne me vires pas ? Je t'ai volé mec, au cas où tu l'aurais oublié. » Et c'est seulement un soupir déçu, désespéré qui s'échappe de mes lèvres, je laisse tomber ma tête sur le dossier du canapé, fixant un point invisible sur le plafond. Je n'ose plus le regarder, plus affronter ce regard lancinant. Une bâtisse trop fragile qu'est notre relation, et pour tout dire, nous n'en avons pas vraiment une. Connaitre le caractère, c'est un fait, mais qu'en est-il du reste ? Je ne sais rien de lui, et lui, ne sait rien de moi. Il n'a jamais connu ma période que je considère comme dépression, ne sait pas pour cet accident de bagnole qui a failli me laisser mourir de froid, et je passe bien des étapes. Qu'une seule vie, qu'une seule histoire à raconter, et étrangement, je me doute que celle de Silas doit être plus compliquée à expliquer, à avaler d'un coup. Pourquoi s'y accrocher, pourquoi tendre le bâton pour se prendre un coup, pourquoi continuer à tirer sur cette corde qui ne tardera pas à me faire tomber dans le vide ? Ne serait-ce que pour un espoir dans l'âme de Silas, je continue à m'y attacher, pour peu, pour rien et à vrai dire, tout le monde pourrait me lancer que c'est stupide, crétin, qu'il continuera son chemin sans qu'il ai besoin de ma présence. Je n'explique plus grand chose, je ne fais que subir, voilà tout. Ah triste fatalité, s'en est presque déprimant. Durant un instant, le silence nous englobe et c'est seulement après avoir mûrement réfléchis à ma phrase, que je l'ouvre à nouveau, le regard rivé sur ce blanc plafond. « Tu t'attendais à quoi Silas ? Que j'te laisse filer à l'anglaise avec une gueule pareil, sans poser de questions ? C'est mal me connaitre. » S'intéresser à un bouquin ancien, aux pages rongées par le temps, vouloir se buter à rentrer dans un passé dégoulinant d'une substance fadasse, c'est risqué, c'est mauvais et je me doute bien que je vais en perdre la raison, ma pauvre tête finira par en tomber. Quelle pulsion m'anime ? Seul ce dieu étrange le sait, seul lui peut lire dans mon âme comme un bouquin ouvert et lancé sur un bureau. Je ne me connais que trop peu, je cherche seulement dans ce labyrinthe, dans l'esprit qui m'anime, dans ce feu interne que je n'arrive à éteindre et qui ne fait que grandir en sa présence. Me retournant pour avoir nouveau face à son visage, je suppose que je ne peux rien faire de plus. Les glaçons sont radicales, mais concernant le reste, je n'ose même pas le tirer ou ramener plus. Ses mains vont finir par arracher sa peau sur sa nuque, que peut-il penser ? Qu'est-ce qui peut bien se passer dans sa tête torturée ? « T'es pas ... T'es inquiétant, vraiment. On dirait que tu vas t'arracher le cou à la longue. Qu'est-ce que t'as ? » Je me plonge dans ses yeux, non sans une certaine appréhension. Après la bataille des mots, de celui qui achèvera l'autre le premier, il en est du regard. Celui qui baissera ses prunelles un instant. Perturbant, chiant au plus au point, et ils sont clairs, comme de l'eau. Tendant ma main dans le vide, ainsi le schéma se répète et se refait. Moi tendant la main, lui courant pour se tailler et se sauver de mon jugement dernier. Gagnant une fois sur deux, ce n'est pas si mal. Je finis par m'y résoudre, à demander ce que j'attends alors. La manière la plus simple de faire sortir le venin d'un serpent, reste de lui faire un magnifique chantage, choisir entre ceci ou cela, prendre, donner en somme. Mon argent compte plus dans l'histoire que je ne peux le penser, et je le sais. Intérieurement, il y a cette petite blessure naissante. « Tu veux que je te jette dehors ? Commence d'abord par me rendre ce que tu as volé, peut-être qu'après j'te ferais cet honneur. » Ah voilà, le fourbe, le vicelard, oh que c'est méchant même. Mais, à qui, à quoi se fier réellement ? A la capacité de Silas à vous balancer des vérités mauvaises à entendre ? Bien sûr, évidemment, dans un autre pays, dans un autre montre et même un autre système solaire. Silas reste Silas et on ne peut changer un animal buté de principes idiots, et je ne comprends même pas pourquoi il n'arrive pas à s'y résoudre. De quoi est-ce qu'il a peur ? Est-ce si grave que je ne le pense ? Je n'ose m'imaginer le pire, et pourtant, plus Silas tente de s'éloigner, plus je m'approche le coeur entaillé, la peur coincée dans mon estomac. Une vieille mécanique, qui ne fait que rouiller au fil du temps. Si j'ai conscience qu'il est question de fragilité, malheureusement Silas n'arrange rien et au contraire, lance de l'eau pour qu'un jour cette machine s'arrête.

_______________________________

J'avais toujours entendu dire qu'à l'instant de votre mort, votre vie entière se déroule devant vos yeux en une fraction de seconde. Tout d'abord cet instant dure beaucoup plus longtemps qu'une fraction de seconde, il s'étend jusqu'à l'infini comme un océan de temps.
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MessageSujet: Re: DON'T PUSH FIRE ▲ RUBENSILAS   Mar 22 Jan - 3:06



Pourquoi, chaque fois que je foire quelque chose, il est là ? Non mais, sérieusement ! J’ai la désagréable impression que c’est juste une manière indirecte de me rappeler qu’au fond, je ne suis qu’une merde, surtout dans ces moments-là. Il faut toujours que sa présence dans les pires situations m’enfonce un peu plus, ravale et renferme ma fierté et mon assurance d’où elles viennent, et me fasse douter de moi et de mes capacités. En réalité je dois admettre que j’ai un peu honte d’afficher cette sale gueule défoncée devant lui. Le sang et les bleus illustrent avec perversion ma dépendance. Ma faiblesse. Mon autodestruction. Il ne le sait pas bien sûr, il ne sait pas tout ça. A vrai dire nous ne savons rien l’un de l’autre. Pourtant je sais, je sens, que nous nous ressemblons plus qu’il n’y parait. Si lui c’est l’ours froid et bougon, et moi le renard beau parleur et con, nous n’en restons pas moins deux bêtes sauvages, animaux indomptables qui se complaisent à se chercher, se chasser. Une traque sans fin, sans vainqueur au bout du compte. Oui, Ruben ne sait rien de moi comme je ne sais rien de lui. Rien ne peut l’amener à penser le pourquoi du comment de cette bagarre, la raison de ce manque, le besoin de cette drogue. Pourtant j’ai juste envie de devenir invisible et m’éclipser comme une flèche, et demain, je ferai comme s’il ne s’était rien passé.

Je contracte mes abdominaux dans un grognement de douleur et passe un bras autour de ma taille en grimaçant. Je me demande comment j’ai pu arriver jusqu’ici en fait. Je devais sans doute être en transe, dans un état second, animé par le désir et le manque. Elle me fait faire des folies, elle arrive à me soulever quand tous mes membres m’ont abandonné. Je n’ai plus envie de jouer, plus envie de rire. J’ai terriblement mal et la souffrance du manque ne fait que s’accentuer à mesure que le temps passe. Si seulement j’avais la force de me lever, je pourrais partir et me rendre chez Peter, toquer à sa fenêtre et passer l’échange. Mais je ne ferai même pas cinq mètres avant que Ruben m’attrape et récupère son bien. Je suis piégé et je ne vois aucune issue. Je lui réponds ce qu’il veut entendre, et sèchement, ajoute que les détails ne le regarde pas. Je n’ai plus la patience pour peser mes mots et jongler avec, plus le charisme pour le laisser sans voix et exaspéré. Quoiqu’il a tout de même l’air blasé, malgré ma remarque ferme. Je le regarde avec sérieux, et pendant que nos pupilles se battent en duel je me pose enfin une question pertinente. Pourquoi il ne me vire pas comme il le fait d’habitude ? J’ai peut-être l’air de sortir d’un Fight Club, mais je ne reste que le vaurien qui vole son voisin. Ça le fait soupirer. Le regard rivé sur le plafond et la tête adossée au canapé il me lance nonchalamment :

« Tu t’attendais à quoi Silas ? Que j’te laisse filer à l’anglaise avec une gueule pareille, sans poser de questions ? C’est mal me connaître. »

Je réprime un frisson en entendant sa voix rauque prononcer mon prénom comme un sifflement grave et sérieux. Alors quoi ? On en serait là maintenant ? Sous prétexte que j’ai l’air explosé de l’extérieur, et pas moins de l’intérieur, on en viendrait à une trêve ? A quoi se résume cette relation au fond ? Je ne comprends pas, je ne comprends plus. Pourquoi vient-il s’inquiéter de mon cas, me filer maternellement des glaçons, alors que j’ai dans la poche son argent précieux. Jamais personne ne m’avait fait ce coup-là. En réalité, les gens ont plutôt tendance à me chasser d’un coup de pied, gueule défoncée ou pas. C’est d’ailleurs ce qu’il a fait la première fois. Je m’en souviens comme si c’était hier. Je pourrais même dire que cette chaussette n’était pas là, et que le sofa n’était pas placé à cet endroit. Je venais à peine d’arriver, et j’avais besoin de me mettre quelque chose sous la dent. Il fallait que je chipe, que je fouille et dérobe. J’avais d’abord fait un appartement du premier étage, deux du troisième, sans ennuis, sans soucis. Puis était venu le tour de l’appartement de Ruben. Sauf que, je ne m’étais pas attendu à me faire avoir. L’arroseur arrosé comme on dit. Je crois que j’étais trop confiant sur ce coup-là, et lui, aussi noir que les ténèbres qui m’entourait, je ne l’avais pas vu ni entendu arriver. Et lorsque ce fut le cas, il était trop tard, et j’étais plaqué contre le mur, brutalement compressé, emprisonné de sa carrure monstrueuse. Ça a toujours été comme ça entre nous, peu de mots, plus de bras, juste un jeu taquin qui n’amuse que moi. Alors, comment dois-je réagir à présent ? S’il n’est plus question de jeu entre nous, je suis perdu, aveugle et j’avance à reculons dans un couloir sinueux et sombre. Je n’ai pas de notice, aucune phrase toute faite, aucun sourire luisant. De nouveau il me regarde, et je ne sais pas où je dois virer mon regard. Je crois que jusqu’à aujourd’hui, je n’avais jamais autant perdu mes moyens. Je lève le menton et regarde le plafond comme un con, sans cesser de gratter frénétiquement ma nuque.

« T’es pas… T’es inquiétant, vraiment. On dirait que tu vas t’arracher le cou à la longue. Qu’est-ce que t’as ? »

Encore une question, toujours des questions. Pendant un instant je songe que je n’aurais pas dû venir chez lui, mais d’un autre côté, le choix s’était imposé à moi, sans pitié. C’est elle qui m’y avait guidé. Je soupire en baissant la tête, puis mon regard vers lui, et je libère enfin lentement ma nuque en ramenant ma main près de l’autre, entourant ma taille.

« Tu vois… je te connais assez pour dire que tu poses trop de questions... » Un sourire se dessine timidement aux coins de mes lèvres. Je sais immédiatement quoi répondre. J’écarte les bras et hausse les épaules en affichant désormais un sourire colgate qui se veut des plus innocents. « … mais si tu veux tout savoir, on attrape des puces quand on traîne souvent à la clinique vétérinaire. Que veux-tu, je fais un métier à risques ! » Mon sourire s’élargit encore plus jusqu’à faire ressortir mes pommettes et des fossettes aux coins de mes yeux. Je pointe en même temps d’un doigt mon œil au beurre noir pour tenter d’apaiser l’atmosphère, et de le faire oublier pour un moment le sérieux de la situation. Je suis déstabilisé quand je ne fais pas semblant, fragilisé quand il lit en moi.

« Tu veux que je te jette dehors ? Commence d'abord par me rendre ce que tu as volé, peut-être qu'après j'te ferais cet honneur. »

Boum. Effet d’une bombe. Soudain je sais où je suis, je sais où je vais, et je ne veux pas le laisser gagner. Il passe du blanc au noir, du chaud au froid, et moi, j’écarquille les yeux de stupeur, voire plus de peur. Mon cœur bat la chamade, sans trop reconnaître s’il ne s’agit que de l’argent mis en cause ou d’autre chose, peut-être son changement brutal d’attitude, d’attention. Je ne saurais trop dire si, finalement, je ne me plaisais pas un peu de savoir qu’il s’inquiétait pour moi. Ce serait bien le premier depuis des années. Mon sourire a disparu, j’ai le teint livide et je sens mon sang bourdonner à mes oreilles. Je n’aurai pas la force d’aller voler chez quelqu’un d’autre ce soir, déjà que j’aurai du mal à me rendre chez Peter pour prendre ma came, alors, bien que cette pensée me dégoûte, je n’ai plus d’autre choix que de le supplier. Effaré, j’attrape brusquement son avant-bras que j’enroule de ma poigne et tire vers moi. Son visage à quelques centimètres du mien, je suffoque presque :

« Non ! Ruben… j’ai… j’ai besoin de cet argent. »

Je serre son bras aussi fort que je le peux. Toute lueur de gaieté a disparue de mes yeux. Il n’est plus question de jeu. J’ai besoin de ma dose et je n’abandonnerai pas. Je me mords la lèvre, les yeux encore surpris et ronds. J’ai l’air d’un malade mental sorti de l’asile. Je risque de me prendre un poing et de bleuter mon deuxième œil mais je m’en fous, tout ce qui importe pour l’instant c’est que j’obtienne ce qui fait ma misère et mon manque. Je ne peux pas foirer deux fois dans la même soirée. Il me faut cet argent et je l’aurai. Je desserre mon étreinte et recule légèrement mon visage, reprenant un timbre de voix moins tremblant, sans pour autant perdre mon air apeuré, et sentant toujours son souffle contre mon nez. « S’il y avait quelque chose que tu désirais plus que tout au monde, qu’il te fallait même pour survivre, et que la seule manière de l’obtenir ne tenait qu’à ça, qu’à quelques dollars… tu serais prêt à tout, n’est-ce pas ?! »
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MessageSujet: Re: DON'T PUSH FIRE ▲ RUBENSILAS   Mer 23 Jan - 20:56


Pour résumer cette situation, je dirais que le mot bordel conviendrait bien, même si ce n'est dire énormément. Souffle de vie, souffle de mort, quand on passe sur un muret tremblant, on hésite à avancer, à continuer et pourtant, il faut croire que Silas a continué, en courant, en hurlant, sans se ménager de ce qu'il pouvait y avoir en dessous. Des serpents, des bêtes monstrueuses, un néant que moi même j'ai pu connaitre. Une certaine désolation qui en fait pleurer les autres. Bien des fois, ma mère hurlait pour comprendre ce qui avait bien pu se passer, pourquoi des bleus étaient sur mon visage, pourquoi mes vêtements étaient troués. J'aurais brisé son pauvre coeur en disant qu'il n'en était que de la crétinerie et la débilité humaine, la méchanceté que tout le monde aime à côtoyer. On en vient à devenir comme eux, une bête lancée dans une arène sans rien pour réellement se protéger si ce n'est ses crocs. Se battre, voilà tout. Pour quelle raison, et à quoi s'accrocher ? Durant un temps, je me posais la question. Peut-être plus petit pour les yeux clairs de ma mère dont je n'ai pas hérité, plus tard surement pour Grim que je ne pensais jamais connaitre. A ces jours ? Pour une vie que je considère comme presque utile à tout à chacun, même si parfois, ses épines viennent à nous griffer, à s'enfoncer dans notre peau pour mieux nous empoisonner. Un arbre qui vient à pousser pour laisser les pommes s’engouffrer toujours un peu plus. Qui est Blanche-Neige et qui jouera le rôle de la pomme ? Personne ne saurait le dire vraiment,si ce n'est cette vie un peu lugubre avec ses bons côtés. Sans flamme, pas d'espérance, c'est ainsi. J'en viens à désespérer pour son cas, on s'enfonce dans une vase dont seul un des deux pourra s'en sortir. Contre toute attente, je me doute que je ne finirais pas gagnant de cette bataille qui s'avère ô combien difficile, raturée. Sur cette scène théâtrale, je n'y vois qu'un gros brouillon, une inconscience des deux comédiens. Si seulement il en était ainsi, une simple bêtise, que tout à coup il arrive ce maquillage pour montrer son véritable visage, sa véritable personne. Une bêtise, une surprise, des caméras cachées. J'ai beau regarder autant que je peux, je n'y vois personne, même pas un quelconque indice. Ni blague, ni rigolade, et Silas aura beau se buter à créer les raisons les plus abracadabrantes, je continuerais de m'y accrocher. Pourquoi lui, pourquoi se faire du mal ainsi ? Je suppose que tout comme Grim, je le porte un tant soit peu dans mon coeur, juste ce qu'il faut pour que je me bute à vouloir connaitre les raisons de tant de violence. Juste ceci, non pas plus, non pas ... Déglutissant presque difficilement à cette pensée, mon coeur rate un bond et je secoue ma tête pour y oublier, ne pas laisser cette part de doute ronger mes os et n'en faire que de la poussière. Dans mes mains peu d'armes pour le combattre, peu d'objets et d'arguments pour m'y résigner, pour lui faire cracher le morceau. Je ne suis pas tombé bas au point d'en utiliser les poings, la première fois certes, mais à ces jours, lui faire du mal me ferait presque la même douleur. L'humanité en bave et je souffre avec elle, hein ? Si elle ne se résumait qu'à Silas, je serais surement six pieds sous terre à l'heure qu'il est, et surement bien amoché. Cette pensée me ferait presque rire, mais je le garde pour moi, ce serait lui tendre une perche, lui ouvrir une porte vers quelque chose d'autre que je ne désire pas qu'il puisse toucher. Du moins pas ce soir, pas maintenant. Je dois garder ce sérieux qui fait penser de moi que je ne suis qu'une statue sans âme, juste bon à regarder et apprécier la compagnie des autres - ou pas selon le cas. La carte de la dureté, cette chose que j'avoue adorer à jouer. Un naturel flagrant, peut-être trop. Il est difficile de me voir sourire quand on ne voit qu'un mauvais bougre répondant presque sèchement à chaque mot prononcé. Ah quelle réputation, quelle mauvaise manière de voir les choses. Que peut faire alors un bon vivant avec moi ? Les contraires s'attirent à ce que racontent les livres. Si nous sommes deux inversés, je dirais même que nous sommes des cas extrêmes. On s'y complète comme on s'y explose. « Tu vois… je te connais assez pour dire que tu poses trop de questions… mais si tu veux tout savoir, on attrape des puces quand on traîne souvent à la clinique vétérinaire. Que veux-tu, je fais un métier à risques ! » Après l'attaque d'une grand-mère, voilà que les animaux sont remis en cause. Un métier un risque, des morsures oui, des griffures, mais des bleus d'une telle envergure ? Je ne serais qu'un idiot, peut-être que j'y aurais cru, aveuglément, bêtement. Me prendre pour le dernier des crétins, surement son occupation la plus flagrante à mon égard. Alors je ne puis qu'attendre, cette main tendue dans les airs qu'il me rende ce qu'il a pu prendre. De l'argent, certes, mais combien ? Je peux le laisser filer, oui, mais tant qu'il ne m'aura pas prononcé ce que je veux attendre, son verdict, il n'aura en aucun cas droit à ce qu'il a dans sa poche. Je reprendrais de force s'il le faut, je l'attacherais si cela en est obligatoire, cas extrême et il ne pourra se défiler. Du harcèlement, de la pure folie oui. Mais, c'est l'intérieur de mon corps, complètement serré en le voyant assis qui me pousse à penser à de telles conneries. Je pince ma lèvre inférieure, continuant de le regarder, presque inlassablement. Attendre, encore et toujours, avoir ce qu'on le veut. Et moi ? Je veux la vérité. Quelque chose de moral, quelque chose que Silas ne m'offrira pas comme un cadeau sous le sapin, loin de là. Certains s'attachent aux objets, j'ai préférence à me lancer tête baissée dans les principes. Durant un instant, je crois qu'il va encore déblatérer quelque chose d'absurde, pour ne pas changer des bonnes habitudes. Mais, mes yeux écarquillés me prouvent le contraire. Mon bras se trouve alors presque arraché de mon corps, une force assez conséquente et qui vient de lui. Tiré en avant comme un malpropre, deux visages, une seule bataille à gagner, mais non pas la guerre. Durant un instant, mon souffle se coupe. Comme si au départ la peur à son égard, venait de disparaitre, devenant presque une peur pour ma pauvre peau. Il n'est plus le même. Durant quelques secondes, je vois quelqu'un de perdu, pire qu'un enfant à la recherche de sa mère, pire que tout au monde. Silas n'est plus le même, Silas m'inquiète, me fait peur et m'arrache des pensées obscures. Je n'ose à bouger, je n'ose même à ciller. Certes, il me tient le poignet, mais j'ai cette impression que si je le touche, il va s'écrouler. En sucre, en verre, en une matière plus fragile que n'importe quelle autre. Sourcils froncés, ma main se crispe.
Ne plus bouger, ne plus respirer.
Silence.
Plus aucun bonheur, plus de gaieté à regarder, même en fouillant je ne trouverais aucune lumière. Même si ses yeux ont la même couleur que l'eau, à l'intérieur je n'y vois plus grand chose. Une sensation lourde, désagréable, qui indirectement me fait baisser les yeux durant quelques secondes. Dur à affronter, dur à avaler. Faible, hein ? Qu'est-ce qu'il va faire maintenant ? Me mettre à terre pour pouvoir se la filer en douce ? Je ne le sais. Je n'arrive à voir, je peux regarder, mais non pas lire. Maintenant les rôles viennent presque à s'inverse, je suis celui qui vient de se faire attraper et Silas devient le moralisateur sans scrupule. Je m'attends à tout, presque oui à finir sans scrupule dégagé quelque part. Apeuré ? Ne pas lui montrer, en aucun cas. Contre qui gueulera, il faudra l'ouvrir plus forte et il doit en être ainsi avec Silas - il en a toujours été ainsi après tout. A nouveau, une bouclette brune me gâchant un peu la vue, j'en viens à l'affronter. Ses lèvres s'ouvrent pour laisser des mots éclater contre mes tympans. « Non ! Ruben… j’ai… j’ai besoin de cet argent. » Sérieusement ? Je veux dire, vraiment ? Est-il si désespéré qu'il en vient à me supplier ? Et ce n'est qu'à ce moment précis que je me rends compte que, Silas n'est pas pareil, Silas est dévoré. Par qui, par quoi je ne pourrais le dire, mais au point de se laisser aller comme ceci ? Inquiétant, pire que je ne le pensais et inconsciemment, ça me fait un mal de chien. Difficile de voir l'habitude se briser pour ne donner qu'en fin de compte quelque chose de noir, de vaseux et malodorant. Le changement est impossible à prévoir, à connaitre, à apprécier. Je suis ce souffle de vie, et en cet instant même, je vois son souffle de mort. Fatigué, au bout d'un rouleau long. Incompréhension, peur, rage. Tout ce qui ne devrait exister réellement, un condensé de sentiments que moi et Silas partageons, à notre plus grand bonheur, ou malheur selon la journée. Ce soir, je n'y vois qu'un miroir cassé pour neuf ans de malchance. Son étreinte se desserre alors autour de mon poignet, il ne me lâche pas pour autant. J'en viens à redouter la suite, si jamais j'ose à dire non qu'il ... Je n'en sais foutrement rien. J'imagine le meilleur comme le pire, deux possibilités, deux chemins, un seul à choisir. Lequel ? Lui donner raison et n'en plus dormir ? Ou continuer à chercher dans cette route sinueuse ? Moi qui suis buté, moi qui suis impossible à déstabiliser, il faut croire que Silas a changé bien des choses dans ma vie. Me faisant connaitre la désagréable sensation du doute. « S’il y avait quelque chose que tu désirais plus que tout au monde, qu’il te fallait même pour survivre, et que la seule manière de l’obtenir ne tenait qu’à ça, qu’à quelques dollars… tu serais prêt à tout, n’est-ce pas ?! » Une question piège, c'est qu'il arrive en plus à trouver de belles choses à dire. Vicieux, maître de lui-même et de sa langue surtout. Il devait être surement un chat dans une autre vie, prêt à tout pour avoir ce qu'il veut, faisant les yeux doux comme sortant les griffes lorsque rien ne va plus. Dans les yeux d'un tel animal, je n'y vois que fourberie. Comme dans les siens, à quelques différences de la bête. Je ne bouge pas plus, je reste de marbre, comme pris au piège entre ses mains. Mon coeur craque, mon coeur claque, et je réfléchis. Trop, laissant durant plusieurs secondes, un silence presque gênant et je lui fais même croire qu'il a gagné la bataille, un faux espoir. Secouant seulement négativement ma tête, à nouveau deux regards qui se croisent. L'un hurle à la détresse, l'autre gueule à la vérité. Une claque, un poing, deux mondes qui viennent à batailler, deux manières de voir les choses. A la fin, il n'en restera que trop peu de choses, si ce n'est un tas de rien. Haussant brièvement mes épaules, seul un murmure vient à transpercer la barrière de mes lèvres. « Peut-être, oui. Mais, si elle me rendrait comme toi, non. Je m'en débarrasserais. Vu ta tête, elle parait plus traître qu'autre chose, ça t'bouffe. J'me plante, Silas ? » Bon dieu répond, dis moi que j'ai raison, accepte mon aide, même si je ne sais quel mal peut venir à te ronger. Une personne ? Un objet ? J'en garde un calme olympien qui me fait presque peur, j'en désespère, presque totalement à sec. Que dire de plus ? Autant parler à un mur, autant parler à un sourd. Buté, un gamin voulant absolument son jouet, sans quoi il hurlera jusqu'à la mort, jusqu'à ce qu'il ai ce qu'il veut entre les mains. J'ai l'impression de jouer le rôle du parent, de celui qui remet en cause, qui a honte aussi et qui ne doit pas se laisser avoir par quelques larmes. Si ça se trouve, tout est faux et ce n'est qu'une mise en scène pour m'avoir, à nouveau. Maître aussi dans l'art du mensonge, je ne sais réellement à qui me fier. Alors tant pis, je m'y perds, j'y croirais presque aveuglément, parce que ce soir j'ai droit à cette graine de doute qu'il a planté sans le savoir il y a déjà une année. Mauvais, foutrement mauvais. « Et c'est bien pire si elle en vient à foutre ma vie en l'air. Je n'en ai qu'une, tout comme toi. Est-ce que tu t'rends seulement compte que tu mets ta peau en danger, pour ce truc ? Tu serais prêt à mourir pour ça ? » Pour quoi ? Je parle dans le vide, sans savoir, sans connaitre, sans savoir dans quoi je m'engage. Je me prendrais peut-être ses foudres, peut-être une voix haute pour me gueuler dessus, que de toute manière je ne saurais jamais rien. Sans savoir, on ne peut discuter ce qu'il ne faut pas aborder. Je ne veux plus le voir dans un tel état, avec une telle dégaine et un visage bien blessé. Je ne comprends pas, je ne sais pas dans quoi je me jette. Dans la gueule d'un loup, surement. Un simple soupir et mes yeux fixent tout à coup un point invisible au sol. « Je pose trop de questions ? Excuse-moi d'avoir un minimum d'âme, de conscience. » Voix au plus posée, je crois que même sa propre fatigue a réussie à me gagner. Il serait contre nature de le laisser disparaitre. Et pour tout dire, je me demande comment il aurait pu réagir si j'avais été dans sa peau ? Qui le saurait vraiment. Je ne suis pas né avec cette tignasse presque rousse, avec ces yeux clairs et ce caractère à vous tuer petit à petit. On se complait dans la différence mais pas dans l'indifférence. Tout comme cette chose que Silas veut absolument, je ne supporte guère l'indifférence, je me préoccupe peut-être plus qu'il ne faudrait de son cas. Mais, pour le moment, je dois bien avouer ne pas penser au reste du monde. Une seule attention, coincée sur un visage surement trop côtoyé, trop apprécié. On baisse sa garde, sans trop en connaitre les raisons. Souffle de vie, souffle de mort, mélangez les deux pour ne donner qu'une complète destruction.

_______________________________

J'avais toujours entendu dire qu'à l'instant de votre mort, votre vie entière se déroule devant vos yeux en une fraction de seconde. Tout d'abord cet instant dure beaucoup plus longtemps qu'une fraction de seconde, il s'étend jusqu'à l'infini comme un océan de temps.
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MessageSujet: Re: DON'T PUSH FIRE ▲ RUBENSILAS   Ven 25 Jan - 23:38



Prêt à tout, oui, mais pour quoi ? Pour elle ? Elle, qui me tue à petit feu, rien qu’en l’imaginant couler dans mon sang. Elle, qui me ronge les os, me dévore l’âme et lèche ce qu’il en reste, comme une ombre noire se nourrissant d’un cadavre gisant. Je ne suis pas un esclave, un implorent. Et pourtant je suis là, face à Ruben, la première personne face à laquelle j’aimerais mieux paraitre fort, et je le supplie presque à genoux de me donner le passeport vers elle, l’illusion, l’adrénaline, la mort qui me fait vivre sur l’instant. Je lève un drapeau blanc entre nous, marque la pause de notre guerre pour soigner les blessés. Je range mes conneries, mes sourires et mes traquenards. Il n’y a plus le temps pour le jeu, ne reste que la force pour l’enjeu. Qui gagnera ? Elle, lui, ou moi ? Peu importe les sacrifices qu’il faudra faire, je n’abandonnerai pas. Je ne l’ai jamais fait. Je n’ai pas regardé en arrière quand j’ai abandonné mes frères et sœurs, je n’ai jamais laissé personne m’abattre sans me battre. Et je me battrai toujours, quoi qu’il m’en coûte, pour obtenir ce dont j’ai besoin et ce que je désire. Mais alors que nos regards s’affrontent en duel, que ses yeux sombres percent ma carapace, je doute. Je doute d’être prêt à tout pour elle, et même pour moi.

Je n’oublierai jamais la première fois que je l’ai rencontrée. A l’orphelinat, nous nous faisions frapper si nous volions la nourriture. Mais nous étions encore moins nourris que lorsque nous avions une mère et une ferme. Je ne supportais pas de rester sans rien faire, regarder mes frères et sœurs s’amaigrir et pleurer, eux à qui j’avais volé la mère. Alors je volais dans les réserves pour eux et tous ces enfants qui n’avaient rien. Je pêchais pour leurs vies, ramais pour leur survie. Il n’y avait aucun regret, aucune honte. Je prenais et prenais encore pour eux, portant leur culpabilité sur mes épaules et la noyant dans le sang que ces salauds faisaient couler sur ma peau. Tant que j’étais là, j’avais décidé de les protéger au prix de mon honneur, au risque de la douleur. Mais, un jour, ils s’en sont pris à une de mes sœurs. J’ai vu une main massive se lever lentement dans les airs et la cogner brutalement. Sa joue d’habitude si blanche rougit alors en un éclair pour devenir violette et son petit corps frêle fut propulsé contre un mur. Je devais bien faire deux têtes de moins que ce bâtard, mais j’ai pris un couteau sur la table et j’ai foncé. Je me suis élancé et j’ai sauté sur son dos, les jambes bien plaquées contre son corps. Je n’avais jamais été violent, jamais. J’ai pourtant placé la lame contre son cou et j’ai murmuré à son oreille que je n’hésiterais pas une seule seconde. Moi je n’avais rien à perdre, mais lui avait tellement. Il a capitulé comme un lâche et s’est vengé. J’ai été enfermé à l’étage le plus haut de l’orphelinat, la chambre des punis, de ceux dont on se débarrassait et dont les enfants plus bas avaient des échos, et dont moi-même en avait eu mauvais vent. Pourtant, c’est grâce à eux, dans cette chambre, que j’ai tenu plus longtemps. Ces enfants-là étaient plus âgés, et ils savaient comment se la procurer. Ils me l’ont présentée, m’y ont fait goûter, et depuis ce jour je ne m’en suis jamais séparé. C’est, je dois dire, la relation la plus stable que j’ai connue jusqu’ici. Non vraiment, sans rire ! Elle, elle ne m’a jamais déçu. Elle m’a donné du souffle afin que je respire comme jamais je n’avais respiré. Elle m’a donné plus d’amour que je n’avais pu en recevoir de ma défunte mère. Je me sentais invincible, revivant. Tout me paraissait plus beau quand elle embrassait mon sang, quand elle embrasait mon cœur. Elle me donnait l’illusion d’être fort, vivant. J’étais prêt à tout pour elle.

Si j’étais un homme honnête, c’est ce que je raconterais à Ruben. Mais je ne suis pas né comme ça et je ne me suis pas créé ainsi. Au fil des ans j’ai cousu autour de moi des tissus de mensonges. J’aurais pu me confier, demander de l’aide, dire la vérité. J’aurais pu. Mais qui aimerait quelqu’un qui n’a pas su sauver sa mère, a abandonné ses frères, se drogue parfois, ne peut pas s’empêcher de voler, a fait de la taule et s’est fait virer de l’armée pour avoir baisé la fille du lieutenant ? Je connais déjà la réponse. C’est donc une partie de moi et de ma vie que je préfère garder dans l’ombre, derrière ma solide toile de mensonges. La seule manière que j’ai de m’en sortir et d’avoir ce que je désire est de mentir, ou de ne rien dire. Que savent les femmes de moi ? Si ce n’est que je les comble bien, je crois. Je n’ai jamais eu envie de parler de moi à personne. Ça ne va pas commencer aujourd’hui, avec lui. Je me suffis, je n’ai besoin de personne. Ce ne sont pas les yeux ténébreux de Ruben -qui lui donnent ce drôle de regard larmoyant et déstabilisant- qui briseront cette toile. Mais au fond, il se fout bien de savoir pourquoi j’ai cette tête, je pense. Il veut juste récupérer son argent et paraître civilisé avant de me foutre à la porte. Pour lui je suis juste ce fripon qui pénètre plusieurs nuits par mois dans son appartement et se sert à son aise de ce qui ne lui appartient pas. Et c’est ce que je suis. Mais c’est con, j’espérais peut-être un peu qu’il me voit autrement.

La glace commence à fondre et le torchon rafraichit et humidifie mes doigts. Je ne le lâche pas mais il n’est plus contre mon œil. J’implore du regard Ruben, en me foutant partiellement de ce dont j’ai l’air, et tiens toujours son bras, comme si c’était la dernière chose qui me raccrochait à elle. Après cela, il ne me verra plus pareil, pourtant je continuerai d’être le même et nierai cette soirée de pitié. Il faudrait juste… une dose, juste une.

« Peut-être, oui. Mais, si elle me rendrait comme toi, non. Je m'en débarrasserais. Vu ta tête, elle parait plus traître qu'autre chose, ça t'bouffe. J'me plante, Silas ? » Mes doigts relâchent leur étreinte et je laisse enfin son bras pour me reculer lentement, inquiet. Il a raison, bon dieu il a raison. Il sait sans savoir de quoi il parle. Mon cœur bat de plus en plus fort. Je suis terrorisé à l’idée d’être découvert. Peur de son regard, de celui des autres auxquels il le répètera. Angoisse. Manque. Mal. Mon corps est tétanisé et je ne peux que le regarder sans rien dire, muet. Ruben n’est pas un idiot, il ne gobe pas mes mensonges comme la plupart des gens. Avec lui, « ma mama elle est malade et mon papa il dévalise les poubelles » ça ne marche pas. Et puis, j’ai déjà joué une carte, celle de la petite mère-grand en détresse. Je n’ai plus rien en poche, sinon je passerais encore plus pour un imbécile et il me grillera d’autant plus rapidement. Il comprend que quelque chose de plus néfaste se cache derrière tout ça. « Et c'est bien pire si elle en vient à foutre ma vie en l'air. Je n'en ai qu'une, tout comme toi. Est-ce que tu t'rends seulement compte que tu mets ta peau en danger, pour ce truc ? Tu serais prêt à mourir pour ça ? » Pourquoi ? Pourquoi toutes ces questions ? Pourquoi tout d’un coup il fait mine de s’intéresser à moi alors que ça fait un an que je me prends ses coups de pieds ou ses bras ? Je ne sais pas quoi lui répondre, personne n’était jamais allé aussi loin, et je ne veux pas me tromper. Dire la vérité, un mensonge ? Montrer mes faiblesses, prétendre être fort ? Je ne m’étais même jamais posé la question. Est-ce que je serais prêt à mourir pour elle ? Non. Non je ne crois pas. La mort reste ma limite, mais j’aime à croire que j’ai neuf vies. Et ce n’est pas comme si j’avais cherché tout ça. Enfin, si, un peu. Mais je ne m’attendais pas à ce qu’ils soient plusieurs ce soir, en réalité. Si j’avais pu éviter la confrontation, je l’aurais fait. Mais comment pourrais-je convaincre Ruben de me laisser son argent si je lui avouais ma lâcheté. Pourquoi lui dire la vérité sur ma dépendance alors que je sais pertinemment qu’il en reprendra son argent et me verra différemment. Je reste planté là, sans savoir quoi lui répondre. Alors je m’allume une cigarette pour gagner du temps et laisse un blanc s’installer. Quand je ramène mes yeux vers lui, il fixe le sol. « Je pose trop de questions ? Excuse-moi d'avoir un minimum d'âme, de conscience. »

Je me suis trompé sur Ruben, et je me rends compte que j’apprends seulement à le connaître. Je me plains, je sors les crocs et les griffes, et pourtant, pourtant je dois dire que ce n’est pas désagréable d’être, pour une fois, sujet à des questionnements, voire des inquiétudes. J’ai dû l’émouvoir, quelque part, je ne sais pas. Ou alors, il est prêt à tout pour récupérer son argent et me berne. Pour une fois, ce serait moi le piégé. Mais je ne peux pas croire qu’il n’est pas sincère. C’est impossible. Pas quand je regarde ces yeux et cette moue. Fatigué, blasé, lui non plus n’a plus envie de jouer. Sa voix posée me calme et je sens mon cœur reprendre un rythme plus serein. Il n’y a plus que mon sang qui tambourine à mes oreilles et mes blessures qui s’acharnent à me faire souffrir. La cigarette calée entre mes doigts, je la ramène à mes lèvres et inspire une longue bouffée avant de l’ouvrir pour parler. « Excuses acceptées. » Je pouffe naturellement et affiche de nouveau un grand sourire, espérant en voir un prendre forme sur les traits de Ruben. Je me sens plus léger tout à coup, et je pense que ça vient de lui, de cette aura qu’il dégage et dont il est le seul à connaître la recette. « T’es un brave gars Ruben, ça m’étonne que t’ai pas de copine. C’est peut-être à cause de ta longue crinière, ou bien c’est ta froideur qui les effraie. J’espère que c’est pas à cause de moi qui leur ai dit que tu savais grogner… » De nouveau je souris de toutes mes dents et le fixe d’un œil malicieux. Je ne peux pas m’empêcher. Il faut que je le fasse chier. Dès que les choses commencent à devenir sérieuses, je perds mes moyens. Et les choses n’étaient jamais devenues sérieuses avant qu’ils se pointent, lui et ses longs cheveux noirs. J’ai même l’impression, en y réfléchissant, que le manque est de moins en moins présent, comme si je n’étais plus là parce que ma vie en dépendait, mais parce que je le voulais. Je veux cet argent comme je veux cette dose, mais pourtant, je veux que cet instant dure dans le temps, juste parce que Ruben panse certaines blessures sans même chercher à le faire. C’est, je crois, la première fois que quelqu’un lit en moi et s’intéresse à mon cas. Dans un sens, ça me plait.

« Je suis incapable de bouger. J’espère que ça te dérange pas si je pionce sur ton canapé ?! Cool merci ! » Je n’attends évidemment pas sa réponse et lui tend un des billets que je lui ai volé. « Tiens, pour le dédommagement. » Sans perdre mon sourire d’idiot je me cale confortablement sur le canapé et cale ma tête de manière à faire face au dossier, et être dos à Ruben. Je prédis d’avance qu’il va soupirer, totalement blasé, et j’en mettrais même ma main à couper. Par contre je serais incapable de dire s’il va me laisser là ou me tirer par les pieds. J’espère juste qu’il ne choisira pas la deuxième option. J’ai déjà assez mal comme ça alors si je m’étale du canapé, je suis complètement foutu pour ce soir et il devra me porter jusqu’à chez moi. Ou alors je dormirais dans le couloir, ce ne serait pas la première fois. Je ne l’ai pas entendu se lever mais la lumière s’est éteinte. Je ferme les yeux et laisse quelques secondes de silence avant de balancer : « Pour quoi tu serais prêt à mourir, toi ? »
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MessageSujet: Re: DON'T PUSH FIRE ▲ RUBENSILAS   Sam 26 Jan - 12:14


Alors quoi ? On va s'en arrêter là à ne même plus se regarder dans le blanc des yeux ? Être coincé dans le temps, comme des statues ? Figés ? Peut-être qu'il en vaut mieux ainsi, comme lui, comme pour moi. D'une certaine manière, arrêter les choses comme ceci peut arrêter le saignement interne, celui qui ne veut plus s'en finir. Peut-être pas non plus le genre de plaie que personne ne peut à fermer, mais plutôt une petite, impossible à voir mais qui fait un mal assez mirobolant. J'en suis là, à fixer ce sol en m'enfermant dans une bulle de silence. Je ne peux prédire la suite, à mon plus grand malheur. S'il dira quelque chose, s'il finira par s'énerver ou si ... Si quoi ? Avancer, c'est ce qu'une petite voix me murmure. Mais, plus les secondes passent, et plus je me sens tiré en arrière comme un animal. D'avant en arrière, d'arrière en avant, on se retrouve au même point mais d'une façon différente. Toujours vers Silas, encore vers lui. Surement un coup du destin, ou même si je n'y crois pas énormément les choses doivent se faire de cette manière. Si les choses sont écrites, j'aimerais à avoir ce livre entre les mains. Pouvoir y lire mon passé, mon présent, comme y déchiffrer ce futur incertain. Comment vais-je mourir, comment vais-je passer les dernières minutes de ma vie ? Agonie ou bonheur, un choix s'impose mais ne peut se faire prendre. On ne peut y avoir le choix, seule la suite en décidera. J'ai tendance à m'idéaliser en pensant que la mienne sera rapide, que ce ne sera pas comme ce jour précisément. Où il s'est vidé, où il a fini par me lâcher entre les doigts, à cause du froid. La neige se veut tordue, vicieuse, et à y rester trop longtemps plus rien ne coule dans votre corps. La mécanique de votre coeur s'arrête, les aiguilles se stoppent sur un temps, une heure, une minute et une seconde. Trois aiguilles, trois temps à bien ménager pour qu'aucune d'entre elle n'explose et n'implose. J'aimerais à avoir cet ouvrage entre les doigts, pouvoir prédire ce qui peut m'attendre dans les jours à venir. Mais, peut-être qu'à trop savoir on fini par ne plus vivre. Et il en est surement ainsi des moments du vécu, les choses simples peuvent avoir leur importance, les moments difficiles peuvent avoir leur impact. Sur ce coup, il n'est plus question d'insulter, de donner des coups, de courir après comme deux gamins qui se lancent au jeu du loup. Là, pour la première fois, j'ai affaire à un adulte, et inversement. Pourquoi un tel changement ? Je pourrais effectivement continuer à jouer la sourde oreille, à juste en vouloir après mes billets et fermer les yeux sur ce qui est éprouvant à regarder. Mais, ce serait me dénaturaliser complètement. Je pourrais oui, mais je ne le veux. Je ne suis pas encore tombé au stade de ceux qui se voilent la face, qui préfèrent continuer à jeter de l'alcool sur une blessure. Je veux oui, mais je veux quoi ? Je n'en sais rien. Un peu de vérité, un peu de retour à une vie que j'avoue, j'appréciais. Mais, il faut croire que cet oeil bleuté, cette lèvre fendue aura complètement changé la donne. Même sans le vouloir, sans le savoir, il aura changé mon regard sur son cas, du moins plus que d'habitude. Même pas de la pitié, surement loin de là, mais une appréhension, un pincement qui me fait l'effet d'un courant électrique parcourant ma peau. Regarder en bas, toujours regarder ce sol en bois, entendre ces légers craquements mais ne plus s'y plonger, ne plus s'attarder sur une ouverture vers l'âme. On place ses espoirs dans quelqu'un pour ne jamais les voir s'effondrer. Peur d'être déçu ? Oh oui, surtout venant de lui. L'erreur est humaine, et se planter reste une belle gifle à se prendre. Je n'ai jamais eu l'habitude, pas pris le temps de sérieusement prendre les choses en compte. Après tout, des années auparavant qui se souciait réellement de mes pensées ? Sur qui pouvais-je poser mes yeux sans avoir un retour mais cinglant ? Animal jeté de côté, dans une cage bien loin d'être dorée. Envie de liberté, envie de grogner, mais c'est impossible quand on se retrouve seul face au monde. On a beau gueuler, hurler de toute ses forces, personne ne vous entendra. On en vient à se lancer dans un imaginaire, d'essayer de découvrir des sensations inconnues qui se ternissent au fil du temps. Grim pour commencer a été mon centre d’intérêt, ce sourire un peu large, ce coeur claquant contre ma poitrine, ce souffle de liberté. Silas est quoi exactement ? Un peu d'adrénaline, un peu de doute, un mélange de tout et de rien à la fois. Si je centre ma caméra sur ce meilleur ami que j'explique, Silas lui ne reste qu'un gros point d'interrogation. Qui est-il réellement pour moi ? Un ami, un amusement général, un jeu quasi malsain ? Bien des possibilités et je ne sais laquelle choisir. Qui vivra verra parait-il, et si je continue sur cette lancée je finirais par découvrir le pourquoi, le qui, le quoi. Alors que je me plonge dans un état presque second, ce relâchement sur mon poignet fini par me faire relever la tête et cette odeur qui m'attaque directement les narines. Cigarette, poison des hommes, poison qu'on aime à dévorer sans se soucier de qui en pâtira. Une fois de temps en temps, cette fumée grisâtre permet de mettre les nerfs à plat, de glisser une aiguille et de mettre dans votre sang un calme si olympien. Une fois n'est pas coutume, si lui fume plus que moi, il reste rare qu'on me trouve avec un bâton de cancer entre les doigts, entre les lèvres. Je ne dis rien, encore, à nouveau, j'attends son verdict, autre chose que la peur installée dans ses yeux. « Excuses acceptées. » Et son rire. Ce type est déconcertant par son caractère, par sa façon de changer en un coup de main. Quand certains sont difficile à faire changer, quand il faut leur hurler dessus pour les faire sourire, il faut croire que chez Silas, tout est bien plus simple. Passer d'un état d'esprit à un autre, affiche un sourire alors que les larmes perlent doucement. Il est dans mes habitudes qu'intérieurement je me demande comment il peut faire. Peut-être qu'il est né comme ceci, à avoir cette faculté à vouloir rassurer les gens, à penser à lui comme un peu aux autres. Pas vraiment, pas réellement. A s'enfermer dans la manipulation, on devient un véritable maître dans l'art de la bonne comédie. Qui peut dire s'il ment ou s'il dit vrai ? Je ne me considère pas comme le meilleur en la matière et je dirais même que je suis le premier à penser que c'est de sa faute. Je n'arrive alors qu'à réprimer un haussement de sourcils, étonné, j'ai même l'impression habituelle de me faire prendre pour le dernier des idiots. En suis-je au point de remettre en doute cette histoire ? Les bleus ne sont pas faux, ce sang n'est pas du faux qu'il s'est amusé à acheter. Une mise en scène ? Ce serait fou, trop improbable, je ne le pense pas capable d'un tel acharnement sur moi. Non, hein ? Fronçant les sourcils à cette pensée, je n'en sais rien, et comme toujours mes pensées finissent en un brouillard sur lequel je n'arrive pas à souffler. « T’es un brave gars Ruben, ça m’étonne que t’ai pas de copine. C’est peut-être à cause de ta longue crinière, ou bien c’est ta froideur qui les effraie. J’espère que c’est pas à cause de moi qui leur ai dit que tu savais grogner… » Ou peut-être parce que je ne cherche pas plus que ça, que j'en ai pas envie et que la plupart des femmes que je rencontre ne sont que des cas superficiels, inutiles. Ah oui, ceci est bien mauvais de mettre dans une case certaines. Une fois ou deux j'ai eu la chance de rencontrer quelques perles, mais ça n'a jamais duré bien longtemps. Je ne prends pas plus de temps à regarder une femme que Silas. Ce n'est même une plus une occupation, c'est une passion pour lui à ce stade. Combien de fois est-ce qu'il a eu la bonne idée de me raconter, qui, quoi, quand ? Je ne compte même plus au bout des mois. Un véritable coureur de jupons, rien de plus, rien de moins. Je n'ai jamais eu l'honneur de le voir en bon amoureux transi. Peut-être qu'il n'est pas fait pour ça tout simplement, ou qu'il ne veut pas avoir une demoiselle dans les pattes, pour le moment. Pour tout dire, d'une certaine façon ce n'est pas pour me déplaire. Il serait bien comique de le voir un jour totalement changé par amour, cette pensée me fait presque rire et je n'ai qu'un vague sourire qui s'arrache de mon masque de chair. Des personnes peuvent changer, mais certainement pas un certain Silas Wharol, je n'y crois pas. Trop fidèle à son cas, trop heureux de son caractère exaspérant.

Silas reste assis durant un instant, toujours avec ce sourire accolé à son visage et sa clope entre les doigts. Elle fume, s'extirpe et réduit petit à petit au fil des secondes. J'en viens à rouler des yeux, et me retrouve debout, pour je ne sais qu'elle raison d'ailleurs, et ceci sans compter les remarques de ce cher homme aux cheveux roux. Ni le temps de dire ouf, ni rien que je le vois à s'allonger sur le canapé. Il faut croire qu'il s'est fait une place chez moi comme un chat chez son maître, ou quelque chose dans ce registre je pense. Papillonnant seulement des yeux, il ajoute. « Je suis incapable de bouger. J’espère que ça te dérange pas si je pionce sur ton canapé ?! Cool merci ! Tiens, pour le dédommagement. » Un billet tendu, surement un des miens que j'ai entre les doigts et seul un rire sec en coin des lèvres vient à briser ce difficile masque de silence que je m'étais imposé sans le savoir. Dos à moi, face au dossier, j'en viens alors à simplement glisser mon bras au dessus de lui et attraper ce bâton blanc qu'il a entre les doigts, ou du moins ce qu'il en reste. Mimant seulement un merci, je m'approche du mur et le noir se fait à nouveau. On a tendance à trop préférer la compagnie des ténèbres, peut-être pour sa douceur, pour le fait qu'elle cache ce que nous avons peur de voir. A mon tour, je passe la cigarette entre mes lèvres et tire dessus, adossé à ce mur quelques secondes. Je ne sais ni où me mettre, ni quoi faire de plus. Vais-je passer la soirée à le surveiller ? Ma main libre passe alors dans ma tignasse pour me laisser voir un peu plus ce qui m'entoure, à nouveau Silas, à nouveau sa voix qui s'élève et résonne dans la pièce. « Pour quoi tu serais prêt à mourir, toi ? » Comme ça, il s'avère plus raisonnable, plus sérieux tout à coup. Pinçant seulement ma lèvre inférieure et posant mes yeux sur un quelconque objet tamisé dans l'ombre, durant un instant j'hésite. Pour qui, pour quoi ? Certains répondront pour un monde meilleur, pour arrêter les guerres, la stupidité humaine, quant à d'autres ce sera plus pour la personne que j'aime, pour mon frère, pour ma mère. Moi ? C'est une très bonne question, et à vrai dire, je ne me la pose jamais. Mais, c'est pour ça que nous sommes nés non ? Pour trouver cette fameuse raison qui nous fera courir à notre perte. A nouveau la fumée à l'odeur désopilante m'arrache les poumons et passe la barrière de mes lèvres. Une fois, deux fois, même trois jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien qu'un petit reste. Des secondes ce sont écoulées, et c'est seulement maintenant que je daigne à l'ouvrir. « J'en sais trop rien, je cherche encore à vrai dire. Un brave gars tu dis ? Tu dois bien être le seul à penser ça. Et de toute façon, ce n'est certainement pas une compagnie féminine qui va changer grand chose à ma vie. Peut-être que je suis trop sélectif ou que je ne suis pas fais pour ça. » Un sourire large, tout juste si je ne me suis pas accaparé le sien. Un ton de voix plus amusé, plus candide. On joue la carte du type sincère alors ? Ou on s'enlise dans le mensonge ? Et lui, pour qui ou pour quoi laisserait-il sa peau ? Je doute qu'il daigne se sacrifier pour quelqu'un, non pas qu'il soit égoïste mais, du peu que je le connaisse sa propre personne a bien de l'importance. Qui ne se sauverait pas en même temps. Il en de notre propre esprit, survivre c'est comme cela et Silas l'a bien compris. Si tu veux continuer à marcher, tu dois penser à ta propre tête, te dire que c'est pour toi et rien d'autre. Parfois avoir des pensées agréables, te refiler dans un passé qui pouvait avoir des bons côtés. Mais, ne jamais tomber, ne jamais claquer. Et tout à coup, un rire coincé dans ma gorge vient à sortir alors que je m'approche de la fenêtre pour l'ouvrir et jeter le mégot de ce dernier étage. « J'crois que, un jour je vais m'en arracher les cheveux. Non, tu vas me faire m'arracher les cheveux. Sincèrement. Si un jour tu me vois chauve, ne te pose plus de questions ! C'est dans tes habitudes de t'amuser à rendre cinglé ou bien je suis une belle exception ? » Le jeu reprend le dessus à la fin de l'histoire, à la fin de ce chapitre ou peut-être est-ce seulement le début. Il est vrai que Silas va finir par me rendre fou, c'est un fait que je ne peux nier. Entre courir à gauche et à droite, me faire avoir cette boule dans l'estomac pour en fin de course me le faire dégonfler, je ne sais où tourner la tête, vers qui poser mes yeux. Il faut croire que je m'y amuse aussi tout comme lui, on se complait là-dedans. Fenêtre à nouveau fermée je me dirige vers cette porte qui mène à cette chambre dans laquelle je me trouvais il y a déjà ... Bien des minutes, si ce n'est une heure. Je ne saurais le dire. Sauf que mon regard reste rivé sur ce canapé, adossé j'attends. « J'peux te faire confiance ou tu vas filer ? » Question capitale. Le doute comme la confiance s'amuse à se faire une place en moi pour ne laisser qu'un pas, entre lui et cette porte qui est fermée pour le moment. Je serais capable de rester ici, m'assoir sur une chaise jusqu'au lendemain matin pour avoir la certitude qu'il ne disparaitra pas pour faire je ne sais quoi. C'est l'inquiétude, c'est tout. Il aura beau faire le plus gros sourire au monde, me faire des yeux comme un chiot battu, rien n'y fera. J'ai le coeur qui claque, les pensées qui se brouillent petit à petit, il en est de mon choix. Et comme d'habitude, je croirais presque aveuglément ce qu'il peut dire. S'il dit que oui, je me tirerais sans ménagement, quitte à être déçu en me levant plus tard. Une réponse qui sera définitive, qui scellera mon point de vue sur sa personne.

_______________________________

J'avais toujours entendu dire qu'à l'instant de votre mort, votre vie entière se déroule devant vos yeux en une fraction de seconde. Tout d'abord cet instant dure beaucoup plus longtemps qu'une fraction de seconde, il s'étend jusqu'à l'infini comme un océan de temps.
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MessageSujet: Re: DON'T PUSH FIRE ▲ RUBENSILAS   Jeu 31 Jan - 20:09



Pour quoi serais-je prêt à mourir, moi ? Je crois que si on me l’avait demandé, de la même manière que je viens de demander à Ruben, j’aurais été incapable de répondre. Ou bien j’aurais dit « pour une nuit sauvage et une belle paire de cuisses, voire deux, ou trois, parce que jamais deux sans trois » juste pour déconner et changer de sujet. Mais la vérité, c’est que je ne le sais pas, je n’ai pas encore la réponse à cette question. À croire que je cherche toujours. Pour quoi, ou pour qui, serais-je capable de sacrifier ma vie ? Honnêtement je me vois mal brûler volontairement mes poils pour les beaux yeux d’une demoiselle en détresse, ou pour l’adrénaline que me procure la drogue. Je suis plutôt du genre à me battre, à donner tout ce que j’ai puis me tailler la route afin de ne pas crever. Je tiens trop à ma vie, à ma survie. Peut-être est-ce un peu lâche, et égoïste. Je ne vis que pour moi. Je crois que je ne me sacrifierais même pas pour mes frères et mes sœurs, et de toute façon, à l’heure actuelle ils m’ont sans doute oublié ou maudit. Ils doivent certainement me détester, plus que je ne me hais moi-même. Je ne souhaite pas devenir dépendant de quelque chose ou quelqu’un jusqu’à mettre ma vie en jeu pour cela. Je préfère vivre ma vie en solitaire, sans poids sur mes épaules, sans ne rien devoir à personne. Prendre sans compter et ne rien donner. Si j’avais voulu rembourser Ruben pour l’argent que je lui ai piqué, je lui aurais dit. Mais il sait aussi bien que moi que ça n’arrivera jamais. J’aurais bien pu mentir, je sais qu’il ne m’aurait pas cru, et j’aurais risqué de me faire vider les poches. Alors je suis prêt à attendre pour elle, rester discret, et le moment venu je m’enfuirai et irai la chercher. Je n’ai pas peur de la suite. Ruben viendra probablement me réclamer ce que j’ai volé mais ça ne m’effraie pas, au contraire, ça me plait. Parce que je sais qu’il va devoir me courir après, ses yeux crachant du feu, ses mâchoires craquant furieusement et ses lèvres déblatérant des menaces, pendant que je courrai comme un fugitif pour lui échapper, et c’est bien là la seule chose que j’aime à faire dans cette ville terne et ennuyeuse comme la pluie. Je devrais culpabiliser pour ça, je devrais me dire que c’est mal de manipuler et jouer ainsi avec quelqu’un, pourtant je continue sans regrets, pour mon propre plaisir. Je n’éprouve aucun remord, et c’est à croire que je suis un gars sans valeurs ni principes. Et pourtant. Pourtant, malgré mes vices et mes pêchés, j’ai de l’honneur. Non non sans blagues. Je n’ai qu’une parole… quand celle-ci est sincère, vraie. Mais serais-je prêt à mourir pour cela ? Je ne sais pas. Je pense que la réponse ne viendra à moi que lorsque je serai confronté à un choix, un dur choix. Mais je ne suis pas pressé. J’ai bien l’intention d’esquiver la mort et son sacrifice encore longtemps, quitte à paraître pour le pire, traître, lâche et méprisable de tous.

J’ai les paupières presque closes, l’une d’elle surtout parce qu’elle est gonflée comme une montgolfière, et la clope coincée à l’embrasure de mes lèvres, je respire la fumée qui s’en échappe. Un sourire s’y est dessiné depuis que j’ai entendu Ruben rire, mais celui-ci disparait aussitôt qu’il m’arrache la cigarette des lèvres. Boah après tout, je ne vais pas la laisser là et m’endormir avec comme un con, ou la laisser tomber et trouer le canapé. Et puis, on peut considérer que Ruben en a payé le dixième de cette clope, avec ses billets qui dorment tranquillement dans ma poche. « J’en sais trop rien, je cherche encore à vrai dire. Un brave gars tu dis ? Tu dois bien être le seul à penser ça. Et de toute façon, ce n’est certainement pas une compagnie féminine qui va changer grand-chose à ma vie. Peut-être que je suis trop sélectif ou que je ne suis pas fait pour ça. » Lui aussi, cherche encore. Ma bouche retrouve immédiatement son sourire et je renchéris aussitôt, pour le charrier. « Ou peut-être que tu ne sais pas encore que tu préfères les étalons aux juments. » Bon, vanne un peu moisie, j’aurais pu faire mieux. Mais je sais qu’il va comprendre et j’imagine déjà sa tête d’ahuri un peu constipé. Je préfère en rester là et ne pas relancer le débat. Moi je sais bien que je suis loin d’être le seul à penser que c’est un brave gars. Je ne sais pas ce qu’il en est de ses parents, il ne m’en a jamais parlé, on ne parle jamais, mais pour ce qui est de Grim je n’ai aucun doute. Quand j’aperçois ce petit gars aux côtés de Ruben, je vois dans ses yeux qu’il le regarde comme un mentor, un frère, un être cher. Je vois entre eux un lien si fort qu’il en est indéfinissable, un lien même que je jalouse, un lien que je n’ai jamais tissé avec mes frères et mes sœurs. Alors si Ruben n’était pas quelqu’un de bien, je le saurais. Et puis même s’il fait peur et ressemble à un ours froid qui grogne chaque fois qu’il est hors de sa tanière, ou qu’il demeure froid et insaisissable, je suis sûr que toutes les filles qui le connaissent un peu tombent pour lui. Je l’entends alors rire et ouvrir une fenêtre, sans doute pour y jeter le mégot. Je passe un doigt sur ma lèvre fendue et souffle à mon tour un rire discret mais résonnant dans l’appartement quand il reprend la parole. « J'crois que, un jour je vais m'en arracher les cheveux. Non, tu vas me faire m'arracher les cheveux. Sincèrement. Si un jour tu me vois chauve, ne te pose plus de questions ! C'est dans tes habitudes de t'amuser à rendre cinglé ou bien je suis une belle exception ? » C’est vrai que je lui en fais voir de toutes les couleurs, je ne le nie pas. Quand je me dis qu’il espère sans doute se lever un jour sans que je ne lui ai rien volé, quand je l’imagine bien tranquille à siroter sereinement sa petite vie routinière, j’ai juste envie de l’emmerder un peu plus et le voir s’exaspérer toujours plus. Quand j’imagine ma vie sans Ruben, je vois alors une existence encore plus triste et ennuyeuse qu’elle ne l’est déjà. Il m’apporte l’adrénaline que je recherche, les défis que je pourchasse et l’aventure que je chéris. Je crois que si un jour il disparaissait, il manquerait cruellement. C’est un peu aussi une des raisons pour lesquelles je ne veux pas quitter Taleville. « Ruben sérieux, tu crois que t’es unique en ton genre, que je ne m’amuse qu’avec toi ? Va pas croire que t’es une exception parmi tous les autres. Mais, oui, j’avoue… t’es mal tombé, t’es vraiment mon préféré. » dis-je en répondant finalement positivement et sincèrement à sa question, et je ris gaiement comme un con et tousse en me tenant les côtes. Merde, je crois que j’en ai une de cassée.

« J’peux te faire confiance ou tu vas filer ? » Sa voix porte jusqu’à mes oreilles de l’incompréhension. Tout se mélange ce soir. Si d’ordinaire il n’attend qu’une chose, autrement dit me jeter dehors avec un coup de pied bien placé, c’est maintenant l’inverse. Soit il s’attend vraiment à ce que je lui rende son argent, ou bien il attendra demain pour utiliser la manière forte, soit il joue la maman poule et préfère me savoir ici, en sécurité, plutôt que dehors, à me faire amocher. Une boule se forme malicieusement dans mon ventre et sa question me rend perplexe. Je ne sais même pas moi-même si je vais me tirer dès que possible ou rester tranquillement allongé et pioncer jusqu’à midi (de toute façon c’est mon jour de repos, pas de boulot demain). Parce qu’étrangement, je n’ai pas envie de le décevoir, du moins, pas de cette manière-là. Car il est vrai que, déçu, exaspéré, ça je lui ai déjà fait subir, et très consciemment. Je ferme alors simplement les yeux et souris, sachant pertinemment qu’il ne voit pas mon visage. « Si je te le disais, il n’y aurait plus de surprise au lever. » J’entends alors la porte qui commence à grincer et lâche mes dernières paroles du soir dans un murmure audible. « Mais si tu veux un conseil, ne me fais jamais confiance. »

Combien de temps s’est écoulé ? Deux heures, trois heures ? Peut-être même six. Je ne me rappelle pas avoir rêvé. Je suis courbaturé, mon sang tape à mes oreilles et mon œil qui a triplé de volume me fait un mal de chien. La nuque courbée, je jette un œil à la fenêtre puis à la porte que Ruben a passé tout à l’heure. Il fait toujours sombre dehors et l’antre du dragon est fermée. Bon, bien. Je n’ai plus qu’à me lever et me tirer d’ici sans un bruit. Je le fais, ou pas ? Mon appartement n’est pas loin, je pourrais finir de me reposer là-bas et filer directement après chez Peter pour récupérer la came. J’y vais ? J’y vais pas ? J’y vais ? J’y vais pas ? J’y vais ! J’y vais pas ? J’y va… p… j… zZzz.

Une douce chaleur me caresse le nez. J’ouvre lentement les paupières en m’étirant légèrement et écarquille les yeux. Je suis toujours chez Ruben et, étrangement, j’ai l’impression que tout ce qui s’est passé hier n’était pas réel. Les rayons du soleil filtrent à travers les fenêtres et illuminent la pièce mais surtout, la cuisine. Sans réfléchir plus longtemps je me lève un peu difficilement et me dirige vers ce temple sacré qui me tend les bras et m’ouvre ses placards. Je fouille à la recherche de quoi grignoter, ouvre deux ou trois paquets neufs de biscuits, me sert et les laissent tour à tour sur le buffet, entamés et pas finis. Une bouteille de lait me fait de l’œil dans le réfrigérateur. J’en bois au goulot, habillant ma lèvre supérieure d’une moustache blanche, et me sers un bol rempli de céréales en faisant le tour de la pièce du regard. Je crois que je n’avais jamais vu cet appartement en plein jour. Jusqu’ici, je l’avais toujours cambriolé de nuit. Mes yeux s’arrêtent sur la porte de la chambre de Ruben. Je suis tiraillé entre l’envie de le faire chier et le besoin de m’en aller. Finalement, mon ventre prend la décision pour moi et je cours jusqu’aux toilettes pour y déposer ma grosse commission. Je reste un moment, feuilletant des magazines et remplissant quelques cases de mots croisés puis prend finalement la décision d’aller emmerder mon hôte, en me lavant les mains avant. J’ouvre à la volée sa porte qui claque contre le mur d’après et hurle de toutes mes forces : « TREMBLEMENT DE TERRE ! LEVE TOI C’EST LA PANIQUE DANS TOUTE LA VILLE ! » J’attrape un pan de la couette et la fait voler à travers la chambre avant de courir jusqu’à la cuisine en agitant mes bras levés comme s’il y avait réellement une catastrophe qui se produisait. Quelques instants plus tard, je vois sa touche de cheveux sombres sortir de leur tanière. Un grand sourire sur les lèvres et la bouche pleine de céréales, je le salue d’une voix presque ronronnante. « Yo vieux, t’as bien dormi ? »
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MessageSujet: Re: DON'T PUSH FIRE ▲ RUBENSILAS   Jeu 31 Jan - 21:42


Attendre. Une minute, deux, trois, quatre jusqu'à ne même plus faire attention au temps qui passe d'une manière si lente que les secondes paraissent comme des heures. Pourquoi prendre autant à coeur une réponse qui sera surement dénuée de sens ? Se tordre à croire que pour une fois il daignera gueuler vérité en pleine figure ? C'est inutile, je m'en doute, et pourtant, je continue de m'accrocher à peu. Pour tout dire, cette situation pourrait en étonner plus d'un. Silas est un parfait contraire, un opposé qui pourtant ne me désespère pas plus que je ne le pensais au départ. Les débuts difficiles, et rien n'aurait pu réellement me pousser à le connaitre plus que le simple voisin de l'étage en dessous. Il devait en être ainsi et peut-être que les choses auraient été plus simples, moins désordonnées. Après tout, je commence au fil des mois à me dire que ce n'est peut-être pas si mal et que ma vie avait besoin d'un grand coup de pied. Si Grim est et restera un inverse parfait, Silas l'est aussi, mais à sa manière, d'une façon plus énervante, plus blasante et qui me fait bien des fois sortir de mes gonds. On se pose trop de questions, on en vient à même se demander si ce n'est pas nous le problème. Après tout, il est l'archétype de l'homme parfaitement constitué, ou du moins ce petit cliché assez comique. Le coureur de jupons dans toute sa splendeur, le manipulateur au costard cher à souhait. Et moi je suis ? Plus penché du côté de l'ermite, de celui qui se façonne une vie dans un pauvre cocon fragile, mais qui au fil des années se transforme en énorme bulle ferreuse. J'aurais pu dès le début lui dire d'aller se faire voir ailleurs, que s'il essayait encore une fois ses coups tordus je le tuerais sur place, que je le haïssais comme le plus colérique des hommes. Pourtant, même s'il est un élément bien perturbateur, bien bordélique, il n'en reste pas moins une personne que je réussis à apprécier. Comment ? Je ne pourrais l'expliquer, et pour tout dire, je vois plus de défauts que de qualités dans cette tête torturée. Tout devrait nous pousser à nous détester, à nous gueuler dessus comme des malpropres. Faut-il croire que parfois la vie se veut sournoise ? Peut-être bien, j'ose à l'espérer en tout cas. Si je hurle, si je gueule, si j'en perds les cheveux et crache des flammes, j'apprécie néanmoins sa présence. L'esprit est inexplicable, et j'aurais beau vouloir creuser, je reste malgré tout dans un noir encré, dans un trou qui jamais n'aura de fin. Je ne le connais pas, et pour tout dire, je n'arrive même pas à me prévoir à l'avance. Je pense être foutu, oui, c'est un fait que je ne peux nier réellement. Il en est de ces gens qui sont impossibles à cerner, impossibles à déceler. A mes yeux, Silas en fait partie. Quelque chose se cache sous cette tignasse bouclée, mais quoi ? Je n'ai jamais osé poser les pieds sur ce sujet, et après tout, je ne pense pas être assez proche de lui pour lui faire avoir gratuitement une entrevue psychologique sur le pourquoi du comment. Je me terre dans le silence. Chose difficile, mais je suppose que je sais à gérer la chose. Cette pensée me fait lever les yeux vers le plafond, que je distingue tout juste dans le noir. Attendre, encore et toujours. Je reste seulement adossé à cette porte un peu vieille mais, qui, visiblement survivra bien des années encore. Haussant seulement les sourcils, un bâillement m'échappe. J'en viens à me frotter les yeux, tel un gamin venant de se lever de son lit encore tout chaud. Exténué, lessivé. Non pas encore totalement au bout du rouleau, mais pas loin. Si me réveiller à une heure si tardive a été une belle claque, son visage n'a été qu'un coup de poing en plus à supporter. Trop de coups, trop de violence en une seule nuit pour ma pauvre tête. Je devrais la supporter, je me dois de la regarder avec un sourire vicieux. Mais, pas la nuit, pas quand je viens de perdre bien du sommeil. Un rien peut me mettre à terre. Là ce n'est pas un n'importe quoi, alors oui, le boxeur perdant dans l'histoire reste bien moi. Comme toujours Silas s'avère vainqueur, à tourner les phrases comme bon lui semble, sans se douter que je garde mes questions pour un autre jour. Buté, borné, bien des adjectifs pour me qualifier. « Si je te le disais, il n’y aurait plus de surprise au lever. » Même le visage en charpie, même la tête dans le brouillard, fidélité à lui-même reste quelque chose de véridique. Un vague soupir m'échappe et contre toute attente, je me met à sourire, non sans une certaine appréhension. Au moins, il ne met pas sa tête sous la guillotine en attendant patiemment que son cou finisse par être tranché. Il reste évasif, à un point tel que de toute manière, si demain matin je ne le trouve plus dans cet appartement, je ne pourrais rien dire. Ni même gueuler, ni critiquer, je ne pourrais que la boucler une bonne fois pour toute. Pas de promesse, pas de risque de la briser. Concept enfantin et qui pourtant, me tient à coeur. Un grincement qui me refile un sale frisson, je m'y glisse et à nouveau la voix de Silas se met à retentir contre les murs. « Mais si tu veux un conseil, ne me fais jamais confiance. » Ah, une quelconque mise en garde ? J'en viens à hausser seulement les épaules. Et bien tant pis, j'en prendrais le risque. De toute manière, il ne me connait que trop peu pour me faire du mal. Du moins, c'est que je me bute à croire. L'instant d'après, je me retrouve à nouveau lové contre ma couverture, la tête perdue dans le coussin et l'esprit déjà valdinguant vers d'autres univers, d'autres lieux. Monde des rêves ? Bien loin de là. Si certains rêvent de meurtriers, de morts, ou à l'inverse d'histoires farfelues mélangeant elfes et animaux parlant, en ce moment, je n'ai droit qu'à un noir complet, tellement que j'en viens à me demander l'utilité de fermer les yeux. Et au bout de quelques secondes, je ne suis qu'un pauvre animal endormi, bien vite je me retrouve pelotonné contre cette chaleur et coincé dans un vide. Je crois qu'un à deux fois j'ai dû me mettre à rêver, sans pour autant que cela ne dure des heures et des heures. Je ne suis pas humain en tout cas dans cette vague ouverture, je sens presque le vent caresser ma peau, les nuages me frôler, quelqu'un posé sur mon dos, et tout s'arrête ici. Incongru, un peu siphonné même. De toute manière, le noir fini bien vite par me rattraper entre ses griffes. « TREMBLEMENT DE TERRE ! LEVE TOI C’EST LA PANIQUE DANS TOUTE LA VILLE ! » Une voix lourde, une voix qui me parait aux oreilles comme la pire des chansons et qui sur le coup me fait ouvrir d'un coup sec les yeux. Bien vite débarrassé de ce qui me servait de couverture la veille, mes cheveux cachent bien de la lumière qui passe à travers la fenêtre. Déjà ? Je veux dire, vraiment ? Je l'impression d'avoir dormi seulement quelques minutes. Fronçant les sourcils, ce n'est seulement qu'après bien des minutes que je reconnais cette voix.

J'en viendrais presque à oublier cette nuit que je pourrais considérer comme chaotique. M'enfonçant un peu plus dans ce coussin, un lourd soupir traverse le tissu. Bien trop tard pour pouvoir repartir, bien trop rêver de me rendormir, surtout quand le peu de soleil a décidé à pointer le bout de son nez. Pinçant ma lèvre inférieure d'un coup sec, je me redresse sur le matelas, difficilement. Mes articulations craquent et je papillonne des yeux. Il parlait de surprise, et pour en être une, je dois avouer qu'elle m'arrache un certain sourire. Silas ne s'est pas tiré comme le bon voleur qu'il est, pour être un cadeau, s'en est un. Pas forcément plaisant à souhait, mais qui me rassure intérieurement. Malgré tout, une claque me vient à la figure, non pas physique mais plutôt, comme un large frisson, un coup électrique qui me traverse le corps dans sa totalité. Je ne me souviens pas si j'ai allumé le chauffage, mais, tant pis. Essayant tant bien que mal de me lever, j'attrape dans une commode un quelconque pull noir à enfiler et un jean pour finir le tout. Une à deux fois, je me ramasse à moitié, encore bien trop baigné dans cet état second. Malgré tout, j'essaie d'entrer dans la plus grande concentration. Tomber bêtement lui ferait trop plaisir. Croisant seulement mes bras sur mon torse, certaines boucles viennent à me gâcher mon horizon, mais, tant pis. Hurler, pourquoi pas, enlever la couverture par contre, reste quelque chose de plus délicat. Et demander à Silas d'agir avec classe, c'est tout comme dire à un éléphant de marcher dans un magasin de porcelaines. Il est vrai que nous ne sommes plus cette nuit, et à partir du moment où le jour se lève, tout est ordonné entre nous deux. Stupide ou non, le sentimentalisme n'a plus réellement de place. Comme deux frères qui ne se lassent jamais à embêter l'autre. Mais, là, c'est un tout autre niveau. Plus carnassier, plus du genre à vous pousser à bout. Si Silas a souvent été gagnant des matchs, je ne relâche jamais la main si facilement. Deux monstres jouant dans la cour des petits, une image amusante certes. Alors que mes jambes me mènent en dehors de ma tanière, un geignement plaintif m'échappe des lèvres à cause de la lumière qui s'écrase sur mes pupilles. Violent, pire que la vue d'un Silas totalement dévasté par les coups. J'en frotte alors mes yeux, et tout se veut plus clair. Quand l'appartement se veut baigné d'une autre aura, tout parait plus... Comment dire ? Je pourrais dire un peu sinistre, voir inversement totalement coloré. Debout à quelques mètres de moi, se dresse mon invité dans toute sa splendeur. J'en ai oublié cet oeil presque déchiré et cette lèvre fendue, mais, visiblement, il a l'air de survivre, et c'est tant mieux. Bien évidemment, c'est sans compter sur son sourire digne d'une pub pour dentifrice. « Yo vieux, t’as bien dormi ? » Entrer dans son jeu, la partie commence. Zéro partout, la balle au centre, qui gagnera le match de la plus grosse connerie ? Lui, moi, moi ou lui, peut-être que nous serons tout deux gagnants. Plus il lance, plus je surenchéris. Dangereux, malsain même quand on cherche à mieux comprendre. Tant pis, je n'ai pas envie de mettre mon cerveau en marche. Un sourire, aussi large que le sien, présageant un coup foireux comme il sait si bien les faire. Faisans seulement marcher un peu mes méninges pour trouver une vengeance, mes yeux sombres se posent alors sur une bouteille d'eau disposée sur la tableau. A moitié pleine ou à moitié vide, je ne saurais le dire. L'attrapant et feignant de l'ouvrir pour boire le liquide qui se trouve dedans, je m'approche un peu plus de la tignasse bouclée de ce cher Silas. Bouteille ouverte, sa tête en dessous. Que dire de plus ? Faut-il un dessin ? Un rire m'échappe en coin de lèvres, l'eau dégouline et le bruit qu'elle fait en tombant sur le sol me fait comprendre que oui : j'ai osé le presque impardonnable. « Et le tsunami maintenant, c'est la fin du monde dis-donc ! Moi j'tombe dans une crevasse, et toi tu vas nager avec les poissons. Si c'est pas tragique tout ça ? » Roulant des yeux, je sais que je vais regretter amèrement cette provocation. Non pas que j'ai peur de ses yeux bleus, je sais juste que je vais devoir passer pour laver cette flotte, mais, je n'ai pas l'âme à y penser. Cette scène est bien trop réjouissante pour que je me mette à culpabiliser. Regardant le plastique vide, je le jette dans la poubelle et en profite pour m'assoir sur une chaise. Coudes posés sur la table, menton glissé entre mes deux mains, je prends un air presque candide, désolé même je dirais. Ses yeux écarquillés, presque exorbités me font rire intérieurement. Pour la première fois de ma vie, je m'amuse à me mettre dans sa peau, non pas parfaitement, mais un peu. Si d'habitude il arrive à prévoir ce que je fais, je crois bien que pour cette fois, il aura fini par perdre un point, lamentablement. « Oh, tire pas cette tête. C'est pour la bonne cause, tu sens le chacal Silas, vraiment. C'est pas très pratique pour courir après les jupes. » Je ne sais pas pourquoi j'utilise cet argument, peut-être parce qu'il est vrai ? Si avec moi il se montre comme un bien beau rustre, avec les demoiselles, tout est différent. Un gentleman dans toute sa splendeur, mais à partir du moment où il aura ce qu'il veut, vous ne compterez plus réellement à ses yeux. Silas est un enfant géant, un chat qui s'amuse avec nous qui ne sommes que des pelotes de laine. S'il est encore là, je crois bien qu'il ne s'est pas encore totalement lassé de mon cas, ce qui ne peut que me donner un semblant de bonheur. « Et pour rassurer ta conscience, j'ai bien dormi. Merci de t'en inquiéter. » Le masque ne fait que s'agrandir, avec les dents qui se montrent un peu plus. J'en viens même à comprendre pourquoi il aime à jouer à ce petit amusement un peu salace, pour avoir cette adrénaline au fond, ne pas savoir la réaction de l'autre. Non pas de la méchanceté, juste quelque chose de bonne guerre, et même si nous n'avons pas les limites, nous savons quand nous arrêter. Du moins, depuis notre rencontre, il n'a jamais dépassé la ligne invisible. Sourire vilain, sourire satisfait au complet. Ce n'est qu'un jeu, ce n'est qu'une rigolade, une manière comme une autre de s'occuper, de montrer ce petit attachement. Juste un jeu, un jeu d'enfants.

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J'avais toujours entendu dire qu'à l'instant de votre mort, votre vie entière se déroule devant vos yeux en une fraction de seconde. Tout d'abord cet instant dure beaucoup plus longtemps qu'une fraction de seconde, il s'étend jusqu'à l'infini comme un océan de temps.
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MessageSujet: Re: DON'T PUSH FIRE ▲ RUBENSILAS   Dim 3 Fév - 17:20




Je réfléchis rarement avant d’agir. J’y vais plutôt à l’instinct. J’aime prendre des risques, me lancer sans penser à ce que ça peut engendrer. Je préfère découvrir les conséquences et être surpris, ou déçu. Je n’ai pas vraiment réfléchi en me réveillant. Je suis resté parce que j’en avais envie. Je suis resté parce que je n’ai pas de raison de partir, je ne ressens plus le manque. C’est étrange. D’ordinaire quand ça me prend je consomme immédiatement ma dose et j’en ai pour un bon moment avant de ressentir le manque à nouveau. Là, plusieurs facteurs ont fait que je n’ai pas pu, je pensais que ce serait pire que tout ce matin, alors que non. Bizarrement, je n’en ai plus envie, je n’en ressens plus le besoin. Pas maintenant, pas ici. Alors que j’aurais pu tout casser hier soir, pour une seule dose. Je pense que, si j’essayais vraiment, je pourrais diminuer encore plus et m’en tirer, ne plus être dépendant. Je serais capable d’y arriver, seul. Mais je n’en ai pas encore envie. Je n’ai pas trouvé de raisons de vouloir m’en sortir. Pour m’en débarrasser complètement, il faudrait seulement que je trouve quelque chose, ou quelqu’un, de saint mais qui pourtant me procurerait les mêmes sensations. L’adrénaline, le bonheur, la nonchalance, la jouissance. La drogue aide à acquérir tout ça, et ce en gardant une attitude détachée, comme si rien n’était important, comme si on était heureux sans plus se poser de questions, comme si tout était simple et acquis. C’est ce que j’aime en elle. Elle rend la vie plus belle, moins terne. Je doute de trouver un jour son équivalent qui ne me tuerait pas à petit feu. Les femmes sont d’ailleurs des criminelles, des tueuses-nées, et ça tout le monde le sait. C’est pourquoi je n’ai pas encore l’intention de l’abandonner. Et pourtant, oui pourtant je suis là, chez Ruben, je ne suis pas parti. Je n’ai pas réfléchi et je suis resté ici, chez lui. Nous sommes des opposés. J’aime gueuler, courir, sauter, flirter. J’ouvre souvent ma gueule, je fais le beau et le fier, je collectionne les conquêtes et leurs portefeuilles tandis que Ruben ne parle pas, ou peu, se cache derrière ses cheveux, grogne et rugit à ma moindre connerie et ne drague jamais. Du moins, je ne l’ai jamais vu à l’œuvre. La dernière fois que je lui ai raconté mes ébats, alors qu’on se croisait dans la cage d’escalier, il paraissait d’en avoir rien à faire, alors que n’importe quel gars m’aurait applaudit et offert une couronne. Ruben est à part, il est différent. Rien ne devrait me pousser à l’apprécier et pourtant j’aime sa compagnie. Puisque je ne suis pas parti.

J’ai simulé un tremblement de terre et hurlé pour le réveiller. J’avais juste envie de le faire un peu chier. C’est comme ça entre nous. J’aime le pousser à bout. Je n’arrêterai jamais je crois. D’une certaine manière, je suis dépendant de Ruben. Je serais incapable de me détacher de la seule personne dans la ville qui me colle de vrais sourires aux lèvres, me divertit, me fait peur aussi. Mais ce que je préfère en lui, c’est qu’il ne m’a jamais lassé. En temps normal je m’ennuie des gens. Je les essaie, comme des jouets, puis les jette. Le problème avec Ruben c’est que je n’ai jamais eu envie de le jeter, mais ça c’est plus un problème pour lui. J’imagine bien qu’il doit en avoir ras-le-bol de m’avoir dans ses pattes. Mais je n’ai pas l’intention de le lâcher. Il me donne l’adrénaline que je recherche, mais aussi et malheureusement le doute que je déteste. Je n’arrive pas à le cerner. Je peux prédire certains de ses agissements, de temps en temps, mais parfois je suis étonné. Il peut être rageur, joueur, et d’un moment à l’autre passer complètement froid et distant. Son caractère est compliqué, et son passé demeure un grand mystère pour moi. A vrai dire on n’a jamais eu besoin d’en parler. On s’est toujours contenté d’utiliser nos bras, mais hier soir, c’était complètement différent. Hier soir il a bien failli pousser la porte qui renferme mes secrets, et ça aurait tout changé. Il ne m’aurait plus jamais vu de la même manière, je pense qu’il m’aurait chassé, et j’ai eu peur de me dévoiler. J’ai eu peur, car je ne supporterais pas de perdre la seule personne qui s’est aperçue que j’existe.

Sa tête passe l’entrebâillement de la porte. Il s’est habillé en vitesse, bien propre sur lui, mais son visage trahit sa fatigue. Je souris à pleines dents, des céréales coincées dans celles-ci et le salue, fier de moi. Il ne répond pas, blasé, et s’approche de la cuisine. Je passe ma main rapidement sur le buffet et fait tomber les miettes de gâteaux sur le sol pour qu’il pense que j’ai laissé le plan de travail propre. Puis je m’accoude dessus et me tourne vers lui, tout sourire, avant de me rendre compte que… trop tard. Mon sourire disparait aussitôt, mes yeux s’écarquillent tandis que je reste immobile, paralysé. « Et le tsunami maintenant, c’est la fin du monde dis-donc ! Moi j’tombe dans une crevasse, et toi tu vas nager avec les poissons. Si c’est pas tragique tout ça ? » Je laisse tomber ma cuillère dans le bol et agite ma tête, mes épaules puis mon échine en geignant comme un gros chat, pour laisser s’échapper les grosses gouttes. Je déteste ça. L’eau froide me donne un frisson incontrôlable et mes doigts viennent se frotter à mon crâne pour reformer mes bouclettes tandis que mes gros yeux s’attaquent directement au coupable. Ruben. « Oh, tire pas cette tête. C’est pour la bonne cause, tu sens le chacal Silas, vraiment. C’est pas très pratique pour courir après les jupes. » Quelle tête ? J’ai juste l’air d’un taureau qui crache sa rage par les oreilles, et je ne sens pas le chacal. Connerie. Mais lui, confortablement assis, et cet air innocent sur ses traits qui pourrait presque m’arracher un petit sourire en coin, signifiant évidemment qu’il va me le payer. « Et pour rassurer ta conscience, j’ai bien dormi. Merci de t’en inquiéter. » Là, c’est trop. Il veut jouer, il va jouer. Mais je vais gagner. Sans rester plus longtemps avec cette tête d’ahuri en faisant du surplace, j’attrape à la volée mon bol de céréales et me jette sur lui. Quelques céréales m’échappent quand il tente de s’enfuir mais je le fais tomber et le maintiens au sol en m’asseyant sur lui. Le contenu du bol dégouline dans sa touffe de cheveux noirs et je lève haut les bras en vainqueur et en riant. Je me lève rapidement histoire d’éviter de me prendre une beigne mais me ramasse aussitôt sur le sol, ne sachant même pas si c’est à cause de lui ou ma maladresse légendaire. Mais je fais confiance à mon sens de l’équilibre alors j’accuse le rustre. Je me redresse vivement et cours en direction du canapé que j’enjambe comme un pro. Il est debout derrière le sofa et moi derrière un fauteuil en face. On se fait face un moment, tels des cowboys dans un western et je lance de ma voix la plus charmante : « Et pour rassurer ta conscience, j’ai déjà sauté une fille alors que je ne m’étais pas lavé depuis cinq jours. Elles désirent toutes mon corps, que je sente le chacal ou non… et toi Ruben, combien ont voulu de toi hein ? » Mon sourire colgate de tombeur m’a fait défaut car je me reçois un coussin en pleine poire. Je cours alors en riant comme un con et m’enferme dans la salle de bain. Je m’arrache de mes vêtements mouillés et glisse tout de même dedans quelques trucs qui me passent sous la main, brosse à dent et déodorant. Les miens comment à s’épuiser, il était temps que je fasse les courses. Je saute dans la douche et allume le pommeau, laissant l’eau bouillante s’infiltrer lentement sur ma peau et le savon y glisser son odeur. Je reste un moment les yeux fermés, les bras tendus et appuyés contre le mur, et je ne réfléchis plus à rien. Je ne veux pas réfléchir.




Dix minutes plus tard, je sors de la pièce entièrement nu, me tenant simplement le paquet avec mes mains. Je souris à mon hôte qui parait complètement choqué. « Quoi ? On est tous foutu pareil, et moi mieux que certains. T’aurais pu tomber plus mal franchement. » Un ricanement m’échappe tandis que je me dirige vers la chambre de Ruben, lui présentant mes fesses, et cherche de quoi m’habiller. Avant que je puisse enfiler quoique ce soit, j’entends la sonnette retentir. Je trottine rapidement, toujours en cachant mes parties, et dépasse Ruben. J’ouvre la porte d’entrée et élargis mon sourire. On dirait bien que c’est la factrice qui apporte un colis. Je lâche donc mes bijoux de famille et d’une main attrape le colis, de l’autre serre la main de la demoiselle. Blonde, plutôt mignonne. Son air apeuré m’amuse, et j’en profite pour passer un bras autour des épaules de Ruben, gardant tout à l’air libre et gonflant mes pectoraux. « Je sais que ça en a l’air, mais en fait pas du tout. C’est vrai, quand on nous voit tous les deux, les gens pensent immédiatement ils sont beaux ils sont forcément gays. Mais en réalité ce charmant jeune homme est libre donc si vous voulez, vous pouvez entrer et je m’en irai. A moins que vous vouliez que je reste. Ce n’est pas dans mes habitudes à trois mais si vous insistez je ne peux refuser… » Je lâche un instant Ruben et attrape la main de la jeune fille pour y poser mes lèvres, puis je replace mon bras sur les épaules de mon hôte. J’ai une irrésistible envie de rire en contemplant ce doux visage innocent et choqué de la factrice mais je me retiens et me contente de sourire en jetant des regards appuyés à Ruben. Parfois, je ne sais pas ce qu’il ferait sans moi.
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MessageSujet: Re: DON'T PUSH FIRE ▲ RUBENSILAS   Dim 3 Fév - 20:36


Se complaire dans la bêtise, toujours surenchérir. Certains demanderont l'utilité, que de toute manière cela ne sert à rien, sauf mettre le souque dans un appartement qui n'avait rien demandé. Toujours assis sur cette chaise, je jette mes yeux autour de moi, regardant pour le moment l'état de la pièce. Juste de l'eau pour le moment, un peu de nourriture éparpillée par les soins de Silas et bien évidemment, je me doute que l'histoire ne s'arrêtera pas là. Quitte à s'amuser, autant le faire jusqu'au bout. Si, ceci est parfaitement enfantin, puéril et bien crétin, je crois que c'est une chose dont nous ne pouvons nous passer, lui comme moi, moi comme lui. Je n'agis pas de cette manière avec Grim, ou du moins, de façon moins extrême. Mais, avec lui ? C'est totalement différent, comme si, plus nous allions loin, et plus notre bonheur se faisait complet. Il y a des jours où je n'en ai pas envie, contrairement à lui qui ne se lasse jamais de faire les plus mirobolantes conneries au monde. Je ne pourrais les citer, si ce n'est le nombre de courses poursuites que j'ai dû faire par sa faute. Mon porte-feuilles est l'objet de ses convoitises, bien souvent, il perd, et puis des fois, il y a des cas comme ceux-ci. Il n'est pas question d'argent, ou même de courir, là il en est de ridiculiser à un point tel. Un peu comme Clopin et le bossu de notre dame, mais pas de peuple pour regarder la violence des gestes. Ils ne le sont pas vraiment, et parfois, il m'arrive d'être bien content que Silas ne soit pas ce genre de personnes à utiliser les mains. Bien que, poussé à bout, il se pourrait qu’éventuellement. Mais, j'évite de trop m'attarder sur cette question, j'admire presque cette oeuvre. Visiblement, il est en train de se débattre avec cette eau qui lui dégouline sur le corps. Je ne pense pas l'avoir raté, si ce n'est dire que j'ai bien visé. L'eau devait être bien froide en vu de ses mimiques, et ses yeux exorbités. Nous serions dans un dessin-animé que de la fumée sortirait de ses yeux et de ses oreilles. Ah oui, de la fierté, l'égo qui grimpe petit à petit. Je me doute malgré tout, que je vais descendre et bien vite de mon piédestal. Si Silas s'arrête, il en sera de la fin du jeu, et le connaissant il ne laissera pas si facilement tomber, en aucun cas à cause d'une petite bouteille d'eau. Papillonnant seulement des yeux, tel la classe d'une femme, ils s'écarquillent alors tout à coup. Je vois sa main, je vois le bol qu'il a et puis ? Si moi j'ai utilisé la bouteille, il utilisera les céréales. Systématiquement, je me redresse pour me défiler en toute vitesse, mais, il me rattrape bien vite et n'ais-je le temps de dire ouf que je me retrouve plaqué au sol. Un vague geignement plaintif de l'arrière de mon crâne claqué contre le sol, je fronce les sourcils, trois, deux, un. L'impact se fait rude si ce n'est carrément douloureuse. Le lait, les céréales, tout pour ma tignasse qui est au même stade que la sienne. Quoi que ses cheveux roux paraissent moins bordéliques que les miens. Mes yeux sont clos durant un instant, j'entends déjà son rire de vainqueur qui me claque contre les tympans doucement. Et là, là, toujours un drame pour venir briser l'histoire. Il se redresse, manque de se louper et moi, je profite de ceci pour me redresser à mon tour. Secouant ma tête pour enlever tout ce que je peux avoir dans les cheveux, ou du moins, une petite partie, nos regards qui se croisent à nouveau, Silas et sa souplesse, le canapé puis, moi qui m'avance. Moi face à lui, lui face à moi. Digne d'un film en noir et blanc, on se demande qui daignera dégainer le premier. « Et pour rassurer ta conscience, j’ai déjà sauté une fille alors que je ne m’étais pas lavé depuis cinq jours. Elles désirent toutes mon corps, que je sente le chacal ou non… et toi Ruben, combien ont voulu de toi hein ? » Sans aucune réelle arme, même des mots, je préfère m'en tenir à quelque chose de plus simple. Un coussin me passe sous la main, je l'attrape et lui lance en plein dans la figure. Sourire encore et à nouveau, on fini par ne plus s'en lasser, c'est même pire que plaisant. Arrogant, si ce n'est dire carrément péteux, j'ai bien du mal à le voir autrement. Il est vrai que de voir Silas un jour ne plus avoir ceci qui le caractérise bien, ce sera le jour de la fin du monde, je crois. Haussant seulement les sourcils en le voyant s'enfermer dans la salle de bain, j'en viens à moi utiliser le lavabo pour enlever tout ce que je peux avoir dans les cheveux. Lait, céréales, le résultat est loin d'être probant mais je suppose que ceci est mieux que rien. Après plusieurs minutes a avoir passé de l'eau sur ma longue tignasse, j'en viens à l'essorer. Mes deux mains passent alors dedans et j'en viens à revenir dans le salon. L'attendant fin prêt à reprendre ma revanche, ou qui sait, pire même. Bras croisés sur le torse, je m'attends à tout. Qu'il me balance du shampoing dans la figure, un savon, n'importe à vrai dire. Mais, là, là. Mes deux yeux s'écarquillent. Silas nu comme un ver ? Est-ce que je m'y attendais ? Non, loin de là. Un silence, un blanc quasi magistral. Inconsciemment mon coeur rate un bond et je papillonne des yeux. J'ai la berlue ? Il a fait ça ? Sincèrement ? Ma main se glisse sur la moitié de mon visage, je ne sais quelle réaction avoir. Gueuler ou bien exploser de rire, j'en reste seulement perplexe. Dans le plus simple appareil Silas reste le même, loin d'être pudique. « Quoi ? On est tous foutu pareil, et moi mieux que certains. T’aurais pu tomber plus mal franchement. » Ma main se pose alors sur mon front. Sublime facepalm que je lui offre les yeux clos. Je désespère ? Oh oui, pour ne pas changer des bonnes habitudes. Si quand je monte un grade au dessus, il n'hésitera pas à tout dépasser pour être le premier. C'est ainsi. Le jeu n'a pas réellement de règles, on doit s'y accommoder sans pleurnicher.

C'est alors que la sonnette vient tout briser, tout casser. Intérieurement j'en suis soulagé, je ne savais que dire de plus, ni quelle réaction avoir. Sauf que malheureusement, Silas en a décidé autrement. Histoire de briser le peu d'honneur que j'avais, il se dirige vers la porte, l'ouvre et, j'ai seulement le temps de me retourner pour voir le visage dépité de la factrice. J'en rigole, oh oui, nerveusement même je dirais, mais je garde tout ceci à l'intérieur et dévore ma lèvre inférieure pour m'empêcher de rigoler à gorge dévoilée face à cette jeune femme qui n'avait rien demandé. Roulant des yeux, je m'approche à mon tour, et ses mains ne sont plus là où elles devraient être. Peur de rien hein ? Parfaitement. Il est de ceux qui n'en ont rien à faire des pensées des gens, du moins, j'ose à le croire. Bizarrement, avec moi il se montre plus, casse-cou avec une charmante demoiselle. En même temps, de la victime qu'on vole et de la demoiselle que l'on veut dans son lit, il y a cette marge assez lourde. Cette femme me regarde alors, encre ses deux yeux foncés dans les miens, perdue, elle ne sait réellement où regarder et ses joues prennent une jolie teinte rosée. « Je sais que ça en a l’air, mais en fait pas du tout. C’est vrai, quand on nous voit tous les deux, les gens pensent immédiatement ils sont beaux ils sont forcément gays. Mais en réalité ce charmant jeune homme est libre donc si vous voulez, vous pouvez entrer et je m’en irai. A moins que vous vouliez que je reste. Ce n’est pas dans mes habitudes à trois mais si vous insistez je ne peux refuser… » Et là un début de presque fou-rire m'attaque mais j'inspire un long instant pour retenir cette fureur comique me ridiculiser. Raclant ma gorge, je me glisse seulement devant Silas, histoire d'enlever la gêne de cette femme et je ne peux que la plaindre. Pauvre demoiselle, d'un côté elle doit se dire qu'elle est tombée sur un siphonné et de l'autre ? Que ce n'est pas désagréable d'avoir droit à un tel spectacle. Serait-il répugnant, effectivement, mais là, il est vrai que Silas ne se laisse pas aller. Avant de prendre le colis qu'elle a entre les mains, je retourne ma tête vers le roux et ajoute. « Ah très bien, je suis libre ! Tu avoues que tu es gay ? Je suis fier de toi, vraiment. Mais bon, ceux qui l'ouvrent le plus en font le moins, c'est prouvé. » Sourire engendré à nouveau, la main frêle de la demoiselle me tend un papier à signer et un stylo. Je signe, pendant qu'elle secoue sa tête. Lui rendant ce qu'elle attendait que je signe, elle grommelle quelque chose derrière son écharpe verte, je n'y comprends rien et pour tout dire, je ne m'y intéresse pas plus que cela. La porte se referme derrière moi, je me retrouve encore une fois face à face avec Silas. Je jette alors un coup d'oeil au colis que j'ai entre les mains. Réfléchissant à ce que cela peut être. Oh oui, je crois bien que ce doit être un ouvrage que j'ai commandé sur la mythologie nordique, mais pour tout dire, je n'ai pas la tête à réfléchir pour l'instant. Soufflant sur une mèche de cheveux mouillée qui vient à s'incruster devant mon oeil, je repose mon attention sur le visage de mon invité. « Et nudiste en plus de ça ? Tu m'impressionnerais presque. » Je me rapproche alors un peu de lui, comme pour lui dire le plus grand secret au monde. Je murmure presque dans le creux de son oreille. « Je plains la demoiselle que tu t'es tapé alors que tu sentais la mort. Elle a du garder un sacré souvenir. » Pichenette en plein milieu du front, je glisse à côté de lui, et je jette nonchalamment le colis sur le canapé. Qu'importe, je l'ouvrirais plus tard, la mythologie peut lourdement attendre surtout dans une situation comme celle-ci. Dos à lui, je lève mon regard vers le plafond, l'air de rien. « Mes félicitations d'ailleurs. Je crois que la factrice ne passera plus jamais me livrer ! C'est pas cool de traumatiser les gens comme ça, franchement Silas. » Une voix quasi abusive d'enfant battu, presque attaqué par sa mère. Si parfois je me montre comme cette coquille impénétrable, avec Grim et lui, la donne est parfaitement différente. Oh, je sais virer rouge quand il le faut, ou quand il ne le faut pas d'ailleurs. Contre toute attente, je me retourne à nouveau, et bien évidemment, il n'est pas rhabillé. Après tout, les tours de magie, c'est pour les autres. Pas pour un Wharol. Mon coeur me fatigue, mon coeur claque encore un peu plus vite, et pour tout dire, la course est finie depuis longtemps. Je met ceci sur le compte de l'amusement profond, ou, je n'en sais rien. « Tu comptes rester combien de temps comme ça ? » Ma tête vient alors à se pencher sur le côté, air interrogé collé au visage. J'aurais pu utiliser l'argument que, de toute manière les voisins entendent et la factrice en parlera surement. Les ragots filent vite dans cet immeuble, je ne m'inquiète pas pour son cas, si il y en a un qui sait défendre sa réputation, c'est Silas. Moi ? Je me contrefiche de la pensée des autres, je n'aime à démentir, du coup, je reste dans ma bulle silencieuse. Je ne calcule même plus le nombre de fois où cette scène se répète, nu ou pas d'ailleurs, il y a toujours un moment de face à face. Pour gueuler, pour rigoler, qu'importe. Toujours retourner à cette case départ, jamais réellement avancer ou reculer.

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J'avais toujours entendu dire qu'à l'instant de votre mort, votre vie entière se déroule devant vos yeux en une fraction de seconde. Tout d'abord cet instant dure beaucoup plus longtemps qu'une fraction de seconde, il s'étend jusqu'à l'infini comme un océan de temps.


Dernière édition par Ruben Nogard le Lun 4 Fév - 5:24, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: DON'T PUSH FIRE ▲ RUBENSILAS   Lun 4 Fév - 0:42




Parfois, je me demande comment était mon père. Je n’ai jamais rien eu en commun avec ma mère alors je suppose que je tiens ma connerie de lui. Tout ce que je sais, c’est qu’il était espagnol –d’où mon léger accent- et qu’il nous a abandonnés très tôt. Si tôt que je ne me rappelle pas de son visage. Ma mère n’a jamais voulu en parler, mais parfois c’est elle qui l’évoquait vaguement quand elle m’engueulait. Elle disait que je lui ressemblais beaucoup. Je pense que c’est pour cela qu’elle ne prenait pas de pincettes avec moi contrairement à mes frères et sœurs, et peut-être aussi parce que j’étais l’aîné. Quoiqu’il en soit j’ai dû me forger ma propre image du paternel. J’imagine qu’il est comme moi, ou plutôt que je suis comme lui. Dans ce cas il est sûrement parti parce qu’il n’en pouvait plus de cette vie. Avec cette grande famille et ma mère encore enceinte, il devait se sentir oppressé, ou enchaîné. S’il est comme moi, c’est un gars qui avait besoin d’aventure, qui voyait plus grand pour lui. Aujourd’hui il est peut-être en Europe, dans son pays natal, en train de boire et forniquer en vantant ses mérites. Peut-être va-t-il de ville en ville, profitant de tout ce que la vie peut lui apporter. Ouais, je suis sûr qu’il est comme ça, pas très différent de moi. Ma mère a dû se retourner dans sa tombe quand j’ai abandonné les miens de la même manière qu’il nous a abandonnés. Au final, elle qui me disait toujours « Tu n’es pas mieux que lui ! » elle n’avait pas tort, et je pense que je suis même devenu exactement comme lui. Sans vouloir suivre un modèle éteint de père, non. Non je crois que j’ai voulu tracer ma propre voie comme il l’a fait, sans me retourner. J’ai préféré partir, me libérer de ces chaînes pour finalement porter un soupçon de culpabilité sur mes épaules. Mais je préfère cela à l’emprisonnement. La liberté, il n’y a rien de plus bon. Et je dis ça en sachant parfaitement de quoi je parle, étant donné que mon organe génital est en ce moment même en train de prendre un grand bol d’air frais ! Je ne suis pas un mec cynique, loin de là. Je fais d’ailleurs très attention à mon image et ce que les gens peuvent penser de moi. Je tiens beaucoup à ma réputation, c’est donc pour cela que je fais tout dans la discrétion. Mes pires crasses restent invisibles et secrètes, et ce grâce à ma nonchalance naturelle et mon charme mythique. Mais voilà, si j’arrive à cacher mes péchés et mes vices, c’est bien parce que j’aime m’amuser et donc, ai tout le temps l’air d’un parfait idiot, ou parfait tombeur. Les femmes que j’ai connues ne pourraient le nier. C’est ce que je suis, ce que mon père est aussi sûrement, mais moi je sais qu’il y a plus que cela derrière, tout comme il y a sûrement plus derrière les grognements cracheurs de feu de Ruben. Seulement, pour découvrir ce qui s’y cache, il faudrait créer une fissure dans ce château de glace.

Je crois que la petite factrice rougit, ce qui ne fait qu’accentuer un peu plus mon sourire. Je remarque qu’elle évite de croiser mon regard et porte plutôt son désarroi face à Ruben, presque en demandant muettement son aide. Je me retiens d’exploser de rire et lance moi aussi des regards très appuyés à Ruben. J’espérais le mettre mal à l’aise lui aussi, et pourtant il semble tout aussi amusé que moi, bien qu’il se retienne respectueusement de rire. Quoi, il serait partant alors ? Ça m’étonnerait, il est bien trop prude. Rien que tout à l’heure, il n’osait pas affronter mon corps divin et détournait les yeux. Moi au moins, je sais apprécier une belle vue ! Je le vois alors se glisser devant moi pour me cacher à la factrice et rengaine mon pactole dans ma poigne. « Ah très bien, je suis libre ! Tu avoues que tu es gay ? Je suis fier de toi, vraiment. Mais bon, ceux qui l’ouvrent le plus en font le moins, c’est prouvé. » Une grimace déforme alors mes traits. Il a osé ! Il me provoque ! Face à une ravissante factrice à qui j’avais tendu une magnifique perche –sans mauvais jeu de mots- pour moi comme pour lui. Je n’arrive pas à le croire. Il compromet mon honneur là. Déjà que c’était pas gagné d’avance avec le faciès que j’ai depuis hier soir. « Hé ! J’en fais autant que je l’ouvre, demande aux trois quarts des femmes de la ville ! Et puis si j’étais gay aussi je n’aurais aucune honte à l’avouer moi. D’ailleurs je le suis peut-être ! Qu’est-ce-que ça peut faire ?! Ma côte ne baisserait pas auprès des femmes pour ça. » Ben oui quoi, je ne vois pas ce que ça changerait au fond. Bien que… s’il avait été d’accord et qu’on se serait tous les trois retrouvés dans sa chambre, j’aurais peut-être déguerpis le cœur claquant. Je n’ai pas peur ! C’est seulement que… je ne sais pas. C’est un homme et puis voilà. Je rattrape alors la main de la jeune fille en restant tout de même derrière Ruben qui signe le reçu et l’embrasse de nouveau. « N’écoutez pas ce qu’il dit, pour vous, je me couperais en quatre. » Je la lâche pour la deuxième fois et lui chuchote « On s’appelle ! » en faisant un signe de main à l’oreille, puis je reporte mon attention sur Ruben qui vient de fermer la porte. « Et nudiste en plus de ça ? Tu m’impressionnerais presque. » Je me contente de lui répondre par un grand sourire prononcé et détend mes traits quand il s’approche de moi. Un frisson vicieux me parcourt l’échine alors qu’il se trouve à seulement quelques centimètres de mon corps nu et me murmure quelque chose à l’oreille. « Je plains la demoiselle que tu t’es tapé alors que tu sentais la mort. Elle a dû garder un sacré souvenir. » Mes paupières se ferment par reflexe à la pichenette que je reçois sur le front et je me retourne instinctivement. « Au moins elle ne m’a pas oublié. La factrice aussi, elle se souviendra de moi. » Je le gratifierais bien d’un clin d’œil, mais il ne me fait pas face, alors je me contente de garder bêtement ce sourire bienheureux sur les lèvres. « Mes félicitations d’ailleurs. Je crois que la factrice ne passera plus jamais me livrer ! C’est pas cool de traumatiser les gens comme ça, franchement Silas. » Il se retourne de nouveau vers moi comme une maman pas contente et je hausse simplement les épaules et vire mes paumes vers le plafond, dégainant de nouveau mon paquet et dilatant mes pupilles en deux boules rondes et innocentes. « Mais c’est marrant ! » Un sourire en coin, Je me dirige vers le canapé. « Tu comptes rester combien de temps comme ça ? » Ah oui, tiens, c’est vrai. Je ne vais peut-être pas rester à poil plus longtemps. « Oh, je ne sais pas. Je vais te laisser profiter et je me rhabillerai quand je sentirai que tu ne pourras plus retenir tes pulsions sexuelles. » Toujours une vanne à la con pour détendre l’atmosphère. Je siffle gaiement puis me jette sur le canapé et m’y love comme un chat, baptisant le mobilier de mes fesses toutes chaudes. J’allume la télévision d’un coup de télécommande et fait alors comme chez moi, me réjouissant de cette situation et imaginant parfaitement l’air que doit afficher Ruben sur son visage. En plus, étant nu comme un vers, il n’osera pas s’attaquer à moi avec les bras. Ah ! J’adore gagner. Sauf que je commence à avoir froid. « Non mais je plaisante ! » lâche-je en m’exclamant et me relevant. Je fouille dans sa chambre et me vêtis de ses habits, un caleçon, un jean et une chemise, puis pique une montre qui se trouve là, sur une commode. Un jour, il faudrait vraiment que je me fasse soigner.

« Tu veux peut-être que je parte et te laisse tranquille maintenant ? » dis-je en sortant de la chambre et en m’approchant de la cuisine. J’attrape alors de quoi nettoyer et éponge les dégâts, eau, lait, puis jette les céréales dans la poubelle. Je lave le bol et la cuillère et laisse tout sur l’évier à essorer. Une vraie femme à marier. Je me surprends moi-même parfois. « Non parce que j’suis bien moi ici. Je risque de m’ennuyer si je rentre… Tu veux pas qu’on fasse un truc ? Qu’on sorte ? Je pourrais t’aider à choper et tout ! » J’ai l’air d’un gosse qui se réjouit devant sa première PlayStation et veut absolument montrer son jeu préféré à son pote. Mais Ruben est mon pote. Je m’amuse toujours quand je suis avec lui, je me sens chez moi quand je suis chez lui. J’ai envie d’apprendre à le connaître. Parce qu’avec lui c’est différent, il est différent de tous les mecs que j’ai connu. Je ne veux pas qu’il me voit que comme un bandit, un bon à rien. Je veux lui prouver que je peux être différent. Je veux lui montrer les meilleurs côtés de moi, comme si… comme si j’avais besoin de son approbation, de sa fierté et de son admiration. Ce n’est pas qu’un jeu d’enfants. De mon côté il y a plus. Je désire plus qu’un jeu. Je vois en Ruben la seule personne qui me supporte, la seule personne qui peut me gérer quand j’arrive chez lui la gueule défoncée. Alors je veux lui rendre la pareille. Je veux juste… tenter de lui faire ressentir ce qu’il m’apporte, essayer de lui prouver qu’il existe. Je veux tisser un lien, un lien fragile mais authentique. « Au fait, c’est quoi ? » Je pointe du doigt le colis qui gît sur le canapé et fixe curieusement Ruben, la tête légèrement penchée. Savoir ce que renferme cette boîte serait déjà un premier pas. Un petit pour le chat mais un grand pour le dragon, et inversement.
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MessageSujet: Re: DON'T PUSH FIRE ▲ RUBENSILAS   Lun 4 Fév - 18:47


Des instants rares, des instants qu'on aime à garder au fond dans son jardin secret. Certes, ils sont plus que stupides et ridicules en présence de Silas, mais j'aime à penser qu'ils restent de ceux qui me font tenir un minimum debout. Je m'accroche à peu, me tiens à une fine cordelette qu'est ma vie. Si bien des gens sont passionnés par leur métier, d'autres vivent de folles histoires d'amour et connaissent la gloire, je suis loin de ceux qui ont tout cela. Non pas que je m'en plaigne, mais de peu je pourrais me considérer comme un ours mal léché. Si ce n'est d'ailleurs pas déjà fait, après tout, une étiquette se colle sur votre visage dès le début, à partir du moment où j'ai posé le pied dans cet immeuble. Le garçon du dernier étage, un peu cet associable ou bien, qui pourrait réellement le dire ? Je ne compte plus les surnoms. Péjoratifs comme flatteurs, il en vient à un moment où j'en oublierais presque mon propre prénom. Qui suis-je réellement ? Ruben, la touffe noire qui se défile dans ses bouquins et s'idéalise d'un autre monde. Juste Ruben qui préfère la neige au soleil, ne sait guère dessiner mieux qu'un gamin de maternelle et qui voit rouge tel un animal furieux. Je dois garder ce prénom. Ru-ben. Rien de plus simple ou plus compliqué que de se souvenir de qui nous sommes réellement. Peut-être qu'à trop entendre, à trop prendre à coeur le venin des serpents, on en vient à se dénaturaliser parfaitement. Puis-je seulement changer et devenir un parfait autre homme ? Trop de doutes, trop de méfiance à autrui. Pourtant, je ne suis pas un mauvais bougre, pas forcément. Silas et Grim sont de ceux qui peuvent voir qu'un coeur éclate sous ce corps un peu froid, un peu pâle qui ferait penser à la dégaine d'une âme sans vie. Les bons côtés, les mauvais, tout se mélangent pour ne donner qu'un bordel incessant. Le changement est pour les autres, non pas pour moi. Si je suis de ceux qui ont plus de défauts que de qualités, plus je regarde autour de moi et plus je me rends compte que je ne suis pas le seul. Silas par exemple se démarque par sa vantardise, son égo qui se veut sur dimensionné - aucune fin pour la bêtise humaine disait l'autre, il n'avait pas réellement tord -, cette inconscience, ce fait d'être volage et j'en passe. Malgré tout, dans cette quantité aberrante de points noirs, j'arrive à y voir des qualités, qui se veulent rares et que peu de personnes peuvent avoir. Je les découvre jour après jour. Il a cette facilité à redonner le sourire, que à moi mon plus grand malheur, je n'ai pas. Un peu qui sait, mais que je manie très maladroitement. Chacun ses démons et ses bêtes noires, sa manière de sortir du lot. Je suis celui du dernier étage, Silas est le coureur au tableau de chasse inconsidéré de l'étage en dessous. Un souffle d'existence unique qui pousse en nous, tel un arbre de vie personnel. Le mien a ses branches pourries comme celles qui arrivent à bien tenir. Intérieurement, je ne peux que trop remercier ces deux hommes qui me redonnent un minimum de confiance en l'humanité. Parfois désespérant certes, mais avec un peu de recule, on s'attache. Trop, plus qu'il ne le faudrait, jusqu'à en faire des piliers. Je suis une construction bancale posée sur la mer. Silas et Grim sont ces deux morceaux de bois qui me tiennent debout, durant combien de temps encore, je ne saurais le dire. Mais, pour une fois, j'avoue avoir une confiance inconsidérée en l'un comme en l'autre. Si mon très cher ami d'enfance le sait, malheureusement je ne compte pas le dire à ce pickpocket, ou du moins, pas encore. Après tout, la carte des moments chaleureux, un peu sentimentaux, lui ou bien moi, finissons par trouver une quelconque raison de tout briser. Fragile, inconscient, je m'en rends bien compte. Mais contrairement à ceux qui passent leur vie avec une croix autour du coup, je préfère ne pas m'illusionner et me fier à des existences réelles. Que je peux toucher, à qui je peux parler, et jouer même dans ce cas précis. Je veux y croire, encore un peu, même quelques heures encore. Le regard paumé sur un point vide sur le mur, je papillonne des yeux à l'entente de la voix de Silas. Durant quelques secondes, j'ai oublié qu'il était en tenue d'Adam. Pourtant, je fronce les sourcils à la vue de ses bleus qui ne sont pas très beaux. A nouveau une belle claque pour me rappeler sa présence ici. Son oeil est toujours bien gonflé, un peu moins que hier soir si je ne m'abuse. C'est presque amèrement qu'une certaine peine vient à me prendre à nouveau. Mais, le moment n'est pas à s'apitoyer. Vrai, il est à poil dans mon salon nom d'un chien, ses bleus ne devraient pas me perturber. « Oh, je ne sais pas. Je vais te laisser profiter et je me rhabillerai quand je sentirai que tu ne pourras plus retenir tes pulsions sexuelles. » Et c'est à nouveau un tour que je me paie, enfin non, il est parfaitement gratuit. Il me cherche, une petite vengeance vis-à-vis de la pauvre demoiselle aux cheveux dorés. J'imagine qu'elle ne tardera pas à le raconter à bien des gens dans cet immeuble, et bientôt, nous aurons cette affiche collée sur la figure. Le couple improbable, et bien des femmes seraient dégoutées. J'en ris d'avance à vrai dire, et d'une certaine façon, je n'en porte pas plus d'importance. Silas se battra comme un tigre pour rétablir sa réputation de tombeur, et moi je vais seulement hausser les épaules en ajoutant : crois ce que tu veux. Je tire une mine dépitée en le voyant se lover sur le canapé, tel un gamin capricieux. Je pense que je vais avoir droit à ce cirque toute la journée, tant pis, je pourrais l'ignorer. Vraiment ? C'est trop espérer. Faire semblant de ne pas le voir, reste une mission bien difficile. « Non mais je plaisante ! » Un soulagement intérieur, déjà qu'il ne fait pas très chaud ici. Malgré tout, mes yeux dérivent vers une autre destination, le plafond, une chaise, n'importe tant que je ne recroise pas sa peau mutilée par les coups. Boum, boum, je l'entends, vicieux, mauvais, il claque un peu plus. Nom de dieu, quand est-ce qu'il va daigner s'arrêter ? Je prends une longue inspiration, ayant seulement le temps de passer ma main dans mes cheveux pour remarquer qu'il n'est plus dans la pièce. Penser à autre chose, ne plus rien y voir. Les rires, voilà, rien de plus, rien de moins.

Fronçant alors mes sourcils, sur le colis posé sur le canapé, je n'ai pas encore réellement ouvert la bête. Je ne me souviens pas réellement, en vu de la taille, un livre surement, mais de quoi ? Je pince ma lèvre inférieure. Comme un enfant qui se fait du mal la veille de noël, en regardant avec son petit filet de bave le cadeau emballé d'un rouge flamboyant. Je ne bouge pas, comme tétanisé, dévoré par une quelconque bestiole, ou simplement congelé sur place. Je ne prends même pas le temps d'admirer les dégâts autour de moi. J'ai cette impression étrange que le temps se fige, pourquoi ? Qui pourrait le dire. Les pensées se bousculent, comme des fils pour ne donner qu'une pelote trop colorée. Contre toute attente, à nouveau j'entends les pas de Silas dans l'appartement. Vêtu avec ce qui m'appartiens, c'est que ça lui va presque bien. J'hausse les sourcils, presque surpris. Mais, une partie de moi s'y attendait, un minimum. Quitte à avoir de la nonchalance, autant qu'elle reste jusqu'au bout. Et je le vois, comme un bon scout motivé à faire sa bonne action. Et ce que je vois, m'étonne bien plus que tout. Si je me voyais déjà à quatre pattes en train d'enlever la flaque et les céréales, Silas s'en occupe. Culpabilité ou pulsion quelconque, je ne saurais le dire, et même si la question me démange drôlement, je n'ose dire mot. Si peu de choses suffisent à mon bonheur, je suppose que des réactions comme celles-ci y contribuent aussi, agréablement d'ailleurs. « Tu veux peut-être que je parte et te laisse tranquille maintenant ? Non parce que j’suis bien moi ici. Je risque de m’ennuyer si je rentre… Tu veux pas qu’on fasse un truc ? Qu’on sorte ? Je pourrais t’aider à choper et tout ! » Un rire s'échappe à nouveau de mes lèvres, sincère pour ne pas changer. Croit-il réellement que je n'ai jamais vu le corps d'une femme ? Que je n'ai jamais eu droit à une quelconque personne dans mon lit ? Comme j'aime à le penser, ceux qui ouvrent le plus leurs bouches, en font bien le moins. Je ne dirais pas être celui qui en fait le plus, mais, sa grande bouche finira par le trahir un jour. Haussant alors les épaules sur le coup, je me prépare à répondre, mais je suis bien vite coupé dans mon presque élan. « Au fait, c’est quoi ? » Ah oui, ce petit paquet bien emballé dans son carton. Je m'en approche seulement, pour le prendre entre mes mains. Dos à Silas, j'en viens à froncer les sourcils. Je n'ai pas cette impatience qu'un gamin hyperactif peut avoir, je peux même oublier et laisser pendant des jours quelque chose de fermé prendre la poussière. Inconsciemment, un sourire vient à se glisser sur mon visage. Un quelconque blanc, mais je ne compte pas pour le moment ouvrir ce paquet. J'ai raté ma réponse, alors je vais la dire. « Tu crois que j'ai besoin de ton aide pour avoir quelqu'un dans mon lit ? Franchement, faut pas croire, je suis tout aussi volage que toi et - » Je m'arrête net en me tournant vers lui, et sa mine parfaitement peu convaincue me montre que oui : je ne suis pas comme lui, que non je ne suis pas doué au mensonge qui se voit comme le nez dans la figure. « J'crois que je vais me taire et arrêter de m'enfoncer hm ? Et, ce qu'il y a là-dedans, j'ai ma petite idée. » Mes prunelles s'écrasent alors sur le carton, une main posée dessus, l'autre en dessous. Je pourrais tenir longtemps comme ça, et je verrais presque une certaine curiosité dans le regard de Silas. Le faire patienter ? Ce serait stupide, et bien au plus bas de l'enfant vicelard. Mais un bruit vient à briser ce silence d'or, le carton petit à petit s'enlève pour dévoiler un titre. Je me suis planté, lamentablement, mais pour tout dire, je n'étais pas réellement loin. Pays du nord oui, mais loin d'être de l'histoire. Dictionnaire islandais, pour ma propre personne, pour ma culture personnelle et sans le remarquer, pour rendre honneur à mon père qui tenait tant à ses origines. Si je reste sans langue durant quelques secondes, ce titre vient à me donner une idée. Ma lèvre pincée presque à sang. Ce n'est pas une bonne, mais, pourtant, je pourrais y voir quelque chose, qui sait. Mais, à quoi me servirait une telle bêtise ? Je ne peux que me résoudre à me dire qu'il ne prendra pas mal ce mensonge que je prépare à divulguer. On se rend la pareille, mais pas de la même façon. « Dictionnaire islandais. J'connais quelques mots ici et là, mais rien de très concret et si j'compte partir là-bas, il faut que je connaisse un minimum la langue. » Pour prouver quoi, pour chercher quoi un tel examen ? Rien ? Pour me rassurer ? Je me souviens de cette phrase dite la veille. Ne jamais me faire confiance. Vraiment Silas ? Si tu es le maître en la matière du mensonge, je ne suis peut-être qu'un apprentie, mais je crois pouvoir me débrouiller. Qu'est-ce que je veux me prouver ou lui faire dire en déblatérant une telle insinuation ? Je n'en sais rien, et pour tout dire, je ne pense pas réellement aux conséquences. Vivre loin de Taleville est un rêve d'enfant, que je n'ai jamais osé réaliser. Rester ici, tout simplement parce que j'y apprécie la vie, et puis parce qu'il y a eux. M'y séparer ? Pour rien au monde je ne le ferais. Je relève alors mes yeux vers Silas, un silence, solennel, de cimetière qui me fais presque peur. Une blague oui, de très mauvais goût je ne peux que l'accorder. Ne rien laisser transparaitre, même pas ce pétillement traitre qui pousse à voir que ce n'est qu'un tissu à moitié fondé de n'importe quoi. Qu'est-ce qui me pousse à agir comme ça ? Qui, quoi, quand, comment ? Je ne veux même pas me le demander concrètement, et pour tout dire, ma conscience s'occupe du reste. Sifflement de bête sombre. Tu veux juste être important, ne serait-ce qu'un peu à ses yeux. C'est la bêtise qui t'emporte, la connerie infuse qui te pousse. Besoin d'être rassuré, besoin de tout et de rien à la fois. Funambule sur son fil de rasoir, qui sait quand tu te couperas ?

_______________________________

J'avais toujours entendu dire qu'à l'instant de votre mort, votre vie entière se déroule devant vos yeux en une fraction de seconde. Tout d'abord cet instant dure beaucoup plus longtemps qu'une fraction de seconde, il s'étend jusqu'à l'infini comme un océan de temps.
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MessageSujet: Re: DON'T PUSH FIRE ▲ RUBENSILAS   Mer 6 Fév - 5:33




Quand je réfléchis –parce que, oui, ça m’arrive de temps en temps- je me rends compte que je n’ai pas de lien fort avec quelqu’un. Je n’ai pas ce que Ruben a avec Grim. Ce qu’ils ont, c’est puissant. Mais moi, je n’ai pas de confident, pas d’amour, et je considère même que je n’ai pas de famille. Je n’ai jamais réussi à m’attacher assez à quelqu’un, quand bien même j’ai essayé, assez fort, quand bien même je l’ai voulu, ardemment, pour changer ne serait-ce que mes mauvais côtés. J’ai toujours voulu me débrouiller seul, ne dépendre de personne, n’être un poids pour personne. J’aime ma liberté, j’aime l’idée de ne vivre que pour moi. Après tout, sur qui peut-on réellement compter, si ce n’est sur soi-même ? L’amitié est superficielle. A quoi bon perdre son temps avec des faux-semblants, prétendre être là pour autrui dans les coups durs comme dans les meilleurs moments, si c’est pour disparaitre du jour au lendemain, sans laisser d’adresse, juste une odeur, un goût amer. Il ne sert à rien de faire des promesses que l’on ne peut tenir. Il ne sert à rien de laisser des vagues d’espoir si c’est pour qu’elles vous submergent de déception et de trahison. L’amitié est hypocrite. Ils font semblant, affichent de faux sourires, prennent tranquillement le thé et se façonnent des plaies, se font des coups bas et sont égoïstes. Je n’ai pas envie d’être comme ça. Je ne veux pas leur ressembler. Face à moi, les gens savent tout de suite à qui ils ont affaire. Je suis égoïste oui, je mens habilement certes, mais je ne m’en cache pas. Les hommes voient qu’ils ne peuvent pas compter sur moi. Les femmes savent que je ne veux pas de leur amour. Car je ne veux pas de ça. Je ne veux pas d’une vie sans saveur. Je n’ai pas l’ambition de me marier, fonder une famille et entretenir une petite maison avec clôture blanche à l’orée de la ville, ni d’acheter un cabot qui s’appellera Rex. Ils s’appellent tous comme ça. Je n’arrive simplement pas à comprendre pourquoi c’est le but de tout homme dans la vie. S’enfermer dans une cage, en façonner soi-même les barreaux et les soigner jusqu’à ce qu’ils rouillent et s’effondrent pour ne laisser qu’un tas de regrets. Je ne pourrais jamais vivre avec cela sur la conscience. On n’a qu’une vie, et il faut l’écrire comme un journal dont les pages sont d’abord blanches, en noircir les feuilles jusqu’à en perdre le souffle, profiter de tout ce qu’elle peut nous apporter sans jamais se donner d’interdits, seulement des défis. C’est ainsi que je conçois la vie. Et quand je m’imagine dans quelques années, je me vois ailleurs, loin d’ici. Je ne finirai pas dans cette ville. J’ai tant d’années devant moi, n’attendant plus que je les écrive. J’irai de ville en ville, de pays en pays, de continent en continent. Je continuerai de suivre ma propre voie, sans jamais m’attacher à personne, sans jamais me poser nulle part. Et quand il n’y aura plus d’encre, quand je ne pourrai plus noircir les pages, je m’en irai presque serein, car il demeurera toujours un regret pour me ronger, mais un seul.

Mes yeux sont posés sur le colis que la jolie petite factrice a déposé. Je suis curieux, simplement. Ruben attise chez moi des questions que je ne me pose pas forcément sur les gens. La toute première étant bien sûr Grim. Au début, j’ai bêtement cru qu’ils étaient frères, ou cousins, quelque chose comme ça. Finalement, je me suis aperçu que c’était différent, et même, plus puissant, plus grand. Je ne l’avais jamais vu aussi meurtrier que lorsqu’il m’a empêché de voler Grim, son petit protégé. Je crois même me souvenir que j’ai eu peur d’avoir commis l’irréparable, d’avoir brisé ce truc qui commençait à nous lier, enfin, du moins… de mon côté. Mais j’ai mené ma petite enquête dans l’ombre, j’ai cherché à comprendre ce qui unissait un gosse de dix-huit ans à un bougre de vingt-quatre. Je pense que je ne saisirai jamais le fond de leur relation. C’est quelque chose qui leur appartient et je me surprends parfois à jalouser cela. Je n’y vois pas de faux-semblants. C’est quelque chose de sincère et profond. Quelque chose qui m’est inconnu et pourtant, pourtant quand je suis avec Ruben je crois que je comprends un peu pourquoi Grim s’y attache tant. C’est la personne la plus vraie que j’ai rencontré. Ce qui effraie les gens à son propos, c’est justement ce qui m’a poussé à aller vers lui. Un reclus, un rebut de la société. Un solitaire qui se terre chez lui. Un bougon qui ne parle pas sans raisons et ne cherche pas à se donner un genre. Un sang-chaud qui renferme des secrets bien gardés. Ruben et moi sont de parfaits opposés, et il parait que les contraires s’attirent, ce qui justifierait ma curiosité à son égard. C’est vrai que je cherche souvent à comprendre ce que je ne comprends pas, ce qui m’est inconnu. Sans cesse en quête de nouveaux horizons, de nouvelles sensations. Et les sensations ne manquent pas avec lui. Je n’arrive pas à m’en détacher. Et même si je le voulais, je n’y arriverais pas.

« Tu crois que j’ai besoin de ton aide pour avoir quelqu’un dans mon lit ? Franchement, faut pas croire, je suis tout aussi volage que toi et… » Un rictus prend forme aux coins de mes lèvres. Bien tenté, mais ça ne prend pas avec moi. Ruben volage, tu parles. Il a à peine remarqué la fille canon qui vient d’emménager deux étages en dessous alors que j’ai bavé devant chaque fois que je l’ai croisée depuis son arrivée. Ce n’est qu’une question de temps. Une question de temps, et elle finira dans mon lit, comme toutes les autres. Je doute fortement que Ruben adhère à ce genre de principes, si on peut appeler cela des principes. Alors oui, je suis persuadé qu’il a besoin de moi pour l’aider à parfumer ses draps d’une chaleur féminine. « J’crois que je vais me taire et arrêter de m’enfoncer hm ? » Je n’ai même pas eu besoin de dire un mot, il a immédiatement compris que je ne le prenais pas au sérieux. « Et, ce qu’il y a là-dedans, j’ai ma petite idée. » Je reste muet et me contente de le regarder ouvrir le paquet, impatient de découvrir ce qui se cache à l’intérieur. Des menottes, du lubrifiant, un canard vibrant ? M’aurait-il caché un côté coquin ? Non, je n’aurais pas pu passer à côté, et puis ça ne lui ressemble pas. Ou bien on lui aurait fait une mauvaise blague. Enfin, mauvaise… tout est relatif. Mais je n’espère pas, j’aimerais mieux être le premier à avoir l’idée et alors le prendre en flagrant délit à un moment tout à fait inopiné. Brillante idée ! Je m’approche alors à pas légers, mains derrière le dos, talons surélevés et regarde un peu ce qu’il sort du carton. Un… livre ? Non, pire ! Un dictionnaire, et pas anglais en plus. Une grimace déforme involontairement mes traits. Je suis allergique à tout ce qui concerne la culture. Je n’ai d’ailleurs pas fait d’études. Heureusement, j’ai d’autres qualités pour compenser. Enfin, je crois. Mais, c’est quoi ? Je penche ma tête doucement pour lire de biais. Islandais ? Mais c’est loin ça. Quel est l’intérêt d’acheter un dictionnaire islandais si ce n’est… Ok, je vois. Il veut devenir acteur porno, ça explique tout. La langue étrangère pour donner du piment au scénario, le changement de nom pour une double identité, un pseudo cool et frais, tout ça. Sacré Ruben, je savais qu’il n’était pas si frigide que ça ! « Dictionnaire islandais. J’connais quelques mots ici et là, mais rien de très concret et si j’compte partir là-bas, il faut que je connaisse un minimum la langue. » Mon cœur rate un bond. Boum. Boum. J’ai l’impression qu’une énorme encre de bateau me fracture le crane, transperce mes poumons et s’échoue sur mon cœur. Boum. Boum. Boum. Attend… quoi ?! J’ai bien entendu ? Il faudrait que j’appuie sur le bouton retour, juste pour me repasser la scène, avec sous-titres et même langage des signes, pour en être bien sûr. Mais évidemment, il n’existe pas de tel bouton pour la vraie vie, alors je me contente de rester muet et immobile. Boum. Je le fixe les yeux ronds, l’air plutôt con. Reprends toi Silas, t’as l’air d’un parfait abruti. Je papillonne des yeux et tente de retrouver mes esprits. Je ne peux pas laisser ce silence s’éterniser plus longtemps. « Tu… comptes partir ? Quand ça ? Pourquoi ? Tu n’as pas toujours vécu ici ? » Pour quelle raison voudrait-il quitter sa maison ? Quatre questions d’affilé, ça fait beaucoup, et suspect. Mais il m’est trop difficile de cacher le trouble qui m’habite. Ruben, loin, je n’y avais jamais pensé. Moi je me voyais partir, voyager. Mais il est vrai que je n’avais jamais songé à ce que ce soit Ruben le fuyard. C’est idiot, je pensais qu’il resterait toujours ici. C’est idiot aussi, que ça me dérange, alors que de toutes manières, si je pars, il disparait de ma vie aussi. Je ne m’étais juste jamais imaginé ça sous cet angle. Tout parait si sérieux maintenant, les choses prennent de l’importance et le temps file, sans attendre. Je suis curieux de savoir pourquoi l’Islande et pourquoi maintenant. Qu’est-ce qui peut bien le raccrocher à ça ? C’est fou, à quel point je ne le connais pas. Peut-être qu’aucun d’entre nous ne comprend réellement ce qu’il a vécu, et personne n’a le sentiment d’avoir assez de temps. Alors chacun de nos côtés, nous prévoyons des plans, et nous envisageons de partir, loin. Maintenant que cela devient réel, j’imagine très bien, à mon inquiétude et au rythme auquel mon cœur bat, que je n’aime pas tellement cela. Je passe une main dans mes cheveux et lui prend le bouquin des mains pour l’analyser de près, et surtout m’occuper les mains et les yeux, histoire de cacher mon embarras. Encore une fois, je suis perdu et ne sait pas quelle démarche adopter, avec quels mots jouer. Foutu Ruben. « Enfin, c’est bien, de partir, voyager. T’es jeune, t’as toute la vie devant toi, t’as raison d’en profiter. Je suis sûr que les islandaises sont canons en plus. Tu m’enverras des photos dans toutes les positions hein ?! » Je parle trop, je vais être grillé. Je lui offre un clin d’œil et lui pose le dictionnaire dans les bras avant de lui donner une tape amicale derrière l’épaule. Le mieux qu’il me reste à faire, c’est d’avoir l’air détendu. Putain mais pourquoi ça m’emmerde à ce point ? C’est pas comme si c’était un ami ! Je vais pas m’attacher à Ruben, je peux pas m’attacher à Ruben. C’est juste, le voisin du dessus. Un mec que j’aime bien emmerder. Pas quelqu’un dont j’ai besoin. J’ai jamais eu besoin de personne. Je ne le laisse pas en placer une et enchaîne directement, après avoir jeté un coup d’œil à sa montre que j’ai préalablement volé sur sa commode. « Bon là, pas le temps d’en discuter, il faut vraiment que j’y aille j’ai un truc à faire en ville ! A bientôt Rub ! » Voilà, comme ça, sans remerciements pour hier. J’ai parlé tellement vite que je n’ai pas réfléchi. Il sait que je n’ai rien à faire sinon je ne lui aurais pas proposé qu’on sorte. Tant pis, trop tard. Je me dirige vers la porte et sort sans plus de cérémonie. En d’autres circonstances, je pense que j’aurais fait une petite révérence, mais je n’en ai pas envie. Je n’ai pas envie de rentrer chez moi. Je ne sais pas ce que je veux. Juste… courir, peut-être, me défouler, me changer les idées. Aller dans un bar et choper. Quoi qu’à cette heure-là il n’y aura pas les plus belles. Je descends simplement les marches de l’immeuble sans m’arrêter et freine au niveau des boîtes à lettres pour frapper de toute ma poigne dans l’une d’elle. Merde, c’est celle de la vieille du rez-de-chaussée et je l’ai explosée. Mais pourquoi j’ai fait ça ? Je sors et traîne jusqu’aux poubelles. Je frappe d’un coup de pied dans l’une d’elle et… « PU-TAIN ! » Ça fait mal ! J’ai oublié mes chaussures chez Ruben, et mes fringues sales et mouillées aussi. Fait chier. J’entre dans l’immeuble et souris à la vieille du rez-de-chaussée qui fixe sa boîte à lettres, puis me fixe. Je hausse simplement des épaules et monte les marches quatre à quatre. Je frappe doucement et entre, une chance qu’il n’ait pas fermé derrière moi, mes outils de crochetage sont dans mon jean. « J’ai oublié mes fringues et mes pompes ! » Ne me regarde pas, laisse-moi juste récupérer mes trucs et me tirer. Ne pose pas de questions Ruben, ne cherche pas à comprendre ce que moi-même je ne comprends pas.
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MessageSujet: Re: DON'T PUSH FIRE ▲ RUBENSILAS   Mer 6 Fév - 17:46


Je me prépare à tout, ou du moins je tente de me dire que sa réaction sera simple. Rien de dingue après tout, que pourra lui faire cette nouvelle fausse ? Je doute, je ne doute pas. Pour tout dire, j'essaie de me voir un peu de tout, tout en essayant de ne pas trop espérer. J'avoue déjà voir à l'avance qu'il sera plus ou moins content pour moi, que je me tire de cette ville de malheur comme il l'appelle. Ma lèvre inférieure presque dévorée à sang, je ne sais plus trop réellement où me mettre. Trop tard pour reculer. J'ai caressé le chat sans une paire de gants, je risque de me faire griffer joyeusement, mais qu'importe. J'ai cette envie étrange, peu orthodoxe de savoir si je reste juste une façon de se faire de l'argent, ou une personne qu'il apprécie. Bien des fois, j'ai cru l'entendre dire que de toute manière, s'attacher, c'était pour les autres et certainement pas pour lui. Qui croire, à qui se fier ? Il n'est pas rare que je me demande s'il n'y a pas deux personnes dans ce corps. Assez bluffant de voir comme bien des gens peuvent changer, radicalement. Ne pas apprécier quelqu'un à sa juste valeur ? A une période, j'étais comme tel, à me dire que de toute manière, les autres pouvaient mourir, que j'étais bien mieux sans eux. Mais, sans trop comprendre, le destin vient à nous rattraper. On s'accroche une chaine qui ne peut se briser, les sentiments humains qui viennent vous empêcher de vous noyer. Il est impossible de ne pas ressentir quelque chose, de ne pas s'attacher sans s'en rendre compte. Certains préfèrent à se construire une muraille connue comme impénétrable, pour ne pas toucher ce qu'il y a à l'intérieur. Le coeur, l'âme, le tout, ce qui permettrait de pouvoir faire ce que l'on veut. Une poupée, une marionnette aux gestes mous, maussades. Si je suis de ceux qu'il considère comme peu utiles à sa vie, je m'en contenterais. Du moins, c'est ce que j'ose penser. Pour ce qu'il en est de la réalité, il y a toujours cette grande marge d'erreur. Se faire utiliser pour des fins cupides, le marionnettiste attaché et emmêlé dans ses propres problèmes. Cette image me ferait presque rire jaune. Un jour ou l'autre, on en vient à utiliser son prochain. Famille, amis, voisins. Le mensonge libère, permet cette approche de rêvasserie que personne ne peut avoir réellement. On veut s'enfermer dans une vie que l'on s'invente, et même si je n'aime pas cette méthode, pour une fois dans ma vie, je peux me permettre d'endosser le rôle de comédien. Ni question de vie, ni question de mort, simplement pour savoir. Mais, savoir quoi ? Un frisson vicelard vient à me traverser le dos jusqu'au bras et je serre un peu plus ce livre que j'ai entre les doigts. En viendrais-je presque à regretter mes paroles ? Endosser la peau de Silas est chose difficile, et si ce n'est que le début le plus petit qui puisse être, je n'aime pas cette sensation. Comme toute chose, on apprécie ou au contraire, on déteste. Ne pas se faire griller, pas tout de suite, attendre et qu'importe le temps qu'il faudra. Des minutes, des heures, des jours. C'est avec la plus grande surprise que je découvre son visage, ses yeux ronds, bien plus qu'il ne le faudrait. Comme si, le pauvre venait à découvrir le cadavre d'un animal. J'ai cette impression étrange d'avoir coupé sa langue, et pour tout dire, je ne m'attendais pas à un tel regard, à lui coller une telle claque dans la figure. A mon tour, mes yeux viennent à devenir ronds, d'une manière moins extrême que lui certes, mais tout de même. « Tu… comptes partir ? Quand ça ? Pourquoi ? Tu n’as pas toujours vécu ici ? » Vraiment ? Sérieusement ? Est-il réellement en train de me poser ces questions ? Verrais-je même un peu de panique dans ses yeux bleus ? Je crois que je dois l'imaginer. Pincez-moi je rêve. Oui, voilà, tout simplement, collez moi en une. Si je m'attendais à un sublime geste de je-m'en-foutisme, j'en viens à regretter amèrement ce petit jeu dans lequel je me suis jeté. Je ne veux pas lui faire du mal, ou du moins, pas vraiment, ce n'est pas mon intention. Je n'ai pas le temps de rétorquer qu'il attrape entre ses mains ce dictionnaire pas franchement gros. Il le triture, s'amuse avec comme un gosse totalement paumé. Deux cas qui s'explosent, qui implosent. Content, oh nom d'un chien oui. Ce ne serait que moi, j'en viendrais à sourire comme le dernier des crétins. Une réponse comme celle-ci doit bien vouloir dire quelque chose, et surtout, une expression comme la sienne. A moins que je ne me plante allègrement, ça claque, encore. Un peu trop fort à mon goût d'ailleurs, et étrangement, il continue sur sa lancée. « Enfin, c’est bien, de partir, voyager. T’es jeune, t’as toute la vie devant toi, t’as raison d’en profiter. Je suis sûr que les islandaises sont canons en plus. Tu m’enverras des photos dans toutes les positions hein ?! » Oh oui, c'est vrai, les mouchoirs ce n'est pas trop sa tasse de thé. Bien évidemment, lui sans ses phrases vaseuses, ce n'est plus réellement lui. Des photos, un jour qui sait, mais pas dans des circonstances qui se déroulent dans un lit. L'idéal serait de gueuler : ce n'est qu'une blague, reste calme nom d'un chien ! Il ne m'en laisse pas réellement le temps. Une tape sur le dos, à nouveau le dictionnaire entre les doigts. Je me retiens de rire comme le dernier des cinglés, et pour tout dire, ce ne serait pas réellement agréable. Surtout pour lui. Quelque chose comme cela, jouer un petit peu sur le registre sentimental, prendre le coeur en main et le serrer, reste une affaire que personne n'aime réellement. Moi même, je n'apprécierais certainement pas. Mais, là, je suis loin du grand mensonge, l'invention de toute une vie. J'aurais pu dire dès le départ que j'étais un grand écrivain, marié avec des gosses mais qui vivent aux Bahamas. Qui m'aurait cru, sincèrement ? Je ne le sais. Je n'en vois pas l'utilité, une fois sur deux, c'est se faire plaisir ainsi. Agir d'une façon comme une autre, on ne sait réellement pourquoi. A vrai dire, Silas je ne l'explique même plus. Il m'est nécessaire. « Bon là, pas le temps d’en discuter, il faut vraiment que j’y aille j’ai un truc à faire en ville ! A bientôt Rub ! » C'est un éclair et d'ailleurs il dévale l'escalier à toute allure. Et là, là, tout change. J'enlève ce mauvais masque de petit menteur et un rire m'échappe de mes lèvres, je ne sais s'il est nerveux, ou même de la joie. Mais, il me fait du bien, un bien fou, dingue. Qu'importe les circonstances, de toute manière nous finirons par nous recroiser. Peut-être qu'il m'en voudra sur le coup, mais, il ne pourra pas dire qu'il ne m'aura pas laissé finir ma phrase. Haussant seulement les sourcils, je me délecte de cette expression, une vague chaleur envahissant mon corps. Non pas comme celle qui vous rend malade, plutôt qui fait du bien, qui rassure. Je compte, un peu, peut-être pas plus que je ne le voudrais, mais sa phrase résonnant dans ma tête me prouve que j'ai une petite place. Systématiquement une main vient à passer dans mes cheveux, qui visiblement, sont secs. Mes pas me dirigent vers la petite bibliothèque et j'y pose ce gros livre qui ferait peur à plus d'un.

Vide. Sans sa présence ici, tout se veut un peu sans vie à vrai dire. Et pourtant voilà depuis bien des années que mon existence se résume à ceci. Si ceux que je porte dans mon estime ne sont pas là, l'ambiance se veut plus lourde, différente, les sourires se veulent faux. Je pourrais le rattraper, mais le connaissant il doit être bien loin d'ici à l'heure qu'il est. Il a détalé, comme un lapin menacé par une arme. Et j'en suis fier ? Pour une fois, je viens de briser cette coquille qu'il avait formé, pas grand chose certes, mais une fêlure peu mener à bien des choses, des portes que je ne pouvais ouvrir avant. Qui sait quand il me donnera la clef ? Un peu de patience, mais du temps, surtout de cela. Un an seulement et je viens tout juste de percer à jour une infime partie de sa personne. D'ici une dizaine d'années qui sait, je saurais peut-être un peu plus sur son cas. Haussant seulement les épaules, j'en viens à chercher une paire de chaussures, un manteau et après seulement quelques secondes, fin prêt pour aller je ne sais où, je me met seulement à réfléchir. Bien évidemment, je pourrais me diriger vers la bibliothèque et pour tout dire, je pense que je pourrais passer ma vie dans cet endroit. Grim me vient à l'esprit d'un coup, et il me parait la solution à tout problème. J'entends les battements de mon coeur tinter contre mes oreilles. Désagréable ? Oui et non, non et oui. Je n'ai pas halluciné, je n'ai pas rêvé. Jetant un bref coup d'oeil sur les pièces qui m'entoure, quelque chose m'interpelle dans la salle de bain. Ah, j'aurais dû m'en douter. Un large sourire s'accroche à mon visage, ses fringues mouillés et ses chaussures. Je féliciterais l'auteur de ce carnage des deux mains, j'applaudirais même des deux pieds s'il le fallait. Me baissant seulement pour poser mes mains sur le jean, je sens quelque chose de dur dans la poche. Oserais-je ? Si lui entre souvent chez moi, je peux me permettre de jouer le rôle du voleur pour une fois. Si je m'attendais à tomber sur de l'argent, des pièces, c'est bien mieux que j'ai entre les mains. Des outils oui, mais pas n'importe lesquels. Ils servent à ouvrir les portes, à briser les serrures qui mènent directement à une pièce. Je me redresse, laissant ses affaires au sol et regardant attentivement les petits objets, je me redirige dans le salon, sans pour autant sortir complètement. Je tiens entre mes mains un trésor de pirates. Non, vraiment ! Si pour la voisine à côté ce n'est rien, pour Silas c'est une autre histoire, après tout, c'est sa manière de prendre les choses. Je tiens entre mes doigts, une carte rare - parce qu'en plus je prends presque ceci pour quelque chose que l'on peut trouver dans un tabac. Les bruits de pas se font à nouveau entendre et mes mains se glissent dans les poches de mon manteau, histoire de trouver un peu de chaleur et de cacher mon crime. Haussant les sourcils presque perplexe de le revoir, hors d'haleine il ajoute. « J’ai oublié mes fringues et mes pompes ! » Au moins, il n'a pas perdu son esprit entre l'appartement et la sortie, c'est déjà ça de gagné. Je ne fais que donner un coup de tête dans les airs pour lui montrer la salle de bain, signe comme quoi je n'ai rien touché. Durant un instant je n'ose à l'approcher, puis un pas vers l'avant, et un autre. Même ce petit bol d'air frais n'a rien fait à son état, j'ai la sensation de l'avoir achevé sur place. Sans pour autant qu'il le montre, logique. Cessant d'un coup de torturer ma lèvre inférieure, j'ajoute seulement en le regardant dans le blanc des yeux. Le rideau tombe, les trois coups de bâton se font entendre. Fin de la pièce, de l'histoire. « Je n'ai pas dit que j'allais partir tout de suite. Dans une ou deux décennies peut-être. Quand toi et Grim vous en aurez marre de me voir, effectivement, je pourrais prévoir de me la couler douce dans le fin fond froid de l'Islande. Flatté aussi de comprendre que je n'suis pas qu'une liasse de billets verts ! » Chose faite, je voudrais bien voir son air dépité, mais je ne lui laisse pas le temps de dire quelque chose. Je pose un pied en dehors de mon appartement, je compte bien me défiler comme il sait si bien le faire. J'appelle ceci la manière Wharol. Tu prends, et tu files aussi vite que le vent, sinon s'en est fini de toi. Et en vu de ce que j'ai eu l'audace de lui prendre, la course poursuite sera longue, éprouvante et je dois faire vite avant qu'il ne remarque l'odieux crime que je viens de commettre. Donnant, donnant, et pourtant, une idée me vient. C'est suicidaire, carrément masochiste et inconsidéré. Je me retourne malgré tout, et ajoute l'air de rien. « D'ailleurs, je sais pas si tu sais, mais depuis aujourd'hui y'a un truc vachement en vogue. Le voleur volé. Tu devrais t'y intéresser de près, vraiment ! C'est assez dingue comme principe, et je suis sûr que tu vas adorer. » Tout feu, tout flamme, c'est mon tour d'avoir le sourire digne d'une pub pour un dentifrice. Un pétillement un peu rare peut se lire dans mes yeux, et c'est alors que là je me rends compte que la phrase ne tardera pas à faire l'effet d'une bombe dans ses oreilles. Sans ménagement, je me met à courir dans les escaliers. Courir pour sauver sa pauvre peau du grand méchant chat roux, c'est une chose que je ne peux malheureusement mettre de côté. Dévalant les marches, je m'arrête d'un coup sec. Je le connais, je sais ce qu'il voudra faire. Trouver à son tour quelque chose de précieux chez moi et vouloir faire un échange, ou même pas, mais qui sait. « OH ! ET AUSSI, TU TROUVERAS RIEN DANS L'APPARTEMENT. » Cette belle gueulante, en deux temps et trois mouvements je me retrouve tout en bas. La vieille femme râleuse me fixe avec ses deux yeux, dépitée même. Oh oui, nous sommes connus comme étant le duo de l'immeuble, les enfants de service. Silas a meilleure réputation, je dois l'accorder. Mais, qu'importe. Je lui accorde seulement un regard, me met à marcher et même si mon souffle se veut un peu traitre, le vent froid me rappelle que je suis dorénavant dehors, dans un grand labyrinthe et qu'il ne doit pas me retrouver. Pas maintenant, ni tout de suite, ni dans les minutes à venir. Parce que j'ai endossé sa tignasse bouclée, ses yeux bleus et sa carrure à en faire pâlir d'envie quiconque. Wharol dans l'âme ? Qui pourrait le dire, seulement moi. Les rôles sont échangés pour la première fois depuis une année complète. Fuis-moi j'te suis, suis-moi j'te fuis. Quel principe, quelle idée même. Courir à gauche, à droite, qu'importe, de toute manière tout les chemins nous ramènent à cet immeuble. Si je vais réussir à lui échapper quelques heures, ce soir je vais avoir droit à sa présence devant ma porte attendant que je lui rende son jouet. La rue est grande, et je n'ai eu le temps de faire que quelques mètres, augmenter la cadence. Le coeur qui explose à l'intérieur, sa faute ou bien la course, je ne saurais le dire. Je ne veux pas comprendre, je veux juste en profiter, le voir sourire encore un peu. Ou avoir droit à une mine blasée, qu'importe réellement. Juste ce besoin pour me sentir vivant.

_______________________________

J'avais toujours entendu dire qu'à l'instant de votre mort, votre vie entière se déroule devant vos yeux en une fraction de seconde. Tout d'abord cet instant dure beaucoup plus longtemps qu'une fraction de seconde, il s'étend jusqu'à l'infini comme un océan de temps.
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MessageSujet: Re: DON'T PUSH FIRE ▲ RUBENSILAS   Mer 13 Fév - 5:04




Par de mal-heureux hasards, il arrive qu’au cours de notre vie on rencontre des personnes exceptionnelles. Il y en a, sur les milliards qui peuplent cette Terre, quelques-uns qui sortent du lot, parce qu’ils sont différents à nos yeux. Je me suis toujours demandé si, un jour, moi aussi mes yeux décèleraient chez quelqu’un ce que d’autres sont incapables de voir en cette personne. A vrai dire je n’y croyais pas trop, pourtant je pense que c’est arrivé, réellement. Je n’ai pas poussé, c’est venu tout seul, je dirais même que ça m’est tombé dessus. Je ne parle pas d’un coup de foudre, d’une fille qui m’aurait fait tourner la tête. Non, même pas. Je parle d’un mec, un simple gars qui habite un étage au-dessus de moi. Il parlait à personne, du moins pas dans l’immeuble. Quand on se croisait en ville il me regardait à peine. Je l’apercevais parfois, quand je passais devant la bibliothèque, le nez dans ses bouquins et les yeux cachés par ses cheveux. Je ne l’avais jamais, jamais, entendu. Ce mec était un mystère à lui tout seul. Renfermé ? Peut-être bien. Mais je pensais surtout que ce vide d’apparence cachait un trop-plein en profondeur. Je ne suis pas attiré par la normalité, la banalité. Il était évident que ce mec cachait bien des secrets, une personnalité débordante et une intelligence dévorante. Je voulais le connaître, alors je devais attirer son attention. Et ça, c’est ma spécialité. C’est aussi et un peu une des raisons pour lesquelles j’ai commencé à le cambrioler, en mettant de côté le détail que voler, c’est pulsionnel et vital chez moi. J’avais vraiment dans l’idée qu’il me remarque, afin que je puisse le découvrir. Je n’ai pas été déçu. La preuve, c’est que depuis, bien que je me sois fait plaquer violemment contre un mur en guise de menace la première fois, j’ai recommencé, encore et encore. Goût du risque, amour du danger. Je n’imagine pas cela s’arrêter, ce jeu trouver une fin. Je n’imagine pas Taleville, ou devrais-je dire ma vie, sans Ruben. Le pauvre, si je lui disais un truc pareil, je parie qu’il prendrait peur. Mais pourtant c’est la réalité. Je ne le veux pas loin, en Islande ou je ne sais où, je ne veux tout simplement pas. Mais qu’est-ce que ma voix pourrait bien changer ? Rien. Je ne suis rien, n’ai jamais été, et ne serai jamais rien pour personne. Même si au fond de moi j’aimerais avoir un lien comme Ruben a avec Grim, cela n’arrivera pas. Peut-être est-ce juste à cause de moi. Je suis incapable de m’attacher aux autres. Enfin… Ruben c’est différent. Enfin je ne sais pas. Je ne sais plus quand il s’agit de lui. C’est tellement étrange, ce qui m’accroche à lui. Si au début je ne me posais pas trop de questions et fonçais dans le tas, mordillant son sang-froid, maintenant, c’est un peu différent. Le temps a passé, des choses sont arrivées. Des choses que je ne pourrais expliquer. Pourquoi faut-il que mon ventre gargouille quand j’attends qu’il apparaisse à l’angle d’un couloir ou du cabinet pour venir récupérer son portefeuille ; pourquoi faut-il que j’entre en douce dans son appartement, juste le sien, plusieurs nuits par mois ; pourquoi me suis-je directement dirigé vers lui hier soir après m’être pris une belle branlée ; et pourquoi est-ce que j’ai peur, quand il s’approche trop près ? Je ne sais pas, il y a des choses qu’on n’explique pas. J’en suis arrivé à ce stade, où je sais, je sens que je devrais m’éloigner, avant de trop m’attacher. Je devrais fuir, comme le lâche que j’ai toujours été, mais pour une fois, je n’y arrive pas. Pourtant maintenant que je sais qu’il va partir dans ce pays éloigné un jour ou l’autre, peut-être dans un mois qui sait, j’ai juste envie de l’éviter et l’oublier. Mais je sais que j’en suis incapable. Putain, je sais que j’y arriverais pas, alors que je l’ai fait à mes frères et mes sœurs, même si ce souvenir semble vague et un peu flou. Je me sens un peu comme un animal, un chat, qui a trouvé son préféré et ne veut pas le laisser filer.

Je le regarde, essoufflé, une main contre le battant de la porte, et attend sa réaction qui ne tarde pas à arriver. Il donne un signe de tête, indifférent, en visant la salle de bain, comme pour me signifier que je peux y aller. Il est en manteau, prêt à sortir. Je suis sûr que lui non plus n’avait pas remarqué que j’avais oublié mes affaires. Je reboutonne un bouton de sa chemise que je porte sur moi, en m’avançant dans l’entrée, quand alors il parle enfin. « Je n'ai pas dit que j'allais partir tout de suite. Dans une ou deux décennies peut-être. Quand toi et Grim vous en aurez marre de me voir, effectivement, je pourrais prévoir de me la couler douce dans le fin fond froid de l'Islande. Flatté aussi de comprendre que je n'suis pas qu'une liasse de billets verts ! » Une décennie ça fait combien ? J’aurais dû écouter à l’école. Tant pis, je fais mine de comprendre sans avoir l’air vraiment intéressé et ne le regarde plus quand il se dit flatté. Je suis gêné, je crois bien, je n’ai pas envie de lui donner raison. Je ne veux pas qu’il sache que tout ça me fait chier. S’il croit que je vais me mettre à ronronner, il se fout le doigt dans le nez. Il est bien plus qu’une liasse de billets verts cet idiot, mais à quoi bon révéler cela. Ça sonne ridicule, et ne servirait à rien. Il me contourne rapidement et lâche, avec amusement : « D'ailleurs, je sais pas si tu sais, mais depuis aujourd'hui y'a un truc vachement en vogue. Le voleur volé. Tu devrais t'y intéresser de près, vraiment ! C'est assez dingue comme principe, et je suis sûr que tu vas adorer. » What the f… Oh le salaud, il s’enfuit à toutes jambes, et moi je reste immobile comme un con, mon cerveau travaillant autant que mes paupières clignent. Je m’empresse de ramasser mes affaires et fouille toutes les poches. Là, dans mon jean, elles sont vides. Mes outils de crochetage, mes petits grigris, disparus. Sans eux je ne pourrai plus forcer les serrures. Ou alors il me faudrait des ongles longs comme des griffes pour me la jouer à la James Bond et scier le bois, le verre… peut-être pas l’acier, quand même. Mes lèvres s’entrouvrent bêtement. Il a osé me faire ça. Je traîne ces petits objets avec moi depuis des années, sans eux je suis perdu, ils sont marqués, je ne pourrais en trouver de meilleurs. Je l’entends crier et tend l’oreille. « OH ! ET AUSSI, TU TROUVERAS RIEN DANS L’APPARTEMENT. » Ah ! Il a très vite saisi que je ne me laisserais pas avoir aussi facilement et trouverais de quoi me venger. Bien, alors, s’il n’y a rien d’assez précieux pour faire un échange, un chantage, autant ne pas perdre plus de temps et lui courir après dès maintenant. Je jette brusquement mon jean par terre, qui s’étale sur ma veste et mon tee-shirt toujours trempés –pourquoi ça sèche pas vite ces trucs là ?- et enfile rapidement mes Doc Martens sans les lacer. Je sors en claquant la porte derrière moi et descend les étages en sautant quelques marches, sans oublier de me prendre quelques murs en pleine face. Arrivé en bas, je fais une petite révérence à la vieille mégère dont j’ai démonté la boîte à lettres et ne lui laisse pas le temps de faire l’aigrie, puisque je sors la seconde d’après. Un sourire jusqu’aux oreilles, je galope vers la touffe noire que j’aperçois un peu plus loin et je pile en marchant sur mes lacets, tombant face la première contre terre. Aie, mon nez. Bon, au point où j’en suis, ce ne sera qu’un petit bleu de plus. Mais sur le coup, c’est un peu douloureux. Je crache quelques jurons en espagnol et reprends ma course. J’accélère comme un guépard en voyant qu’il a pris de l’allure et le rattrape quelques minutes après. J’ai foncé comme un taureau et nous voilà tous les deux avachis sur le trottoir. Tiens, il a l’air d’avoir pris un peu de poids depuis tout à l’heure. Mais… quel con ! « Merde, t’es qui toi ? » Au lieu de m’excuser je lui sors naturellement cette question à laquelle je ne veux même pas de réponse en fait, je m’en fous. Je constate juste que ce n’est pas Ruben, mais juste un mec boutonneux à lunettes qui a l’air plus vieux que le dragon. Bizarre que sa poussée d’acné apparaisse à son âge. Je me relève, n’attends pas sa réponse et ignore ce qu’il dit, ce dont il se plaint, en m’éloignant de lui. Je ne refais même pas mes lacets et traîne des pieds en soupirant. Fais chier. Je suis pas allé dans la bonne direction, j’ai manqué ma chance. Il m’a eu, encore. Ça n’arrêtera donc jamais. Un sourire se dessine sur mes traits, discret, léger, un peu niais.

Il est dix-huit heures. Je ne sais pas ce qu’il a fait de sa journée, mais moi je suis resté devant sa porte tout l’après-midi. J’aurais très bien pu aller chez Peter, prendre ma came après avoir dépouillé quelqu’un de son argent. J’aurais tout aussi bien pu me poser à mon appartement et lambiner en attendant. Non. Au lieu de ça, j’attends là comme un con, depuis pas mal d’heures. Je ne me suis même pas assoupi. J’ai juste beaucoup pensé. Pas de très belles pensées. Pas des malsaines non plus. Juste bizarres, étranges, inattendues et étonnantes pour la plupart. J’ai eu une idée conne, une idée folle. Un truc idiot. Ruben a beau m’avoir dit qu’il n’était pas prêt à partir, qui sait, personne ne sait, pas même lui, si demain il n’aura pas envie d’y aller. Il s’en passe des choses en une nuit, une journée, un mois, une année. Moi je ne veux pas qu’il parte. Peut-on vraiment parler de possessivité quand on ne connait pas très bien la personne, quand on n’est pas si proches que cela ? Je préfère me dire que c’est une manière de me protéger, je ne sais pas. J’entends des pas dans les escaliers, mais je ne bronche pas et reste tel que je suis, c’est-à-dire blasé. J’amène ma cigarette à mes lèvres et tire dessus longuement. Je crois que j’en ai fumé une vingtaine et je parie que mes yeux sont rouges et que j’ai l’air d’être défoncé. Au fond, je le suis peut-être, ça peut facilement arriver. Je tape l’arrière de ma tête contre la porte et la laisse là en fermant les yeux. Puis j’entends les pas se rapprocher. De plus en plus. Je sais que c’est lui. Il n’y a que lui au dernier étage. A l’ouïe, je dirais qu’il est maintenant à la dernière marche, à un ou deux mètres de moi. Un grand silence s’installe, plus grand encore que quand j’étais seul. Je sens l’air devenir lourd. Je commence à suer et trembler. J’ai chaud, j’ai froid, j’ai mal. Je sais que je vais le regretter. Je garde les yeux fermés et lâche d’une voix qu’on dirait sortie d’outre-tombe, comme si je n’avais pas parlé depuis des années : « Je me drogue… depuis huit ans… » Avec ça, est-ce qu’il restera, avec moi, pour toujours ? Est-ce qu’il voudra m’aider, ou au contraire, va-t-il me rejeter ? De toute façon, je ne peux plus reculer. Il n’y a pas de bouton pour rembobiner. Notre jeu à nous est réglé sur la difficulté la plus élevée, on n’a qu’une chance. Success ou game over. Quand on joue avec le feu, on gagne, ou on meurt.
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MessageSujet: Re: DON'T PUSH FIRE ▲ RUBENSILAS   Jeu 14 Fév - 20:25


Courir, encore et encore. Toujours plus vite, toujours plus haut, la peur de qui peut vous attraper, la peur de se faire prendre la main dans le sac. En ce moment, je comprends presque les sensations que peut éprouver Silas en ayant dans les mains quelque chose qui ne lui appartient guère, le fait de filer à la sauvette comme les bons voleurs de l'époque moyenâgeuse. Tout un art, toute une histoire à apprendre et à connaitre. Je suppose que lui doit connaitre les chemins les plus sinueux dans cette petite ville, qu'il doit pouvoir se diriger les yeux fermés, frôler les murs du bout des doigts, pouvant reconnaitre n'importe quel lieu. Bluffant, il faudra qu'un jour je lui pose la question, mais quand, pour le moment, je n'en ai pas la moindre idée. Bien trop emporté dans ma course folle dans la bien grande rue, je jette un bref coup d'oeil en arrière, et c'est sans surprise que je le retrouve à me courser après. Oh oui, il veut ce précieux trésor que j'ai eu la bonne idée de cacher dans ma poche. Comme deux gosses qui se défilent, un est policier, l'autre voleur, mais là, pas de costume beaucoup trop grand à enfiler, pas de tapis volant pour permettre au voleur de se la couler douce. Là ? Je peux craindre le pire, même si je me doute qu'il ne fait qu'en rire - ou pas, et c'est plutôt ça qui se met à tordre mon estomac. L'entendre gueuler ? Ce serait une première qu'il faudrait que je connaisse un jour, parce que oui, Silas parle, Silas rigole, mais, Silas ne s'énerve que trop peu. Je l'ai déjà vu dans des états catastrophiques, mais, la rage, la colère, suis-je le seul à l'avoir au fond de moi ? Suis-je le seul à pouvoir m'en accommoder ? Je suis l'éternelle nuit, celle qui vous pousse à avoir peur, celle qui fait écarquiller vos deux prunelles. Silas ? Le parfait inverse dans son genre, si je suis le noir, est-il le blanc ? Un peu de lumière dans ce monde chaotique, juste un sourire, juste une blague ô combien pitoyable pour vous faire rire à en pleurer. Juste un peu de sa présence, juste un peu de sa voix. Sentant le vent lourdement claquer contre mes joues, je me doute bien qu'elles ne vont pas tarder à devenir rouges, mais pour le moment, trop préoccupé à sauver ma carcasse, je tourne dans une ruelle, coupant mon souffle. Comme dans les jeux pour enfants, se cacher du gros méchant loup pour ne pas se faire avaler, rien de plus simple à ce que l'on pourrait croire, pourtant, la bête se veut plus futée, tout le temps. Toujours. Collé contre le mur, tel un bon assassin, je laisse mon regard parcourir la rue auréolée par le peu de lumière qu'il y a, pauvre soleil, il se veut timide aujourd'hui. Et Silas continue sa route, un large sourire vient à s'accoler sur mon visage, comme une évidence. Pour une fois, depuis douze mois, j'ai tenté, et je ne suis pas tombé. Premier vol, première interdiction faite, et si la malchance a voulu que je l'attrape lui, elle n'en a rien fait de ma personne. Tant mieux ? Oui, c'est quelque chose qui ne peut que me rendre fier. Je compte lui rendre, évidemment, mais, pas tout de suite, la tâche serait bien trop facile. Levant les yeux vers mon entourage, je constate que je connais cette petite ruelle - pour tout dire, je connais cette ville comme ma poche, et sans ménagement, je m'y enfonce. Pour aller où, pour faire quoi, après tout, je n'y pense pas réellement sur le coup. Préférant à reprendre doucement mon souffle qui se veut saccadé, mortifié, et ce pauvre coeur qui n'arrive plus à suivre cette cadence endiablée. Systématiquement, après quelques mètres, je me retourne, comme si, par une quelconque magie il allait apparaitre en riant, et souriant de toute ses dents. Mais, rien, j'attends quelques secondes, quelques minutes. Le voleur volé, le voleur entubé, bien des qualificatifs qui font de cette scène un instant presque heureux. Mes mains se glissent à nouveau dans mes poches, une frôle alors ces petits objets qui lui servent à entrer chez moi, comme chez la voisine ou les personnes âgées du second. Pinçant seulement ma lèvre inférieure, l'idée me vient d'aller embêter ce cher Grim, enlevant de mes pensées cette nuit qui tourne en boucle dans ma pauvre tête. De toute manière, tout les chemins mènent à Silas, ou inversement, qu'importe le chemin que Wharol prendra, il se retrouvera toujours devant ma porte. Une heure, deux heures, ce soir, ou demain, j'imagine à l'avance son visage blasé, même un peu énervé, ou tout simplement amusé.

Je ne sais combien de temps j'ai pu rester chez Grim, ni durant combien d'heures nous avons parlés. Mais, ce que je sais, c'est que je me retrouve dans cette ruelle initiale, frôlée par le noir qui s'approche durement. La nuit, cet élément perturbateur qui en fait voir bien des couleurs à n'importe qui. On en a peur, on en veut pas, parce qu'on ne sait ce qui se cache sous le lit, dans l'armoire ou derrière le buisson d'à côté. Rentrer, me remettre de cette journée et puis ... Et puis, j'ai presque oublié. Je m'attends à tout en voyant la rue s'agrandir sous mes pieds, Silas se jeter sur moi pour me faire avoir un bel arrêt cardiaque, c'est une possibilité que je ne peux oublier. Si Grim a été durant quelques heures une manière d'oublier un instant la réalité, Silas n'en est pas moins une dose de surprise. Malgré que je connaisse ses tours, ses fourberies, je me doute qu'il doit passer du temps à cogiter sur comment m'avoir, comment ne pas se faire avoir par ma propre personne pour la énième fois. Souriant un peu bêtement à cette idée, la peau gelée, les joues légèrement rougies par le vent claquant, je me love du mieux que je peux dans ce manteau loin d'être en peau d'ours. C'est presque même avec une certaine hâte que j'entre dans l'immense immeuble, montant les marches, petit à petit. Heureux de le revoir encore une fois ? Il est de ceux dont je ne peux réellement me lasser, même si parfois, j'en viens à hurler, j'en viens à être parfaitement désespéré par ses mots, sa manière de voir les choses. S'attacher, s'accrocher à quelqu'un, au peu qu'il reste, demander seulement une présence en retour. Est-ce énorme, même dangereux ? Une part de moi s'en doute, qu'un jour ou l'autre, quelque chose finira par royalement se casser la figure. Parce que Silas, je ne le connais pas aussi bien que je ne l'aimerais, parce que Silas a bien précisé que je ne devais pas lui accorder ma confiance. Ce qu'il ne sait pas, c'est qu'il l'a entre ses mains, fragile, frêle, aveugle. Il aura beau le dire, beau le répéter, tant que ses mains ne s'écartent pas pour la laisser tomber, je continuerais à espérer un peu, à gober ses mensonges farfelus, sans pour autant ne pas vouloir un fond de vérité. Seuls mes pas résonnent dans l'immense immeuble, et cette vague de chaleur me fait un bien fou. J'ai beau royalement apprécier les jours un peu gris, un peu froids, je me vois mal passer mes nuits dans les rues trop claires de Taleville. Et c'est là que je le revois, comme si je ne m'y attendais pas. Haussant seulement mes sourcils sur le coup, sourire en coin de lèvres, je prends seulement trop de temps à voir son air grave collé au visage. Vais-je avoir droit à un sermon ? Une quelconque engueulade ? S'il décide de se lancer là-dedans, je me tairais, ou du moins j'essaierais un petit peu. Des yeux clos, une attitude plus qu'étrange, anormale même. Je m'approche un peu, les sourcils tristement froncés. Est-il si bouleversé par ma bêtise du jour ? Vraiment ? Alors que je me prépare à le gaver de questions en tout genre, c'est lui le gagnant de la course parlante. Des paroles lancées dans les airs, s'écrasant sur les murs pour arriver à mes oreilles. Ce n'est pas sa voix, c'est celle qui vient de l'intérieur, du fin fond d'un tombeau que je voulais à connaitre, et que je désire toujours à savoir. « Je me drogue… depuis huit ans… » C'est un silence de mort, un silence de cimetière qui s'installe. Alors que seulement l'idée de la mauvaise blague me vient, ce n'est que pendant quelques secondes que mes traits viennent à s'adoucir. Pourtant, c'est en regardant ses yeux enfermés dans une cage sombre, dévorés par leurs paupières, que je n'ose plus bouger. Un coeur claquant comme si sa dernière heure allait venir, mes tripes arrachées. Mon visage se veut révélateur, les yeux écarquillés, mes sourcils se froncent d'un coup, puis d'un autre. Je crois que, j'ai cessé des respirer. Je pourrais lui demander de répéter, de murmurer : arrête de rigoler. Mais, son teint blafard, cette allure tremblante, me montre bien trop que la vérité me fait face, et que pour une fois, je me met à la haïr au plus haut point. Cette nuit, cet instant, cette bizarrerie lancée sur une grand-mère, bien que je me doutais d'une entourloupe, je ne pensais pas tout ceci, pour... Ce n'est pas possible. Silas, n'est pas tombé aussi bas ? Pas lui ? Comment ais-je pu passer à côté ? Après l'incompréhension, ce n'est que la panique qui est possible à lire dans mon regard. Drogue, huit années, mort qui peut en suivre, overdose et bien d'autres répercussions négatives. Je m'en veux, je lui en veux. Merde, j'en sais foutrement rien. Je ne veux pas le perdre, je ne veux pas à le retrouver un jour une aiguille dans le bras, le teint aussi blanc que maintenant, les yeux vitreux et... Nom d'un chien, je dois arrêter, tout de suite. C'est faux, c'est vrai, c'est vrai, c'est faux. J'ai envie de me cacher, de rire par nervosité, de lui demander où sont les caméras. Mais, pas de fête organisée, pas de mauvaise blague lancée. « C'est pas... Si ? » Je retourne vingt ans en arrière, quand je n'étais qu'un gamin apeuré par tout et rien, par rien et tout à la fois. Mon murmure casse ce miroir installé pour que je ne puisse y voir qu'un monstrueux reflet. J'ai mal, pour moi, pour lui, à cause ce la peur qui commence à agir, son poison finira par me ronger, c'est une chose, et rien ne pourra sauver ma pauvre peau. Je me sens idiot, je me sens crétin. Comme tout bon ami, je devrais, je n'en sais rien, gueuler, le prendre par la main et lui dire : j'suis là. Je suis juste enveloppé dans une flotte verdâtre, couleur de l'espoir, du hasard. Il a toujours les yeux fermés, bordel. « Silas, regarde moi, s'il te plaît. » Crispé de haut en bas, de bas en haut, je me sens pitoyable, coupable. Huit ans, sans que je n'ai cette idée en tête, sans que je ne me dise : ah tiens, c'est peut-être un junky. Après tout, comment avoir cette pensée ? Silas est trompeur, au plus haut point, et bien meilleur comédien que ce que je n'avais pu croire au départ. Non pas blessé, juste trop inquiet. Tout comme Grim, je ne veux pas qu'il me file entre les doigts, comme du sable. Il n'a pas le droit, je ne veux en aucun cas le laisser filer, ne pas le laisser tomber. Je tiendrais des heures les mains ouvertes ou fermer, car jamais il ne pourra s'envoler. Au paroxysme des nerfs qui lâchent, du beau poing que je viens de me prendre directement dans le ventre, ma main passe maladroitement dans mes cheveux, je lève un instant mes yeux sur le plafond. Quelques secondes, je me remet à causer, pour ne pas laisser le trouble nous gober, pour ne pas paraitre pour le pire des lâches. « Huit ans, c'est pas... Et merde si. J'ai pas remarqué, j'ai rien... Rien. Alors c'est pour ça cette nuit ? Pour ça que t'as une dégaine de macchabée ? Pourquoi ? J'veux dire, toi ? Avoir besoin de ça ? Tu, huit, c'est... » Je me coupe d'un coup sec, grognant contre ma propre phrase amochée, que j'ai bien mal accordée. Rire nerveux m'échappant du coin des lèvres, il est sec, paumé, irrationnel. Je n'y crois pas, ou plutôt, je ne veux pas y croire. « Fait chier, ça veut même rien dire tout ça. » Déglutissant difficilement, je parle surement dans un vide, j'en sais trop rien. Parce qu'autour du moi, plus de portes, plus de murs. Juste un vide profond avec moi et Silas au centre, comme dans ces films, ce passage montrant un moment clef de l'histoire, celui que personne ne doit rater. J'imagine un bras gangréné par les produits, un bras à couper et, une décharge électrique me traverse l'échine. J'ai peur, je meurs un peu à l'intérieur. Parce que l'imaginer dans une tombe, c'est comme me faire arracher une partie malicieuse de ma propre personne, c'est comme vouloir dévorer une partie de mon coeur, de mon âme. Il est ce qu'il est, est ce que je ne veux pas comprendre, ce que je ne veux pas chercher. S'il est habitué à me voir dans des états dignes d'un fils du feu, je me retrouve aussi bas qu'une étincelle, aussi insignifiant qu'une toile d'araignée. Mes membres sont figés dans le temps, ma respiration se veut si discrète qu'une pensée vient à m'effleurer la tête, suis-je mort ? Victime d'une folie passagère ? C'est ce que j'aimerais à me dire. Je me demande pourquoi d'un coup, pourquoi cette remise en question, cet aveux qui a cet effet de poignard. C'est un bel effet casse-gueule. Je voudrais le prendre dans mes bras, lui dire : tu partiras pas, tu as pas l'droit, arrête maintenant, tout de suite. Trop effrayé, trop inquiété, je ne réponds que par ma voix.

_______________________________

J'avais toujours entendu dire qu'à l'instant de votre mort, votre vie entière se déroule devant vos yeux en une fraction de seconde. Tout d'abord cet instant dure beaucoup plus longtemps qu'une fraction de seconde, il s'étend jusqu'à l'infini comme un océan de temps.
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MessageSujet: Re: DON'T PUSH FIRE ▲ RUBENSILAS   Dim 24 Fév - 0:10




La vie n’est pas un long fleuve tranquille. Vous vous rappelez, que quand vous étiez petit, on vous racontait des histoires ? De belles histoires de princes et de princesses, des contes de fées, des tas de merveilles à gober. Rien n’est vrai. Vous aurez beau grandir dans un cocon doré, la bouche pleine de cuillères en argent, elles finiront par fondre sur vos dents et vous tuer. Parce que moi je sais, chaque matin quand je me lève, que j’entame le premier jour du reste de ma vie. Et la vie n’est pas un conte de fée. La vie est une aventure, à prendre ou à laisser, mais il faut jouer, ne jamais flancher et encore moins abandonner. Il n’y aurait aucun intérêt. Non. La vie n’est pas un conte de fée, elle est mieux que cela. Et seuls ceux qui s’y aventurent comme il convient, osent et ne regrettent rien, peuvent comprendre et savourer ce qu’elle peut apporter. A cause de toutes ces belles histoires qu’on nous raconte à l’aube de notre jeunesse, au-dessus du berceau, les gens vivent selon un chemin tout tracé, un schéma bien fabriqué. Il faut être bon à l’école, manger sain, faire du sport, rentrer tôt à la maison, rencontrer tels et tels gens de telle classe sociale, se lever et se coucher à une heure bien précise, se fiancer puis se marier, avoir une situation stable et une grande maison pour accueillir des enfants. Quels bons souvenirs restent-ils, quelles folies perdurent ? Il n’y a ni chenille ni lapin blanc, c’est à nous de les créer. C’est nous qui avons toutes les clés.

Quand ma mère est morte, j’ai cessé de croire à toutes ces conneries. Les haricots magiques et les oiseaux chantants. J’ai compris que c’était à moi d’écrire une histoire pleine de rebondissements. J’imaginais parfois tout recommencer, renaître, et puis tout recréer. Faire un parcourt sans fautes. Sauver ma mère et mes frères... Mais aujourd’hui je suis guéri, je ne regrette rien car c’est ainsi que je me suis construit. Je ne recommencerai ma vie pour rien au monde. L’orphelinat, la prison, l’armée, tout cela m’a conduit ici, et à lui. Ruben, un mec à priori ordinaire et pourtant, la seule personne à qui j’ai réussi à me lier, à qui j’ai eu envie de me lier. De l’ordinaire on passe à l’extraordinaire, comme ça, simplement. Je n’arrive toujours pas à l’expliquer, mais je sais. Je sais que je ne veux pas qu’il s’éloigne. Il est la seule chose saine à laquelle je peux me rattacher. Il représente tout ce que j’ai toujours voulu, et pourtant, toujours rejeté. Mais cette fois, je ne flancherai pas, je ne ferai pas de connerie. Je ne le laisserai pas s’en aller. Je ne peux pas, c’est plus fort que moi. Quand je l’imagine loin, quand il sera absent, de nouveau je n’aurai plus rien. Et je suis certain que, quand bien même cela m’emmerde d’être dépendant de lui comme de la drogue, je ne veux pas revivre ça. Je ne veux plus ressentir le vide. Ce néant qui me bouffe de l’intérieur et me martèle le cœur. Alors, oui, je ferais n’importe quoi pour qu’il reste près de moi. Rien à faire que ça sonne étrange, dément, taré. Et tant pis si pour ça je dois casser la coquille qui m’a toujours protégé. Je lui dirais tous mes secrets, si pour ça il restait.

« C'est pas... Si ? » Un silence de mort s’installe de nouveau, froid et grisant. Je garde les yeux fermés, ne pense plus à rien, mis à part la fumée qui s’insinue de plus en plus profondément dans mes poumons. « Silas, regarde-moi, s'il te plaît. » Son ton est complètement différent de tout à l’heure, de celui d’il y a quelques heures. J’ai envie de me lever d’un bond et lui sourire gaiement en hurlant que je l’ai bien eu, que c’était juste pour déconner et me venger. Mais j’en suis incapable. Dans mon état actuel, je suis incapable de mentir. J’ai mal au ventre et mes entrailles se tordent un peu plus à chaque seconde qui passe. Je viens de dévoiler à mon seul ami un de mes plus grands secrets, la pire honte qui me suit et me détruit. De ma vie, je ne suis jamais allé aussi loin. De toutes les femmes qui ont effleuré mon lit, aucune ne sait qui je suis. Mon truc à moi, c’est de me montrer fort, impénétrable. Mais il arrive un moment, ce moment que je n’aurais jamais cru connaître, où l’on ne peut plus raisonner, mais seulement se donner. Néanmoins, je garde les yeux fermés. Je suis incapable de le regarder. Je sais que ses yeux sont fixés sur moi, mais je ne veux pas voir leur expression, ni ce qu’ils disent. On dit souvent que les yeux sont la fenêtre qui mène vers l’âme, et moi, j’ai peur de découvrir ce qui se passe présentement dans son âme. Je ne veux y voir ni dégoût ni horreur, et encore moins de pitié. Je ne sais pas ce que je veux, en réalité. S’il vient vers moi et me materne comme un saint en me disant que tout va bien se passer, j’aurai envie de me barrer, je le sais. Mais s’il s’en va et me laisse tomber, j’aurai envie de le tuer, puis de me tuer. « Huit ans, c'est pas... Et merde si. J'ai pas remarqué, j'ai rien... Rien. Alors c'est pour ça cette nuit ? Pour ça que t'as une dégaine de macchabée ? Pourquoi ? J'veux dire, toi ? Avoir besoin de ça ? Tu, huit, c'est... » J’ouvre doucement les yeux et fixe le mur face à moi, blanc. Comme si tout n’était plus que blanc. « Fait chier, ça veut même rien dire tout ça. » J’aspire la dernière latte de ma cigarette et l’écrase sur le sol, me foutant royalement d’y laisser une marque de brûlure. Au moins, quand Ruben la verra, il se rappellera. Au fond, c’est un peu ça. Je veux qu’il se rappelle de moi. Je ne veux pas être qu’une trace d’encre de passage sur les pages vieillies de sa vie. Je veux les noircir à ma guise et y demeurer jusqu’à ce qu’elles s’épuisent.

« Cette nuit j’ai voulu dérober de l’argent à un mec, pour aller chercher ma came, sauf que je m’attendais pas à ce qu’il soit rejoint par ses copains. J’étais en sueur, en manque. C’est pour ça que je suis venu chez toi. J’comptais te prendre ce qu’il me fallait mais j’ai pas pu, et maintenant le manque est passé. Mais il reviendra. Il revient toujours. » Mes yeux sont toujours rivés sur ce mur inexpressif. Je m’y réfugie, sa blancheur se reflétant sur ma peau, et je tremble un peu. Je suis honnête avec Ruben, comme jamais je ne l’ai été avec personne. « Je sais pas pourquoi je te dis tout ça. Maintenant que tu sais, t’en fais ce que tu veux. Mais la pitié j’en veux pas. Je te regarderai pas, tant que t’auras de la pitié dans les yeux, tu saisis ? » Difficilement je me relève, m’appuyant sur mes bras et mes genoux, contractant les douleurs des coups de la nuit dernière. Je craque ma nuque dans un silence de mort et me tourne vers Ruben sans le regarder. Je marche jusqu’à lui le menton baissé et relève mes yeux vers les escaliers derrière lui. Je suis tout près, assez prêt pour me pencher vers son épaule et glisser à son oreille : « T’es le seul ami que j’ai jamais eu. » Il n’est même plus question de le retenir. J’ai juste besoin d’être honnête pour une fois. Une fois, dans ma vie. Et même si je sais que ce n’est pas réciproque, que de son côté il a Grim et que je suis juste le voisin voyou, j’avais besoin de lui dire. Je glisse une main légère dans sa poche et empoigne mes outils qui s’y trouvent. J’ai passé le week-end le plus étrange de toute mon existence, mais, c’est la première fois que je ne me sens pas vide. Au contraire, je suis envahi d’un sentiment étrange, d’un sentiment agréable, et mes épaules semblent moins lourdes. Je vais marcher, avancer, sans le regarder. Et si je dois attendre des semaines avant qu’il me regarde comme hier, alors j’attendrai. Mais je ne le laisserai pas filer. Jamais.
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MessageSujet: Re: DON'T PUSH FIRE ▲ RUBENSILAS   Dim 24 Fév - 12:36


Je ne sais même pas trop comment me sentir. J'en connais qui partiraient en courant face à une telle nouvelle, d'autres seraient dégoûtés et puis, y'a ceux qui savent pas. Comme moi, je me sens comme le dernier des crétins, mais, il est vrai qu'il n'a rien fait pour me montrer qu'il était tombé dans quelque chose d'aussi dangereux. Surtout de la peine, une certaine rage interne de ne rien pouvoir faire pour concrètement l'aider. Il est facile de voir dans les films, qu'il suffit de faire un voeux à sa bonne étoile, il sera réalisé, mais là, je ne suis ni une bonne étoile et lui n'est pas un enfant crédule. Dans ces moments précis, j'aimerais bien vivre ailleurs, dans un lieu où tout est pratiquement possible, mais celui-ci, nous ne pouvons l'atteindre qu'à la mort et durant des années, nous devons subir les méfaits d'une vie fade, qui peut montrer ses couleurs quand elle le désire et peut vous reprendre tout ce que vous aimez, en l'espace de quelques secondes. Je mordille ma lèvre inférieure, elle va finir par pisser le sang, mais qu'importe au fond, c'est la seule façon que j'ai trouvé pour éviter de dire n'importe quoi, de partir dans des philosophies que lui ne comprendra pas, et de toute manière, il ne m'écoutera pas. Après tout, si Silas a eu le courage de me dire ça, ce n'est certainement pas pour que j'agisse comme une mère énervée, gueulant que ce n'est pas bien, qu'il doit arrêter. Même si je le pense au plus profond de moi, si je désire qu'il arrête ses conneries, ce n'est pas en me conduisant comme une autre personne que je réussirais, et ça, il le sait. Me transformer en une personne trop compatissante, trop inquiète n'est pas de mon gabarit, et si je me met à me conduire comme ceci, je risque de le perdre, surement définitivement. Grim compte oui, mais Silas n'a même pas idée à quel point je peux le porter dans mon coeur et imaginer une vie sans lui, ce serait s'avouer vaincu, ce serait ne plus s'accrocher à ce filon maigre, blanc qui peut me tenir debout. Un destin sans malice, sans rires concrets, sans courses poursuites. Pourrais-je me résoudre à un train si morose ? Si dénué de surprises ? Par sa faute, j'y ai pris goût, plus qu'il ne me le fallait à la base, et même si j'étais un réticent au début, à force, l'habitude s'installe et on ne peut plus se défiler comme un voleur. Si je n'ai pas le droit de partir, lui aussi n'a pas le droit de filer définitivement, c'est simple, je ne lui laisserais même pas le choix. J'hausse les sourcils, j'ai cette boule grandissante dans l'estomac, j'ai peur, j'ai mal, et lui visiblement, ne tient pas à réagir plus que cela. Après tout, à quoi bon ? Maintenant que les choses sont dites, autant filer et me laisser ici, sujet à mes propres démons. Il n'oserait pas, je le connais un minimum, il ne pourrait pas, pas lui. C'est un passage à vide, une mauvaise passe, et je continuerais à tendre ma main, qui sait réellement quand il voudra la prendre. Si j'ai eu droit à savoir ce terrible secret, ce n'est peut-être pas pour rien, un pas vers la guérison de la dépendance aux drogues ? Bien joli de l'espérer, complètement irréaliste de le penser. Je ne bouge pas ou du moins, pas plus qu'avant, planté face à lui, complètement impuissant, j'attends des réponses. Mais à quelle question me direz-vous ? Si nous devrons rester ainsi, à ne plus rien dire, alors très bien, je peux rester des heures, même à seulement regarder une touffe de cheveux. Nous serons alors bloqués dans le temps, bloqués sur cette scène qui n'aura pas réellement de fin. Je pose les questions, il ne peut qu'y répondre, ou se terrer dans ce silence. De la honte ? Silas en éprouver ? Alors que cette idée me traverse l'esprit, j'en viens même à être affreusement étonné, lui qui d'habitude se moque un peu, porte de l'importance à son apparence, peut-être qu'il se trouve seulement au bas de l'échelle, sans pour autant le montrer. Mais, le fameux pourquoi me revient, ce petit questionnement qui n'aura pas droit à sa phrase révélatrice, après tout, rien que ceci, a dû être chose difficile à m'avouer ouvertement. Je pourrais me dire heureux, et d'une certaine manière, je le suis. Il doit me considérer comme autre qu'un porte-feuilles bon à voler, qu'un visage à dérober. J'ai beau chercher, je ne trouve plus ses prunelles, elles sont fermées, du moins, pour l'instant, il ne veut pas me voir, alors que moi, je veux seulement à regarder son expression. Un chat abattu sur place, il se love seulement dans sa fourrure rousse, sans se plaindre, en laissant ses yeux suppliants faire le travail. « Cette nuit j’ai voulu dérober de l’argent à un mec, pour aller chercher ma came, sauf que je m’attendais pas à ce qu’il soit rejoint par ses copains. J’étais en sueur, en manque. C’est pour ça que je suis venu chez toi. J’comptais te prendre ce qu’il me fallait mais j’ai pas pu, et maintenant le manque est passé. Mais il reviendra. Il revient toujours. » Le scénario ne pouvait en être autrement après tout. Si la nuit dernière, je laissais mes pensées vaquer vers des inquiétudes sombres, j'ai enfin droit à la lumière sur toute cette affaire. Pour me déplaire ou pour me plaire, je ne saurais le dire. Maintenant ? Je suppose que le voir entrer chez moi et me prendre de l'argent sera différent, je l'en empêcherais, par tout les moyens, quoi qu'il puisse en dire. Si elle revient toujours, elle aura affaire à quelqu'un cette fois-ci, et s'il se transforme en monstre avide à ce moment, je ne le laisserais pas tomber pour autant. J'en suis un à mon tour, et même le plus beau et plus gentil des hommes, peut se révéler être un cauchemar, une vase noire que l'on ose à regarder. Moi je veux la voir en face, j'exorciserais ses démons s'il le faut. « Je sais pas pourquoi je te dis tout ça. Maintenant que tu sais, t’en fais ce que tu veux. Mais la pitié j’en veux pas. Je te regarderai pas, tant que t’auras de la pitié dans les yeux, tu saisis ? » Même dans les passages qui peuvent être difficiles, il reste fidèle à sa personne, surement trop fier pour vouloir entendre des sermons dignes d'un parent, trop borné pour se laisser aller, et trop blessé pour avoir à nouveau un couteau dans la peau. Je reste stoïque, sentant sa main vive glisser dans ma poche pour reprendre son dû. Maintenant que j'y pense, j'apprécie qu'il ai joué la carte de l'homme plus sincère, aurait-il seulement rigolé, ajouté que ce n'était qu'une mauvaise blague que je l'aurais surement tué sur place. Mais, son visage froid, sa peau blafarde et sa voix perdue, signifiait autre chose qu'un piètre mensonge mis en place.

Il m'évite, ne veut absolument pas croiser mon regard, et préfère à poser son attention sur le mur, puis sur les escaliers. Quand je cherche à voir en lui, il disparait, détourne ses yeux bleus. Il ne le veut pas, ou peut-être que c'est le mien qu'il ne veut pas à croiser, de peur de découvrir ce que je ressens en ce moment précis. Proche de ma personne, je fronce les sourcils, est-ce qu'il va disparaitre à nouveau ? Je pourrais l'en empêcher, je veux l'en empêcher de partir sur une note aussi désagréable, qu'il se dise que je suis comme ces gens hurlant sous le soleil tout le désarroi qu'ils peuvent avoir. Je ne suis pas eux, je ne suis pas lui, encore moins elle, je suis juste, Ruben. Pitié, compassion, je connais, je sais, mais jamais en face de quelqu'un, je ne montrerais tout ceci. Trop s'ouvrir, trop donner de son âme, pour en fin de compte la briser. Un jour oui, quand les choses ne seront pas similaires à aujourd'hui, je pourrais me montrer sous un autre jour. Les yeux piquants, la fatigue à son comble et le coeur en miettes. « T’es le seul ami que j’ai jamais eu. » Après la belle claque dans la figure, voilà le pansement pour empêcher le sang de couler. Durant un instant, je papillonne des yeux, je crois halluciner, un peu rêver d'ailleurs. Mais, cette histoire est trop farfelue, trop réelle pour qu'elle puisse n'être qu'une incarnation du malin, ou que sais-je d'ailleurs. Inconsciemment, un sourire se glisse sur mon visage. Il en a fallu de peu, juste qu'il s'ouvre un peu au monde pour que mes maux s'apaisent, juste ce qu'il faut pour que ma vieille mécanique reprenne un rythme normal, ou du moins presque. Je ne cherche pas à me reculer, à prendre son visage entre les mains et lui dire : nom d'un chien regarde moi, et dans les yeux. Silas posera ses yeux quand il le voudra, et ce n'est pas à moi de lui dire quoi faire de ses orbites, quoi faire de ses pensées, de son corps. Sa vie reste sienne, et si aussi insignifiant que je puisse être, comme un grain de sable je me glisserais dans ses rouages pour leur redonner un ordre, faut-il encore qu'il m'en donne la permission. Vouloir être dans sa vie, ce n'est pas du domaine de l'expertise, même le plus savant ne pourra pas résoudre le casse-tête que peut être Silas Wharol. Mon seul geste, est de prendre son poignet le plus proche, je reste à fixer la porte face à moi, l'air de rien. Serrant quelques secondes, pour montrer ma présence, j'ajoute. « De la pitié ? Oh, s'il te plaît, tu sais très bien que je n'en ai jamais eu pour personne. Et, ce n'est pas toi qui changeras cette mauvaise habitude. » Rester comme d'habitude, à se chercher sans vraiment le vouloir. Si je n'ai pas envie de rire, je tiens seulement à lui faire comprendre que, qu'importe ses choix, ses délires ou ses peurs, je resterais tel que je suis, parce que même sa tristesse ne fera pas de moi une belle guimauve. Il le sait, ou du moins, j'ose à espérer qu'il ne doute pas de moi à ce point. Ma main toujours accrochée à son poignet, je sens quelque chose de répétitif cogner contre ma paume, doucement. Ni moi, c'est bien son coeur que je sens à travers cette peau, un battement régulier, parfois en bordel, mais très calme, plus que d'habitude. Relâchant d'un coup cette peau, je glisse cette main dans ma poche, l'autre restant à l'air libre. Mes pas me mènent un peu plus près de cette porte, et, je me retourne vers lui. « Ta vie, ce n'est pas la mienne, je n'ai pas à te dire quoi faire ou ne pas faire. Mais, si un jour, tu veux changer littéralement, tu veux te débarrasser de tout ça, tu sais qui dévaliser. Je ne prendrais pas place dans ton existence, tant que tu ne l'auras pas décidé, je serais là à attendre que tu le veuilles. Je serais toujours là, Silas. » Cherchant mes clefs, j'ouvre la porte, mais à nouveau, mon élan se veut coupé. Un large sourire sur le visage, je reprends vie, une cadence simple de mon existence. Silas a changé des choses aujourd'hui, durant ces deux jours, peut-être que mes nuits seront plus difficiles à cause de ça, que je serais plus clément, ou à l'inverse, pire qu'à la base. Mais, qu'importe. « Ah, et aussi, t'avise pas de mourir d'une overdose. Parce que je suis tout aussi dangereux que tout ce que tu peux prendre, et je m'occuperais de ton cas avant qu'elle puisse faire quelque chose. » Sous ses airs de menaces un peu ridicules, on peut y lire : sombre idiot, je tiens à toi, alors t'as pas intérêt à mourir. Certes, ajouté d'une autre manière, mais, il comprendra. De toute manière, les choses ont toujours été ainsi, on se comprend hors du temps, par quelques insultes, quelques railleries ou blagues qui peuvent être de très mauvais goûts. La porte ouverte, dos à lui, à nouveau, je ne peux m'empêcher de tourner la tête. J'ai perdu au jeu d'arrêter de faire comme dans les tragédies, mais tout ce que peut à nous dire ces pièces, c'est que même dans la vie, il en est ainsi. On se retourne par réflexe, on commence à se dire que c'est peut-être la dernière fois. J'ai beau me le dire, je n'y crois pas une seconde. Après tout, il est de ceux qui tiennent, s'accrochent au monde d'une main de fer. Immortel ? Oui, il l'est, à sa manière certes, mais, il l'est.

_______________________________

J'avais toujours entendu dire qu'à l'instant de votre mort, votre vie entière se déroule devant vos yeux en une fraction de seconde. Tout d'abord cet instant dure beaucoup plus longtemps qu'une fraction de seconde, il s'étend jusqu'à l'infini comme un océan de temps.
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MessageSujet: Re: DON'T PUSH FIRE ▲ RUBENSILAS   Dim 24 Fév - 15:37

SUJET TERMINÉ


Merci beaucoup pour cette bombe de topic que j'ai adoré faire avec toi. T'as une plume de fou qui nous pousse à vouloir te répondre direct et ton personnage est une perle. Mais tout ça tu le sais déjà ! Hâte de repotter avec toua :v:
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MessageSujet: Re: DON'T PUSH FIRE ▲ RUBENSILAS   Aujourd'hui à 14:34

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DON'T PUSH FIRE ▲ RUBENSILAS

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